ACTE II, SCÈNE VI
OLIVIER
Sans façon, j’accepte... sous peine de suicide... (Il approche une chaise de la table, regardant, à part.) Elle est encore plus jolie qu’a Auxerre...
régaillette, prenant aussi une chaise.
Ah! mon Dieu! j’y pense! et mon parrain!... ah bah! (Elle s’assied et sert Olivier.) Maintenant, vous allez me dire pourquoi vous n’êtes plus en Bourgogne... pourquoi vous ôtes à Paris, pourquoi vous étiez si fatigué, si défait en entrant?...
olivier.
Tout cela a la fois... et puis déjeuner... c’est assez difficile... enfin, je tâcherai de m’en tirer... je commence... (Il mange.)
RÉGAILLETTE.
Prenez donc garde, vous allez vous étouffer...
OLIVIER
Oh ! c’est une bien misérable chose que notre humanité... Etre là près de vous, et songer à autre chose qu’à vous dévorer des yeux... Je -vous demanderai un peu de ce jambon, s’il vous plaît, je devais rester trois mois dans les bois du Morvan, eh bien, au bout de huit jours, je m’ennuyais comme un ermite...
RÉGAILLETTE.
Sans savoir pourquoi?
OLIVIER
Oh! si, je le savais bien... Je vous demanderai à boire, s’il vous plaît? (Elle lui verse à boire.)
Et pourquoi vous ennuyiez-vous?
OLIVIER
Ecoutez, Régaillette, je ne vous dis pas ça parce que vous me donnez à déjeuner, mais la première fois que je vous ai vue, vous m’avez parue si gentille, que votre jolie petite figure s’est gravée là... (il indique son front) et puis là. (Il met la main sur son cœur.) Je vous demanderai uu peu de pain, s’il vous plaît?... régaillette, le servant, à part.
Oh ! que j’ai bien fait de ne pas l’oublier !
olivier, prenant le pain.
Merci. (Continuant.) I)e sorte que ne pouvant plus vivre sans vous voir, j’ai chargé mon bagage sur mon dos, et le bâton à la main, je me suis mis en route de mon pied léger...
régaillette.
Vous avez fait la route à pied ?
olivier*.
Par goût, un peu, et par respect pour mes finances, beaucoup!
* Olivier, Marie.
30 LE CHEVALIER D’ESSONNE
REGAILLETTE, Souriant.
Ainsi, monsieur Olivier, vous ne roulez pas sur l’or ?
OLIVIER
Pas même sur l’argent.
RÉGAILLETTB.
Ah! tant mieux!...
OLIVIER
Pourquoi?
REGAILLETTE.
C’est que je suis pauvre aussi, moi !
OLIVIER
Vous êtes gentille à croquer !...
RÉGAILLETTE.
Je n’ai que ça pour dot... Ah ! si !... attendez donc ! j’ai encore des protecteurs... et vous?
OLIVIER
J’en ai bien un aussi, sur lequel je pourrais compter... un riche amateur italien, pour lequel, tout jeune encore, j’ai peint à Florence quelques fresques assez bien touchées... Il signor Casa Bianea.
RÉGAILLETTE.
L’intendant de la musique de la reine ?
0LIVIBR.
Lui-même.
RÉGAILLETTE.
Eh bien! il faut l’aller voir...
OLIVIER
Le voir !... à la cour! je l’ai tenté... Savez-vous ce qui m’est arrivé avec messieurs les pages et laquais?... la première fois, on m’a dit : Attendez... la seconde, on m’a dit: Repassez... et la troisième... on m’a mis à la porte.
A la porte? poliment ?
olivier. ;
On n’est jamais poli quand on met les gens h la porte... Je vous demanderai à boire, s’il vous plaît? (Bile lui verse à boire.)