ACTE I, SCÈNE III
que si j’allais à Paris, j’y trouverais mon parrain, et peut-être commelui la fortune, je n’ai plus rêvé que la grand’ville, je n’ai plus fait que répéter tous les noëls que j’avais appris... Enfin un beau jour, je me suis mise en route.
OLIVIER
Et vos parrains vous ont laissé partir?
RÉGAILLETTE.
Ils m’ont tous embrassée.
OLIVIER
Je le crois bien.
RÉGAILLETTE.
Bénie et recommandée à madame Marie, ma patronne.
OLIVIER
Et puis ?
RÉGAILLETTE.
Ils se sont réunis à mon intention, et se sont cotisés pour me faire; une petite dot. Sept livres quatre sous deux deniers, à eux trente neuf. \
OLIVIER
Rien que ça.
RÉGAILLETTE.
Ça devait me suffire pour arriver jusqu’ici, où ils avaient fait écrire à l’autre do venir au-devant de moi, pour me conduire à Paris.
Eh bien ?
RÉGAILLETTE.
Eh bien, monsieur, voilà la lettre que je reçois... Ah! vous pouvez la lire, il n’y a pas de secret.
olivier, il lit.
« Ma chère enfant, ne viens pas à Paris, c’est une ville do » perdition ; retourne au village, et dis leur à tous que je suis » très-pauvre, et que je les dispense de m’écrire. » [S'interrompant.) Cette lettre n’est pas signée.
• RÉGAILLETTE.
Non... mais c’est égal, elle est bien de mon parrain, je reconnais son écriture...
OLIVIER
Ce serpent est un vieux ladre.
Regaillettr, elle prend la lettre et tourne le feuillet.
11 y a encore quelque chose, de l’autre côté. (Elle lit.) « Dans » le cas où tu persisterais dans ton projet, je prends la précaution » de ne pas te donner ma nouvelle adresse, à Paris. »
OLIVIER
Il faut y aller malgré lui.
RÉGAILLETTE.
C’est bien mon idée, mais comment faire? Quand j’ai eu payé
LE CHEVALIER D’ESSONNE
la bonne femme qui m’a logée cette nuit, il ne m’est plus resté un denier, etle patron du coche ne me fera pas crédit.
OLIVIER
Si je retournais à Paris au lieu d’en arriver, je vous dirais : « Acceptez une petite place à côté de moi. »
REGAILLETTE. «I
Grand merci, monsieur, je refuserais.
OLIVIER
Et pourquoi ?
RÉGAILLETTE.
Dam, parce que vous ôtes un jeune homme et que vous n’ôtes pas mon parrain.