Mémoires de madame de Genlis ^ t. II, p
2. M. G. Maugras a fait paraître un volume très intéressant sur le duc de Lauzun (Pion, éd., 1893).
3. Elle ne devait pas en effet être jolie, si j'en juge par un portrait d'elle au pastel, dont Boufflers est Fauteur; mais un monstre de laideur c'est beaucoup dire. Ce portrait appartient maintenant h M. le marquis de Boisgelin dont Tarriëregrand-père était frère du comte de Boisgelin de Cucé.
que tu as entendu parler? » En revanche, il la plaisantait souvent sur sa taille, — elle était très grande, — et sur su platitude. Il entretenait avec elle une correspondance suivie, mais, parmi les lettres que je possède, les plus jolies sont antérieures à l'époque qui nous occupe. A partir de 1788, ce sont des billets d'affaires; quelquefois même il les dictait et il ajoutait seulement quelques mots de sa main, un jour par exemple :
Je t'écris par mon secrétaire, Je t'embrasse par procureur, Ce que par moi je fais, ma chère.
C'est de t'aimer de tout mon cœur.
Au mois d'octobre, Boufflers est nommé bailli d'épée à Nancy et, à ce titre, il est admis à siéger au parlement. Dans une lettre du 24 octobre, il parle de M. de Vassimon *, « à qui, dit-il, j'ai des obligations personnelles pour la manière charmante dont il m'a pré-
i. François Cachedenier de Vassimon, baron de Vassimon, était alors avocat au parlement de Nancy; il a été nommé, peu de temps après, conseiller, sur la recommandation de Boufflers qui avait eu sous ses ordres, au Sénégal, Antoine Cachedenier de Vertuzey, frère de M. de Vassimon.
Le chevalier était en désaccord, au sujet de cette nomination, avec son oncle le maréchal de Beauvau qui recommandait pour la même place M. Mangin.
sente hier au parlement où il a fait un éloge de notre famille que mes grands-pères ont peutêtre mérité, mais que j'ai entendu avec d'autant plus d'embarras qu'il excitait des applaudissements continuels, et tu sais que j'aimerais mieux pour le moment être battu qu'applaudi.
Adieu, ma toise, ma perche, mon obélisque, ma pyramide d'Egypte, je t'aiine et je t'embrasse comme si je n'avais rien de mieux à faire. »
Je ne suis pas bien sur que ces applaudissements lui fussent désagréables; mais, ce qui est certain, c'est que la politique lui faisait un peu négliger madame de Sabran. En quittant Plombières, elle avait été chez l'évêque de Laon, au château d'Anisy d'où elle écrit le 2 novembre :
« Je ne sais quel mauvais démon se mêle de nos affaires, mon enfant; mais il est vrai que, depuis que je te connais, je n'avais été aussi longtemps sans recevoir de tes nouvelles, et il était temps que tes lettres me parvinssent, car je crois que j'en serais morte d'inquiétude et de chagrin. Il faudra que tu m'expliques, un jour, comment elles ont été quinze jours par les
> chemins, et pourquoi tu ne m'as écrit que le 18, quand je t'avais écrit dans ma route, et que je ne faisais autre chose que de penser à toi et désirer d'être à Anisy, pour y trouver une de tes lettres. Il est vrai que c'est toujours quand
^ je t'aime le mieux que tu m'aimes le moins... n
Elle récrimine encore et elle ajoute :
« Tu ne me parles pas de ton retour : j'imagine qu'il ne doit pas être éloigné. Je prends ma part de toute ta gloire et de tes succès à ton parlement, car il ne t'arrivera jamais rien que je ne le partage. J'aurais seulement donné bien des choses pour en être témoin et te voir dans toute la gravité de ta magistrature. Mais il faudra prendre ma revanche à l'Académie.
C'est là que je t'attends pour exercer toute ma censure et te juger sans miséricorde. J'imagine que ton discours est fait et parfait... »
Pour nous rendre compte des faits et gestes de Boufflers, il suffira de lire la lettre qu'il écrivait le 15 novembre à madame de Boisgelin :
« Je te remercie, bonne et brave enfant, des lettres que j'ai trouvées à mon retour de ma
grande tournée. Tu as tout fait pour le mieux et, si tu n'as pas réussi, c'est que le diable se mêle un peu de tout.
» Je serai le 20 ou le 21 ou le 22 à Paris, et je m'y retrouverai avec presque autant de joie que si j'arrivais d'Afrique : il ne me manquera qu'une chose, c'est mon discours; mais je te trouverai pour le dicter et Griffon * pour l'écrire.
» Il ne m'est encore rien arrivé de relatif à la Malgrange. Il est dur pour moi de voir que M. de Forget se refuse à l'intérêt que deux ministres, et quels ministres ! veulent bien me marquer.
» J'avais écrit à mon oncle pour l'engager à faire retarder mon exécution à l'Académie. Point de réponse; il est évident, il est même notable^ que mon oncle se soucie fort peu de son neveu. J'ai peur que M. Mangin ne m'ait nui dans son esprit : il me regarde comme un mauvais patriote, et il a cela de commun avec un certain héros lorrain que nous appelions Papon- Ragecourt -, qui m'a dernièrement écrit une lettre que je te porterai avec ma réponse. Il le