‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 1 sur 203 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Les ancêtres du chevalier. — Leur situation en Savoie. — La belle Madeleine. — Vengeance de ses frères. — Arrivée des Folard à Avignon. — Leurs mariages. — Leurs carrières. — Nicolas Folard et le cardinal de Richelieu. — Sa mort stoïque et prématurée. — Le collège des Jésuites. — Les enfants de Nicolas. — Jérôme se distingue. — Son frère aîné Pierre embrasse l'état ecclésiastique. — Tous deux partent pour Paris. — Bienveillance de Mazarin pour Jérôme. — Celui-ci tombe malade. — Port-Royal tente de l'enrôler.

— Intervention du P. Labbe. — Le ministre Morus essaie de capter Jérôme à Lyon. — Retour de Jérôme à Avignon. — Son mariage.

— Sa carrière d'abord brillante puis déclinante. — Naissance de Charles qui deviendra le chevalier de Folard. — Jérôme quitte le barreau pour le droit. — Son aventure avec Nicole. — Son talent.

— Jalousies qu'il suscite. — Sa mort.

L'origine des Folard se perd dans la nuit des temps ou plutôt dans les brumes de l'Angleterre. Ce fut en effet de la Grande-Bretagne que les premiers ancêtres connus du chevalier arrivèrent en Savoie au commencement du xv^ siècle, laissant derrière eux, paraît-il, une famille bien établie qui continua de se perpétuer sur son sol natal.

On peut s'étonner de voir des Anglais venir se fixer en des lieux si peu appropriés à leur génie maritime. En voici l'explication.

Au xni^ siècle, Pierre de Savoie avait passé plusieurs années en Angleterre auprès de Henri III. Fort en faveur auprès du souverain, grâce à l'affection de sa nièce la reine Eléonore, il avait attiré à cette cour plusieurs de

a LE CHEVALIER DE FOLARD

ses parents et de ses amis et avait même fait bâtir à Londres « IHostel de Savoye »^ qui était devenu rapidement un centre d'esprit et d'élégance.

Des relations assez étroites s'étaient donc établies tout naturellement entre l'Angleterre et la Savoie; et, lorsque Pierre avait été rappelé dans les Alpes, il y avait ramené avec lui quelques gentilshommes anglais. Ceux-ci, ayant faitsouche^, avaient depuis lors contribué à entretenir des liens utiles et nombreux entre les deux pays, si différents et si lointains qu ils fussent. On comprend donc la préférence qui guida les Folard dans leur émigration au xv^ siècle.

Lorsqu'ils arrivèrent en Savoie, ce fut pendant une de ces périodes de réaction sévère qui suivent ordinairement le relâchement des mœurs. Amédée VIII s'appliquait à codifier les coutumes locales selon le bon sens et l'équité; et, à côté de réformes de grande envergure, il ne craignait pas de s'attacher aux détails.

Ainsi nul ne devait frapper un chien sans motif, et des lois somptuaires fixaient, pour les parures des fiancées, la longueur des jupes, celle des manches, des franges et le prix des chapeaux ^

Tant de précision devait convenir à l'esprit ponctuel que les Folard tenaient de leur race. Ils n'eurent donc point de peine à se faire apprécier rapidement et occupèrent bientôt des charges considérables, entre autres celle de juge de la Maurienne\

Ils surent conserver dignement leur situation pendant la période de désordre qui suivit et à la fin de laquelle on vit, entre autres frivolités, les magistrats de Genève présider à l'élection d'une « reine des plaisirs »^

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