I. Correspondance, t. XXXIII, p
On comprend que le Roi et ses ministres se soient inquiétés de ces manifestations morbides qui, grâce à l'instinct d'imitation, menaçaient la race d"une sorte d'épidémie, dangereuse au point d'amener une dégénérescence lamentable. On comprend aussi que TEglise se soit émue de ces prétendus miracles où, comme on l'a vu clairement, l'imagination avait plus de part que la réalité, et il n'est pas étonnant que le lieutenant de police, ayant reçu des ordres sévères, les ait exécutés énergiquement. Les exhibitions de Folard furent promptement signalées et le chevalier, mandé par le ministre de la guerre, s'entendit menacer de se voir retirer sa pension.
De plus, M. d'Angervilliers lui déclara que le Roi « était surpris qu'un de ses officiers, homme brave et distingué par son mérite, se rangeât ainsi du côté des visionnaires et se donnât en spectacle au public ».
« Je vous entends, monsieur, répondit le chevalier ^ c'est ma croix que vous me demandez : la voici. Je vous la remets, et pour ma pension le Roi est le maître de me Tôter ou de m.e la continuer. Je l'ai servi toute ma vie ; il est temps de servir Dieu. Je connais la vérité et rien au monde ne sera capable de me la faire trahir. »
On lui laissa sa croix, mais on lui interdit de recevoir qui que ce fût. « Dès lors, en effet, constate Barbier-, la porte du chevalier fut consignée à tout venant. »
Mais l'affaire n'en resta pas là et le cardinal de Fleury, décidé à sévir d'autant plus sévèrement que le personnage était plus en vue, fut sur le point de signer une lettre pour envoyer Folard à la Bastille.
Par bonheur le comte de Belle-Isle, alors lieutenant général et fort en faveur, intervint. Il commença par chapitrer son vieil ami, qui s'amenda et jura de se soumettre aveuglément à son sauveur afin de se guérir de ses convulsions et de reconquérir le caractère qui convenait à un officier supérieur. Après quoi, Belle-Isle s'assura pour appuyer sa démarche en haut lieu du concours du maré-