‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 151 sur 203 · Mémoires du chevalier de Quincy, t. II, p · texte numérisé non relu

Mémoires du chevalier de Quincy, t. II, p

Une fois à Saint-Médard, il avait appliqué de la terre recueillie sur le tombeau du diacre, et ces applications avaient fini par créer des moments de répit assez longs pour que les chairs se reformassent. Ce ne fut d'ailleurs pas immédiat, car par-dessus la terre Folard se grattait encore.

Mais ce qui ressort le plus clairement de la lettre du chevalier, c'est que le pauvre homme n'est point guéri de ses infirmités corporelles. En ce cas, plus de manifestation de tabatière avec les trois doigts redressés ; la « descente » do7it il ne restait plus de vestiges est toujours là ; et les chairs du mollet n'ont point repoussé, car si la blessure est cicatrisée, il n'est point question de la reconstitution des chairs desséchées.

Et pourtant le chevalier, converti et désormais fervent janséniste, aurait dû avoir, plus que tout autre, tendance à exagérer. Loin de là, il déclare q^lil n est point guéri et, s'il masque cet échec en assurant qu'il demandait seulement sa conversion — indice d'ailleurs qu'on n'est pas loin dy venir de soi-même — il ajoute aussitôt, afin de se dégager de toute complicité avec les barnums de Saint-Médard, qu'il « n'a pas beaucoup appuyé sur sa guérison ».

De fait il était plus malade qu'auparavant, car le choc nerveux qu'il avait subi se traduisait à présent d'une façon singulière. 11 était alors logé rue Saint-Honoré, près de Saint-Roch, dans la maison d'un notaire nommé Langlard. Il habitait là un appartement fort convenable et relativement vaste pour un célibataire. Il conserva d'ailleurs ce domicile pendant dix-sept ans, jusqu'à son retour dans le Comtat. Or, comme on avait fermé le cimetière, Folard se donnait chaque jour chez lui en spectacle. « Hommes, femmes et filles de toutes sortes d'espèces, raconte Quincy\ se rendaient dans son appartement, curieux de voir cabrioler un tel don Quichotte.

I. Tome II, p. 290. Nous connaissons trop bien ]'antipathie de Qiiincy à regard de Folard pour ne pas supposer que ce récit fût écrit avec quelque malveillance. Mais il est impossible de mettre en doute le fait lui-même qui est confirmé par le Tournai de Barbier, t. II, p. 244.

En attendant les convulsions, le chevalier faisait servir galamment du café aux spectateurs, et de temps en temps il regardait sa montre et il leur disait : « Dans une heure, ^^dans une demi-heure les convulsions vont me prendre. » Un moment auparavant qu'il les sentait venir, il avait la prudence d'ordonner à son laquais de mettre de bons oreillers sur le parquet, car il craignait, sans cette précaution, de se casser la tête et de se briser les côtes. L'heure venue, M. le chevalier se mettait doucement sur les carreaux, et ensuite pendant une heure il s'élançait en l'air et cabriolait le mieux du monde. Les uns regardaient comme un miracle les mouvements extraordinaires du personnage, et les autres, avec plus de raison, riaient sous cape. »

Quant à Voltaire, il écrivait à peu près vers la même époque à M. de Formont :

Une chose qui me fâche, c'est que M. le chevalier de Folard, que je cite dans mon Histoire de Charles XII, vient de devenir fou. Il a des convulsions au tombeau du diacre Paris. Cela infirme un peu son autorité, mais après tout le héros de mon Histoire n'était guère plus raisonnable.

Cependant, depuis qu'ils ne pouvaient plus se réunir à Saint-xVIédard, les convulsionnaires donnaient, comme le chevalier, des « séances en chambre ». Il existait dans Paris divers lieux de réunion oii il se passait d'invraisemblables scènes, qui avaient une grande analogie avec les exercices des Aissaouas et desderviches fanatiques, comme aussi avec les expériences de la Salpêtrière. On voyait là des hommes et des femmes, mais surtout de ces dernières, tomber en convulsions, c'est-à-dire en catalepsie ; et, en cet état, ces malades — car on peut les qualifier ainsi — réclamaient ce que l'on appelait le « secours ». Alors on les frappait violemment à coups de bûche, parfois même à coups d'épée ; on leur enfonçait de longues aiguilles dans la chair ; on leur piétinait le ventre et ainsi, parait-il, on leur procurait un grand soulagement...

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