Vie du duc de Belle-Isle, p
huit mille hommes, mais aussi « une foule énorme de commis et de ces sangsues qui courent les armées pour les affamer et piller l'officier et le soldat ». Enfin à tout ce monde s'ajoutait une populace nombreuse, et « plus il y avait de monde dans Prague plus on espérait que cette capitale de la Bohême, affamée par cette affluence de bouches, se rendrait aisément... Marie-Thérèse s'était déjà fait faire un habit d'amazone pour entrer à cheval dans la ville... Tous les papiers publics et surtout le vil et méprisable Evening Post annonçaient périodiquement, deux fois la semaine, Prague prise et ses défenseurs faits prisonniers ^ ».
Mais Belle-Isle tenait bon, et malgré l'investissement de la place parvenait à communiquer assez régulièrement avec Versailles. C'est ainsi que nous lui voyons recevoir une longue lettre de Folard datée du 16 novembre 1742. Ces pages - contiennent entre autres Tordre à observer dans une retraite en présence de V ennemi, et ce fut cet ordre que Belle-Isle suivit fidèlement quand il se décida à tenter sa fameuse retraite.
On sait comment une première tentative de Maillebois pour débloquer Prague échoua, faute peut-être de quelque audace, et comment il fut remplacé par le maréchal de Broglie, rappelé de Prague que douze mille hommes environ avaient déjà réussi à quitter. Ce fut à ce moment que Belle-Isle, resté seul avec une garnison réduite à quinze ou seize mille hommes, prépara son évasion, pourrait-on dire, laissant derrière lui le brave Chevert qui, avec trois mille hommes seulement dont quinze cents éclopés, put obtenir, après une défense extraordinaire, les honneurs de la guerre.
La sortie de Belle-Isle s'effectua dans la nuit du 16 au 17 décembre « avec une facilité, dit le duc de Broglie ^ qui tient véritablement du prodige ». Après des souffrances de toutes sortes cette armée, bien décimée en