‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 169 sur 203 · Frédéric II et louis XV · texte numérisé non relu

Frédéric II et louis XV

route, atteignit enfin Egra le jour de Noël (25 décembre 1742), et le soir même le chevalier de Belle-lsle emportait à Paris la nouvelle que « l'armée du Roi était arrivée à Egra sans échec ».

La Cour, qui croyait ces troupes fort compromises, se réjouit, Folard respira, et le vieux cardinal de Fleury, se soulevant de sa couche où il languissait, poussa un soupir de soulagement en murmurant « qu'on lui enlevait de la poitrine le poids de la colline de Montmartre^ ».

Pendant ce temps le comte de Saxe guerroyait sur le Danube aux environs de Deggendorf d'où, le 28 décembre 1742, il écrivait à Folard-' :

Il y a bien longtemps que je ne vous ai écrit, mon cher chevalier. Il y a longtemps aussi que je n'ai reçu de vos lettres ; mais c'est ma faute et je vous l'avoue.

J'ai été dans un mouvement continuel et je me suis nourri de couleuvres ; et je n'aime pas à vous écrire des misères. Mon âme est trop franche et trop sincère pour qu'elle ne coule pas par ma plume et sur le papier quand je m'entretiens avec vous ; et, comme il est plus aisé de s'abstenir que de se contenir, je ne vous ai point écrit.

Où êtes-vous ? Dans votre dernière lettre, vous m'écriviez que vous alhez à Avignon. Êtes-vous resté à Paris et cette lettre vous y trouvera-t-elle encore ? Je suis à la gauche du Danube... J'ai obligé les ennemis à quitter ce poste-ci (Deggendorf). Il est arrivé quelque chose d'assez plaisant dans cette manoeuvre.

Il conte alors à Folard un coup de main hardi qu'il a réussi en faisant descendre le Danube à ses troupes sur des barques. Il s'est emparé de bons postes et a fait un butin magnifique. ^

Son récit se termine gaiement comme celui d'un homme satisfait et plein d'entrain.

Voilà une bonne plaisanterie que je leur ai faite là ; je suis sûr que cela vous réjouira. Ils m'ont renvoyé depuis deux mille hommes à Gravenau, à qui j'irai donner l'aubade

I. Chambrier à Frédéric II. ii janvier 1743. Ministère des affaires étrangères. Lettre citée par le duc de Broglie. Frédéric II et Louis XV. a. Bibl. nat., Ln. i"], 7674,

un de ces jours quand la rigueur du froid sera un peu tempérée.

Adieu, mon cher chevalier, aimez-moi toujours un peu et soyez persuadé de ma tendresse pour vous.

Maurice de Saxe.

Quant à Belle-Isle, nous n'avons pas à le suivre dans les diverses campagnes où il joua un rôle si important jusqu'à la fin de cette guerre, mais nous savons que le fidèle Folard ne le perdit jamais de vue et ne cessa point de lui donner des témoignages de son dévouement et de son admiration.

On est tranquille à Paris, lui écrivait-il (11 août 1744) ^. car Ton sait que c'est vous qui commandez l'armée.

Et sa lettre, comme beaucoup d'autres, se termine par des protestations de fidélité.

Je me suis attaché à vous par pure estime, et j'ai recherché l'honneur de votre amitié qui m'est si chère uniquement par cela seul. J'ose vous dire que vous êtes le seul dans mon cœur et le seul ami qui me reste dans ce monde où je suis presque comme étranger et sans autre appui que le vôtre.

C"est là un sentiment assez commun chez les gens âgés qui ont fait une carrière difficile, sans attache de famille avec le monde, et dont les amitiés se trouvent peu à peu égrenées par la mort.

Folard avait soixante-quinze ans ; ses sœurs et ses frères, sauf le capitaine Paul, avaient disparu ; dom Thuillier, Montfaucon et bien d'autres Bernardins s'en étaient allés, eux aussi, vers le but suprême de leur existence monastique ; bref, il restait en France autour du chevalier bien peu de gens de sa génération qu'il eût simplement connus. Il n'en existait plus de ceux qu'il avait aimés.

L'angoisse de cette solitude galvanisait son corps estro-

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