‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 189 sur 203 · PIÈCES JUSTIFICATIVES · texte numérisé non relu

PIÈCES JUSTIFICATIVES

Lettres du chevalier de Folard au baron de Gœrt{.

4 novembre 1718.

Monsieur,

Je viens d'apprendre que Votre Excellence est arrivée à Gottenbourg où elle doit, dit-on, passer l'hiver.

J'ai écrit pleusieurs lettres à M. Mégretpourle conjurer de renvoier mon neveu. Cet homme a des raisons pour ne pas le faire ; il a répondu à toutes nos lettres sans toucher cet article, sans remettre même celles que la mère et moi avons écrites à cet

enfant, et il n'a appris la mort de son père qu'à l'arrivée de mon valet de chambre qui lui a fait savoir la volonté des parens. M. Mégret a répondu, et mande qu'il nepartiroit point du tout, sachant bien que les raisons que nous avons de le retirer d'entre ses mains pourroient bien être celles qu'il soupçonne.

Ce n'est pas seulement de Suède, Monsieur, que nous avons receu des avis ; la mère en a receu d'ailleurs : M. Mégret nignore rien de tout cela; il a trois affaires sur son compte de cette nature, que j'avois toujours ignorées. Il est inutile qu'il cherche des ruses et des faux fuians : toute la famille est au fait, et il ne sera pas dit, puisqu'il faut découvir le mystère d'iniquité, que mon neveu tienne la place de son dessinateur.

Le sieur Mégret tient ferme pour ne le pas renvoier et nous lui écrivons inutilement, de manière. Monsieur, que je me vois obligé d'avoir enfin recours à Votre Excellence pour la supplier très humblement de faire en sorte d'obtenir une permission du Roi pour que mon neveu parte pour venir voir sa chère mère. Il y a neuf mois que cet enfant n'a point écrit et, dans la dernière lettre que le sieur Mégret écrit, comme dans toutes les autres, mon neveu n'écrit pas un mot à la mère ni à moi, pendant que le sieur Mégret le fait servir de secrétaire à un valet et le fait signer pour lui. On ne peut rien comprendre à une telle malice, sinon que nous voions qu'il a corrompu les mœurs et le cœur de cet enfant qui fait écrire au valet qu'il ne veut point venir du tout, pendant que le sieur Mégret l'empêche de partir par tout ce qui peut engager un enfant de ne vouloir point, aiant écrit lui-même au bas delà lettre du valet : « Point de M, Lejeune », qui est le collège où cet enfant demeuroit à Paris. Si 'Votre Excellence savoit toutes les raisons que nous avons de retirer cet enfant d'entre les mains de cet homme. Elle en seroit touchée et auroit la bonté et la charité d'engager le sieur Mégret de ne pas obliger par toutes sortes de voies la famille de déclarer tout ce dont nous nous plaignons. S'il avoit un peu d'honneur, il eût dû le renvoier sur-le-champ, depuis le tems que nous lui écrivons pour cela. La mère et toute la famille lui ont écrit ; il a receu toutes nos lettres, répondu à toutes ; mais sans toucher l'article du départ de ce pauvre innocent, sans avoir égard encore aux raisons de la mort du père et de la maladie de la mère, et comme il a eu plusieurs affaires de cette nature il y est endurci et rien ne le touche, craignant d'envoier cet enfant de peur qu'il ne parle, aiant eu la même conduite pour un prétendu dessinateur qu'il avoit pris à Paris, dont la comédie et l'indiscrétion

est connue en Suède. Il l'a renvoie pour qu'un enfant de condition prît la place de l'autre.

La conduite inouïe du sieur Mégret me force, Monsieur, à déclarer toutes choses. Mme de Robert lui a encore écrit pour le conjurer de lui rendre son fils et de le renvoier. On doit juger de ma vive douleur de l'avoir remis entre les mains d'un homme que je croiais incapable de trahir la confiance de son ami, et dont la passion peut-être lui fit entreprendre de travailler pour m'obliger à partir par les faux avis qu'il me donna lui-même. Ce n'est qu'à mon retour ici et par les lettres de Mme de Robert que j'ai appris certaines affaires de cet honnête homme que j'avois toujours ignorées. Les réflexions sur sa conduite en Suède et ce qui m'en est venu par des gens mêmes qui ne sont pas ses ennemis m'a enfin ouvert les yeux. J'espère, Monsieur, que Votre Excelence aura la bonté d'ordonner de son départ ; les raisons de M. Mégret n'ont aucun lieu; il n'est point son parent, et la mère ne l'a veu ni connu ; on ne scait même qui sont les parens de cet homme. D'ailleurs, de quel droit veut-il empêcher un enfant de venir ? Je me flatte et je dois m'attendre que Votre Excelence écoutera mes très humbles et très justes prières, et si elle veut bien prendre la peine d'écouter mon valet de chambre elle verra que ce n'est pas sans raison que la famille agit. Il avoit ordre de visiter mon neveu pour un mal qu'il avoit. Le sieur Mégret ne l'a pas voulu et mande à la m^ère qu'il est guéri, et qu'on s'en doit tenir à ce qu'il dit, c'est tout ce que nous avons pu tirer de cet homme aprez lui avoir écrit tout ce qu'on pouvoit de plus fort et fait voir tout à plein son infamie. Un homme qui a de l'honneur et qui n'a rien à se reprocher n'en use pas de cette manière. Je compte trop sur votre probité, Monsieur, pour ne pas espérer la grâce que je prens la liberté de vous demander, aiant l'honneur d'être, très respectueusement,

Monsieur de Votre Excellence

le très humble et

très obéissant serviteur

A Paris, ce 4 novembre 1718*.

I. D'après l'original conservé dans la correspondance du baron de Goertz, aux Archives du royaume de Suède.

A Monsieur

Monsieur Aubrun, valet de chambre de M. de Robert de Costebonne, aupre\ du sieur Mêgret, ingénieur au service du Roi.

En mains propres.

A Paris, ce 4 novembre 1718.

Nous avons receu votre lettre du 20 de septembre, mon cher Aubrun ; mon neveu vous a servi de secrétaire, cela est fort beau à M. Mégret de dicter une lettre pleine de fades plaisanteries aprez la mort du père de cet enfant qui ne nous écrit pas un mot. Je vous écris cette lettre par la voie de M. le baron de Goertz pour vous dire et vous ordonner de ne plus ménager M. Mégret. puisqu'il a si peu d'honneur que de garder et corrompre un pauvre enfant malgré les parens. On a écrit à M. Tambassadeur ; la mère le fait comme elle doit; elle écrit de même à cet homme: on écrira au Roi, non seulement moi mais toute la famille. M. Mégret devrait mourir de honte. Voici la troisième et vilaine affaire qu'il a sur cette matière. Aiez recours à M. l'ambassadeur, à M. le général Duker et à M. le baron de Goertz.

M. Mégret craint que cet enfant ne parle s'il vient en France ; c'est la même comédie de son dessinateur prétendu qui n'en dira jamais tant que ce que le sieur Modet a dit de lui en France. En un mot nous sommes bien informez ; en retirant cet enfant d'entre telles mains nous serions en repos ; mais la mort du père et la maladie de la mère et Fenvie qu'elle a de voir son fils nous obligent à le rappeler. Il trouvera sa mère à Paris, qui vient pour se faire guérir dune maladie de langueur, et Dieu veuille que cet enfant ait le bonheur de la trouver en vie, car seurement cet homme lui insinuera que ce sont des fables.

Agissez de tout votre pouvoir et faites parler au Roi sans ménager un homme qui en use d'une manière inouïe, car on diroit que mon neveu est son esclave.

Page 1