‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 38 sur 203 · Polybe, t. III, p · texte numérisé non relu

Polybe, t. III, p

nouvelle de Tétat où vous vous trouviez? Sur quelle raison m'avez-vous envoyé à Rivolta malgré tout ce que fai pu dire pour mon défendre} Car on ne fait pas de telles manœuvres sans être auparavant informé des véritables desseins de l'ennemi par leurs mouvements.

« Xe dirait-on pas que je suis un écolier et que je suis encore aux premiers éléments de mon métier ? »

C'est dans ces derniers mots qu'il faut, à notre avis, chercher la véritable cause de l'inaction du grand-prieur. Le duc de Vendôme, trompé par Colmenero, avait imposé à son frère, un peu légèrement il faut le reconnaître, un déplacement ennuyeux et surtout matinal. Le cadet, paresseux ou clairvoyant, avait essayé de regimber, mais il avait dû céder ; il avait ensuite éprouvé une satisfaction malicieuse à voir les événements lui donner raison. Bouderie ou jalousie?... En laissant peser sur son aîné toute la responsabilité de ses ordres, le tour était bon. Le grand-prieur, à n'en pas douter, se laissa aller à le jouer, croyant probablement à une escarmouche et non à une vraie bataille.

Combien d'événements dans l'Histoire ont ainsi subi la répercussion de sentiments personnels et mesquins !

Le bonheur fut que l'énergie des soldats permit au chef de se ressaisir. Mais, au début, l'affaire tournait mal pour nos armes. Or, ce commencement de faiblesse, si vite effacé pourtant, servit de prétexte aux Impériaux pour s'attribuer le gain de la bataille. Le lendemain soir, dans leur camp, ils tirèrent des salves de réjouissance et le prince Eugène écrivait le 17 août à Marlborough ^ :

Au premier jour, je ferai chanter un Te Deum pour remercier le bon Dieu de cet heureux succès qui est d'autant plus remarquable que toute 1" armée ennemie était au combat, ce que je n'avais pas su auparavant ; et, en voyant le terrain où les ennemis ont été battus, la chose paraît presque impossible par rapport à la situation très avantageuse dans laquelle ils étaient postés.

I. Cité par M. Lecestre en note dans les Mémoires du, checuiicr de Quincy, t. II, p. 137.

On croit rêver ; et lorsqu'on a pu s'assurer de la réalité des faits par la concordance des récits de plusieurs témoins, on demeure stupéfait d'une tentative de duperie aussi puérile de la part d'un grand homme comme le prince Eugène. Du reste, l'attitude empruntée des Impériaux proclamant leur succès ne trompa que les foules imbéciles. On la sentait fille de gloriole et non point issue d'une vraie gloire, et si l'on fit des réjouissances à Londres, à la Haye, à Vienne et dans presque toutes les villes de nos ennemis, « ce fut pour en imposer au pauvre peuple afin de le sucer jusqu'aux os ^ ».

Le chevalier de Quincy a d'ailleurs, en quatre lignes, réduit à néant ces sottes prétentions ^. « Le prince Eugène, dit-il, vient pour nous attaquer et pour s'emparer de notre pont ; il est repoussé de tous côtés ; il abandonne le champ de bataille pour se retirer à trois milles de l'endroit où s'est donné le combat ; nous couchons sur ledit champ de bataille et nous y serions restés sans la puanteur des corps morts. Y a-t-il un homme au monde qui puisse dire que ce prince a gagné la victoire ? »

Quant au pauvre Folard, il dut passer le reste de la campagne à soigner ses blessures. Mais la bataille de Cassano avait fait naître dans son esprit la première idée du « système des colonnes », et il occupa les loisirs de sa convalescence à relire attentivement les auteurs anciens et modernes qui ont traité de la guerre ^ A cette étude son système prit tant de force et se développa si bien dans son cerveau qu'il continua de le cultiver, et que ce fut là le point de départ de son grand travail sur Polybe, dont nous aurons à reparler.

Mais avant de s'illustrer par cet ouvrage important, il allait avoir encore à traverser bien des vicissitudes et à supporter d'amères déceptions.

11 espérait tirer quelque avantage de ses blessures, et le duc de Vendôme, qui l'avait vu à l'œuvre, demandait pour lui un brevet de colonel, mais ce fut en vain. Il

I et 2. Quincy, t. Il, p. 137.

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