I. Officier chargé des dépenses
s'imposer. Il écrivit donc au duc d'Orléans afin de lui exposer la nécessité pour la place de posséder un ingénieur compétent. La réponse du prince dut le flatter infiniment ; peut-être d'ailleurs la démarche de Folard tendait-elle à obtenir ce brevet de confiance. En effet, le duc d'Orléans déclarait au capitaine de Quercy qu'il se fiait à lui et qu'il pouvait « faire de sa tête et tout comme il lui plairait * ».
Folard se mit donc à l'œuvre. Il constata que la citadelle était « bonne et régulière », qu'il y avait là des munitions de guerre en abondance et soixante pièces de canon qu'il fit remonter en peu de temps et placer à son idée. Seul l'état mental du gouverneur Tinquiétait. Il en parla dans son rapport au duc d'Orléans en termes si drôles que le prince ne put s'empêcher de rire.
« Je lui fis voir, dit Folard, que les chambres vides du gouverneur pouvaient tirer à des conséquences fâcheuses ; qu'il me chicanerait dans les résolutions vigoureuses ; et je suppliai très humblement Son Altesse d'envoyer Boisandré, lieutenant-colonel de Vexin. »
C'était un ami énergique et intelligent, et le petit capitaine comptait sur sa présence pour vaincre certains partis pris de mollesse qui déjà lui semblaient singuliers. C'est bien là une preuve que dans cette affaire, quoi qu'on en ait dit, ce fut Folard qui garda le beau rôle.
Boisandré fut envoyé aussitôt, ce qui ne laissa pas de déplaire au commissaire et au gouverneur, mais au premier surtout, car le second était toujours beaucoup plus affairé par ses maîtres et ses amours que par les soins de la place.
Sur ces entrefaites (août 1706), le prince Eugène, qui était enfin parvenu à joindre le duc de Savoie, « tira droit à Turin » comme l'avait toujours supposé Folard. Mais, chemin faisant, il s'empara de Reggio et y mit une garnison « pour tenir en bride celle de Modène ». Alors, dans cette place, on prit les mesures nécessaires en vue d'un siège. Les fortifications furent terminées, fermées,