Bibl. nat., Ln. 27, 7674, p
de guerre ni de bouche ; que la garnison était peu nombreuse et le gouverneur, faible et incapable de faire une vigoureuse défense »^
«Je ne sais, a écrit un ami de Folard-, si le prince Eugène donna dans le piège que le chevalier lui tendait, qui, quoique grossier, ne laissait pas d'être séduisant par la manière dont il le tourna. Ce qu'il y a de vrai, c'est qu'en effet les ennemis assiégèrent bientôt Béthune » ^ (24 juillet 1710).
Seulement ils furent loin d'y trouver ce que Folard leur avait malicieusement annoncé en toute connaissance de cause. La place, bien approvisionnée, était défendue par M. Dupuy-Vauban, neveu du fameux maréchal et officier digne de son oncle par sa valeur et son intelligence. Il fit essuyer aux ennemis toutes les fatigues d'une énergique résistance et ne se rendit qu'à bout de ressources, à la fin d'août.
Car, ici encore, on n'osa point risquer une action pour dégager la place. Ainsi les Impériaux purent en cette seule année 1710 s'emparer de Douai, Béihune, Saint-Venant et Aire, ce qui leur constituait, avec Oudenarde et Lille, de nombreux points d'appui dans le nord.
Cependant, la captivité n'empêchait point Folard de se tenir au courant des é.vénements et, chose étonnante, de correspondre avec son ministre. Etait-ce donc par un service ordinaire de courriers publics? On doit pourtant penser que le cabinet noir fonctionnait. Or, le chevalier était homme à se méfier, et il eût été en ce cas bien naïf de développer tant d'idées dont les ennemis pouvaient faire leur profit. L'hypothèse la plus vraisemblable, c'est qu'il trouvait à Oudenarde, où il avait été conduit, des accointances très sûres pour faire passer ses lettres en secret.
On le voit en etïet expédier le 23 août à Voysin onze grandes pages « sur la tactique à suivre pour terminer la
I et 2. Bibl. nat., Ln. 27, 7674, p. 79.
3. Il n'y eut, en effet, qu'une démonstration du côté d'Arras.
campagne en Flandre ». Et, si le captif conserve son activité, il gémit de ne point avoir à Texercer matériellement ^
Quelques jours après, il n'hésite pas à confier à son mystérieux courrier huit pages dans lesquelles il expose la faiblesse des lignes occupées par nos troupes depuis la Canche jusqu'à Valenciennes-. Et pour appuyer ses avis il rappelle avec quelque fatuité les mesures qu'il avait préconisées, qui n'ont pas été prises et touchant lesquelles les événements lui ont donné raison.
En septembre, c'est encore un projet pour secourir la ville d'Aire -^
« On eût tiré parti de moi dans cette place, soupire le petit officier^ et on pourrait bien se servir de moi aussi à l'armée si j'étais en liberté et si on me faisait l'honneur de m'écouter. »
Mais non content de disserter avec le ministre de France, il fait encore de la diplomatie avec un gros personnage des Provinces-Unies % et Ton jugera par un échantillon s'il savait s'y prendre et si ses raisonnements n'étaient pas frappés au bon coin :
Oudenarde ^, 6 octobre 1710.
Monsieur,
J"ai l'honneur de vous envoyer deux œillets, mais je crains que vous ne les receviez gâtés ou que la boîte n'en ait fait perdre l'odeur...
I et 2. Ministère de la guerre, vol. 2216, p. 202.
3. Assiégée le 12 septembre, la place ne se rendit que le 9 novembre. M. de Goesbriant reçut le cordon bleu pour sa belle défense.