‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 73 sur 203 · Polybe, t. I, p · texte numérisé non relu

Polybe, t. I, p

2. Ouvrage de fortification composé de deux faces d égale longueur, formant un angle saillant.

Villars. Il trouva celui-ci en compagnie des maréchaux de Montesquiou et de Coigny.

« Allons, lui dit le grand maréchal avec bonne humeur, sans doute Folard que vous n'êtes pas content de moi ^

— Eh! Pourquoi? Monseigneur repartit le chevalier, y a-t-il quelqu'un qui ait à se plaindre de vous ? Sans doute que des ordres supérieurs vous ont empêché de donner bataille, mais je vous prie de remarquer combien le prince Eugène et milord Marlborough sont peu clairvoyants. Ils n'ont pas en vérité le sens commun.

— Comment ! dit sévèrement le maréchal de Montesquiou, est-ce ainsi que l'on parle des princes et des généraux- ? »

Il lui était évidemment pénible d'entendre décrier deux chefs qui venaient de le battre un mois auparavant. Mais Folard, qui s'était tout juste laissé intimider par Louis XIV, n'éprouva aucune émotion de l'observation de M. de Montesquiou, et la riposte fut simple et rapide :

« Je dis la vérité, articula-t-il ; d'ailleurs ils sont nos ennemis. Et grâce au ciel je le répète, ils n'ont pas le sens commun, car il ne tient qu'à eux de renforcer leur droite et de tomber sur notre gauche que nous aurions la douleur de voir tailler en pièces sans pouvoir la secourir, à cause du ravin qui nous sépare d'elle. »

Il développa alors son explication et conclut en déclarant que si tout à l'heure les Impériaux marchaient en avant, notre armée était perdue sans ressources. Il fallait donc attaquer les premiers ou se laisser battre.

« Le maréchal de Villars, qui avait écouté Folard attentivement, lui dit alors qu'il était très satisfait de ses remarques et que son raisonnement était fort judicieux. »

Une heure après on battait la générale, et l'armée décampait (31 mai 17 10) pour ne plus revenir devant Douai, qui capitula d'ailleurs le 2'^ juin après cinquantedeux jours de tranchée. A la suite de cette perte on pouvait concevoir des craintes pour les diverses places du

I et 2. Bibl. nat., Ln. 27, 7674, p.

Nord, et M. de Goesbriant, nommé gouverneur à Aire, réclam.a Folard qui l'avait déjà accompagné dans cette ville au début de la campagne en qualité d'aide de camp.

Le chevalier partit donc, emportant plusieurs plis secrets destinés au gouverneur. Malheureusement, il tomba dans une embuscade au coin d'un bois et se vit prisonnier avant même d'avoir pu songer à fuir. Il tenta bien de se dégager, mais il fut roué de coups, et l'un de ceux qu'il reçut sur la tête acheva de le rendre complètement sourd ^. Vainement, il essaya de faire couler ses lettres entre sa chemise et sa poitrine. Il ne put en dérober qu'une partie, et parmi celles qui furent saisies il y en avait une qui contenait cette phrase : « Je vous envoie Folard, votre aide de camp ; faites ce qu'il vous dira. » Les ennemis en conclurent que l'officier était en possession des plus grands secrets de l'armée française et que la prise était bonne.

Considérant Folard comme un personnage d'importance, ils le conduisirent au prince Eugène qui le traita avec infiniment d'égards, lui donna une tente voisine de la sienne et, non content de le faire soigner par son propre chirurgien, vint lui-même à plusieurs reprises s'informer de son état 'K Folard se remit assez vite, et alors il se vit assailli de questions. On essaya même de l'enivrer pour le faire parler, mais il se tira tout à son honneur de ces divers assauts.

Seulement il apprit bientôt que le maréchal de Villars, comptant voir les Impériaux assiéger Arras, s'était résolu, 1 sur le conseil de M. de Puységur, à couvrir cette place, j et que, « appuyant sa droite à la citadelle de la ville et ! sa gauche au ruisseau d'Ancre ^ il s'était enterré dans des i retranchements effroyables » *.

i Folard, qui connaissait le pays, se rendit compte que

j I . Papiers de famille, communiqués par M. le marquis de Vernety.

I 2. Papiers de famille.

! 5. Petit affluent de la Somme.

J 4. Bibl. nat., Ln. 27, 7674, p. 78.

les ennemis n'avaient qu'à se présenter devant ces lignes pour bloquer nos troupes et qu'ils pouvaient pendant ce temps, avec un corps de partisans de dix à quinze mille hommesseulement, ravager à loisir la Picardie, et même. . . pousser jusqu'aux portes de Paris.

C'était là évidemment une conjecture issue d'une imagination très vive, mais en réalité, si l'armée de Villars avait été immobilisée, on se demande quelles troupes auraient pu s'opposer à une audacieuse tentative sur la capitale. Car la France était lamentablement dégarnie.

Or Folard s'était constitué prisonnier sur parole et, à tenter d'aller avertir lui-même M. de Villars, il eûtrisqué non seulement sa vie mais son honneur. Il se désolait donc, quand le prince Eugène lui fournit lui-même le moyen « de tirer M. de Villars de la position où il était' ».

Le général en chef des Impériaux vint un beau jour demander au chevalier « quel parti il prendrait à sa place dans l'état où étaient les choses? » Etait-ce là une épreuve, un amusement ou une question sérieuse?... La dernière hypothèse doit être la meilleure, caries événements paraissent l'avoir confirmée.

En tout cas, il est certain qu'avec son caractère Folard fut loin de croire à une plaisanterie et il mit alors toute 1 son adresse à induire le prince Eugène en erreur. Affectant une naïveté et une bonne foi complètes, il répondit au général des Impériaux « qu'il avait trop à se louer de sa générosité pour ne pas lui dire franchement quel parti il avait à prendre. Q.u'il ne croyait même pas trahir les intérêts du roi de France en lui donnant un bon conseil \ puisque, n'étant pas né son sujet, aucune loi ne l'obligeait | d'embrasser le parti de l'un plutôt que celui de l'autre. Qu'il était donc bien aise de l'avertir qu'après la prise de Douai, il ne pouvait mieux faire que d'aller assiéger Béthune ; que cette place lui ouvrirait l'entrée du cœur du royaume ; qu'elle n'était pourvue d'aucunes munitions ;

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