Ministère de la guerre, vol, 2217, p
Après cette aimable entrée en matière il parle de son désir de voir abréger sa captivité, puis il aborde les questions générales.
Votre République est fondée sur des maximes trop sages et trop modérées pour ne pas s'apercevoir qu'il est temps de faire la paix. Nos pertes sont grandes, je l'avoue, mais qu'on sache que notre courage est encore plus grand que nos pertes et que nous ne sommes pas encore abattus.
Quelques exemples, que son érudition lui permet de tirer de l'antiquité, viennent alors à l'appui de sa thèse, et sa lettre se termine par une formule dont la qualité supérieure se révèle^ en ce qu'elle peut s'appliquer à tous les temps.
Les conditions justes et raisonnables rendent une paix durable, engendrent l'union et l'amitié, même la reconnaissance entre deux pays ; mais lorsqu'elles sont dures et forcées, elles font place à la haine et à la rage dans une nation belliqueuse qui se voit blessée en son honneur et qui n'attend qu'une occasion favorable pour le réparer.
Malheureusement, les alliés victorieux n'étaient pas gens à manquer l'occasion d'écraser la France; et, pour bien des raisons, la correspondance de Folard ne devait point peser lourd dans la balance.
Enfin, le i^' novembre, le prisonnier écrit qu'il a été transféré à Lille </ où il attend très impatiemment son échange » et, détail vraiment piquant, ce captif croit devoir envoyer à Voysin des nouvelles du siège d'Aire... Cette place étant investie par les Impériaux, Folard pouvait être en effet renseigné mieux que le ministre luimême. Quant à son échange, il devait tarder encore, en dépit des ordres qui avaient été donnés depuis longtemps au commissaire Puech touchant cette négociation ^ Mais le ministre avait fait pour sa part tout son possible et il l'annonçait de sa propre main au chevalier en lui assurant qu'il serait bientôt remis en liberté.
I. Lettre de Voysin à Folard. Ministère de la guerre, vol. 246S, p. 61.
Voysin n'était pas seul d'ailleurs à s'être occupé du petit ingénieur. M. de Goesbriant lui aussi s'en était inquiété lorsqu'il s'était vu obligé de se rendre, le 9 novembre, après une défense opiniâtre, continuée en dépit de trois ordres du Roi.
Bien entendu, les honneurs de la guerre avaient été accordés à la garnison que le gouverneur devait emmener tambour battant, enseignes déployées. Or, tandis qu'il se promenait sur les glacis de la place avec le prince Eugène, M. de Goesbriant demanda « s'il ne pouvait pas se flatter qu'on lui laisserait reprendre à Lille son aide de camp ».
Mais le prince lui répondit « qu'il s'en donnerait bien garde ; qu'on lui avait écrit de l'armée de France de le garder soigneusement et qu'il ne manquerait pas de suivre cet avis^ ».
C'était là probablement une ironique méchanceté plutôt qu'une trahison, mais le prince Eugène, qui avait quelque discernement touchant la valeur des hommes, n'avait point pris l'aflFaire en plaisanterie et il ne négligea rien dans la suite « pour engager Folard à quitter le service du Roi ».
Tout autre eût profité des offres avantageuses qui furent faites alors à ce sujet du Pape, si peu encouragé jusqu'ici dans sa carrière ; et le général de Schulembourg, qui connaissait Folard et savait l'apprécier, lui écrivit à deux reprises pour l'encourager à céder aux sollicitations du prince Eugène.
Mais vingt-trois ans de service et la croix de Saint-Louis avaient fait au chevalier une âme française, et d'ailleurs son caractère était pétri des instincts de notre race. Et puis, malgré ses revers, il y avait le prestige de la France!... Folard résista. D'autre part, les amitiés qu'il avait su se créer valaient bien quelques sacrifices ; et la protection dont l'honorait activement le duc de Bourgogne pouvait lui faire tout espérer de l'avenir.
Depuis TafFaire de Lessingue ce prince s'était pris d'une véritable amitié pour le petit capitaine, et quand il avait