PLACE CHANZY
La principale documentation s>ur le Chevalier d& Méré et sa famille provient des Archives de la ville de Niort.
Pour les questions de fortune, d'argent, etc. : il conviendra de se référer — au point de vue de la valeur réelle — aux pri.x d'avant-guerre, c'est-à-dire en 191i.
LE CHEVALIEK DE MEKE
NAISSANCE. - ORKUNKS. - KDUCATION
Vers l<'s confins de la S'ainlonge et dti Poitou — dans les Deux-Sèvres — sur la route de Melle à La Mothe-Saint-H(5raye (petite ville réputée pour la beauté des filles et l'exoellence du lait) on aperçoit à gauche, au lieu dit Beaussais, une grande habitation composée de /j étages, y compris rez-de-chaussée et mansardes des plus vastes, flanquée d'an pavillon, recouverte en ardoise plus ou moins moussue ; de la route à cette habitation, distante d'environ i5o mètres, une allée d'arbres conduit en très douce pente jusqu'à une grille qui forme clôture du côté du village et qui va d'un vieux pigeonnier au pavillon annexe ; un vulgaire portail en fer coupe presque à moitié la grille non moins vulgaire-..
Devant 'l'habitation dort un petit étang, précédé d'une futaie claii-somée. Un jardin, d'une étendue suffisiinle, environne le reste.
Celte maison bourgeoise, ce logis ou manoir — comme on voudra — est dénommé Château de Beaussais.
Tel qu'il est, il ne mérite guère cette appellation ;
b I.r, CHKVAI.IKK DK MKHK
mais il a dû avoir certaines apparences, et — après des délabrements, des ruines de toutes sortes — quelques réparations l'ont modifié, puis maintenu dans sa simplicité actuelle. En tout cas, 22 fenêtres sur la façade principale, 22 grandes fenêtres lui donnaient^ lui donnent encore lumière et gaieté. Il paraît qu'un escalier (( remarquable » (le seul joyau de l'habitation) communique aux étages supérieurs (i).
Cest là que résidait d'habitude la famille du Chevalier, c'est là — très probablement — qu'il est né lui-même en i6o4 (3).
Son père était Benoît de Gombaud, seigneur de Méré, Lesguille, Monbreulle, Lescaille, Beaussais, etc. : Issu d'une très ancienne maison de Saintoiige, aussi distinguée par sa noblesse que par ses alliances, il se fit connaître personnellement de bonne heure à la suite d'éclatants services. Il devint bientôt gentilhomme de la chambre du Roi, chevalier de se» Ordres, etc.- Tout lui présageait une destinée exceptionnelle dans les armées, où il avait rempli déjà de
(1) Dans un article du Temna (14 juillet 1893). M. Gaston Descharaps a raconté qn'étanl en villégiature à Melle, son pays natal, il profita de ce séjour pour visiter Beaussais ; mais il avoue n'être pas entré au « château » dont il lui répugnait do constater la dégradation... morale, c'est-à-dire l'abaissement d-^s habitants, feraiiers ou métayers. — Moi aussi, je n'y suis pas entré, 7 ou 8 ans après, et pour cause : un dogue effrayant, qui bondissait et hurlait sans cesse, en gardait la porte : mais une concier.ie quelconque, plus sauvage encore que le cerbère, parvint à m^ dégoûter, à m'éloigner aussi, non moins ])ar son aspect que par ses propos. J'avais pourtant l'autorisation du propriétaire, M. Le Charpentier.
(2i II est certain que le chevalier a vécu 80 ans : comme il est mort le 29 décembre IGli, il a dû naître en 1604.
Maison objecte, o défaut rif l'acte de naissance, l'acte de baptême (daté du 9 novembre 16141 qui ledit âgé — à cette époque — de "7 ans et 7 mois. Il y a lieu de révoquer en doute cet acte de baptême, au moins à ce sujet Presque tous les actes de l'espèce, on ne l'ignore pas, étaient rédigés par à peu près D'ailleurs, les principaux faits de la vie du Chevalier confirment la date de 1601.
NAISSANCK — OniGINES — EDUCATION i
hautes fondions, 'lorsqu'il niourul prématurément en iGio.
8a veuve éU<il néi; « Françoise de I^i Tour-Landry » : c'était la fille unique de Paul de Maillé de La Tour-Landry, comte de Châteauroux, apf>arenté de près lui-même à la fenmie du grand Condé. Elle survécut 38 ans (i) à son mari, auquel elle avait apport t'en dot le château et le domaine de Beaussais.
Quoique disjvtru assez jeune, Benoît de Gonibaud laissa une nonibreuse descendance.
D'abord, il y avait trois frères. — L'auié, (Charles, seigneur de Méré, vécut tranquille et ignoré jusqu'à 'G ans. Le puîné, Josias, seigneur de Plassac, eut des prétentions litlémires, conquit l'amitié de Balzac et publia tout un volume de Lettres en ïùf\S ; après une vie assez agitée, le calme parut lui venir, et il s'éteignit avec l'année idOi. Le cadet, ce fut enfin « notre » Chevalier de Méfé.
Cinq sœurs complétaient la famille — savoir : Françoise, Jeanne, tiliarlotte, Catherine, Anne. Deux seulement se marièrent : Jeanne, avec Antoine Tison, seigneur de La Bedaudière ; Catherine, avec François de Couvigny, seigneur de Boutonvilliers. Mais toutes les cinq se suivirent à bref délai dans la mort, de 1673 à itiyS.
Les Ciombaud avaient eu de la fortune, autrefois, et ils {X)ssédaient nombre de seigneuries tant en Saintcnge qu'en Poitou. Peu à peu, de grandes dé|>enses, aggravées par une imprévoyance tout-à-fait incurable, les amenèrent à une ruine presque complète. 11 ne leur restait plus guère que le château et le domaine
(1) .Mais elle se rniniria tn'-s-prDinpleini'nt h in(^3sire François Yormues. si'lgnetir de Scîpvrt't: de celln union, elle ont eocore 2 enfants - une fille ot un pa ron. Cdui-ci. Ctiarle:» Vonfiues. marquis de Sftpvrol. devait épouser (lliarlotte du l'iintis du Landreau, (|ui eut sur notre clievalii-r .alors, à son diclin une décisive influence.
LE CHE^'AUER DE MEllE
de Beaussais, qui provenaient du reste (nous l'avons dit) de l'avoir maternel. Et encore ce domaine étaitil réduit, après ventes, aliénations et transactions successives, à bien peu de chose. Les, 4 fermes ou métairies qui le composaient — sans oublier 2 pauvres moulins — ne donnaient plus qu'un rapport annuel d'environ 3. 000 livres, c'est-à-dire 12 à i5.ooo francs de notre monnaie. Ainsi, tout était amoindii, tronqué, dégénéré pour ainsi dire — château et domaine.
Par bonheur, la mère laissa aux enfants ce reste de bien, et vécut quand même le plus confortablement (paraît-il) avec son nouveau mari dans le marquisat de Sepvret, à peu de distance de Beaussais.
Dans de pareilles conditions de fortune, et en pleine campagne, on se demande comment furent élef\és les 8 nobles descendants d'une telle famille — mais surtout celui qui nous intéresse particulièrement, Antoine de Gombaud.
Lorsqu'il perdit son père, Antoine allait atteindre sa 16* année. Mais, comme il est à croire, il n'avait pas dû attendre cet âge pour s'instruire, pour commencer au moins à s'instruire, car il fut savant (c'était de notoriété publique) dans les langues anciennes, grecque et latine : or, il n'est possible d'apprendre facilement et bien ces langues-là que dans la jeunesse où toutes les aptitudes nécessaires peuvent se rencontrer, où l'intelligence et la mémoire se développent concurremment, où la souplesse de l'entendement — avant tout — est indispensable. Passé un certain temps, il est trop fard pour y faire des progrès suffisants (i). Il nous paraît qu'à défaut ae
(1) Exemple topique et typique — si Ton peut dire ; son frère Josias voulut bien étudier, lui aussi, le prec et le latin, mais vers l'âge mûr, Balzac se moqua de ces vains efforts: « Où prenez- vous, lui écrivait-il, tout ce que vous dites ? vous qui
NAISSANCE — ORIGINES — tT)lCA-noN .'
précepteur spécial, que, ses parents, n'ont pu lui fournir, Antoine suivit dès son enfance les leçons d'un prieur quelconque ou d'un chapelain lettré ; d'ailleurs, ses dispositions naturelles étaient des plus grandes, surtout pour la linguistique, et il avait l'esprit aussi actif que délié. Cet enseignement lui plut, et bientôt — grâce au travail — il sut acquérir un savoir réel qu'il étendit, agrandit encore en utilisant sans cesse une partie de ses loisirs.
Ce savoir, ou plutôt cette science, constituait alors chez les gentilshommes une exception vraiment extraordinaire — surtout vis-à-vis de leurs pairs qui, non seulement ne connaissaient rien de l'antiquité grecque et latine^ mais pouvaient à peine tenir une plume cl signer leur nom. Combien aussi, même parmi les gens de lettres ou soi-disant tels, balbutiaient îe latin et ignoraient le grec !
Le talent de linguiste d'Antoine de Gombaud s'appliqua non moins heureusement aux langues vivantes : l'espagnol^ l'iCalien et — qui plus est — Varahe lui devinrent presque familiers.
Enfin, pour nous borner, rappelons ici simplement ses connaissances sérieuses en mathématiques qui le mirent quelque peu en polémique avec Biaise Pascal lui-même, mais qui durent (au fond) resserrer entre eux le lien de l'amitié.
faites peu de voyages au pays latin et qui allez rarement en Grèce».. Et ailleurs : .< A quoi bon ce grammairien h giipes, qui trahit Cicéron autant de fois qu'il entreprend de vous le traduire ?» Le a grammairien à gages >■>. c'était tout uniment Josias lui-même