‹ Le chevalier de Méré: rival de Voiture, ami de Pascal, précepteur de Mme. de Maintenon; étude biographique et littéraire, suivi d'un choix de Lettres et de Pensées du ChevalierChapitre 17 sur 57 · LA SCAKUOX EN FAVEUR MECONNAIT SES AMIS · texte numérisé non relu

LA SCAKUOX EN FAVEUR MECONNAIT SES AMIS

Madame *** est sans doute Madame Scarron ellejnêm.e, sur le point de devenir Madame de Maint enon. <]hargée alors de l'éducation des enfants de Louis .XIV et de Mme de Montespan, elle commençait à être en faveur — ce qui s'accentua peu à peu jusqu'au plus haut degré. Rompant avec le passé, elle érigea bientôt en système sa froideur, son éloignement, à l'endroit de ses anciennes amitiés.

J'ai une extrême envie d'avoir l'honneur de vous voir^ Madame, et quelquefois aussi que je vous rencontre, il me semble que vous en êtes bien aise et qu'au moins vous ne me fuyez pas.

Je fus tout hier à Saint-Cloud, a\ec Madame la Maréchale de Clérembault (i), et nous parlâmes de

(1) Madame de Clérerabawit. veuve du maréchal de ce nom (grand ami de M('tp.), était devenue gouvernaate des filles de Monsieur, c. a. d du frère du Roi.

vous à peu près comme vous l'eussiez pu désirer. Je vous louais sans flatterie et, de temps en temp^, je vous blâmais sans médisance. Madame la Maréchale enchérissait volontiers sur les louanges que je vous donnais, et quand je trouvais quelque chose à ix}dire en vous, elle lâchait toujoui> de l'excuser ou de l'adoucir. Enlin, comme elle vit que je voulais reprendre le chemin du Cours et m'en retourner, elle me chargeai de vous aller prier de sa part tl de la mienne de l'attendre ce matin à dîner.

Je> m'étais levé fort agréablement pour m 'acquitter de ma commission, et voilà que Madame la Maréchale me mande que Mademoiselle (g), qui devait aller ce matin voir la Reine, a remis oe voyage à '3 semaine qui vient.

Ce changement ne m'empêcherait pas daller à Saint-Germain ('^), s'il ne me venait dan> l'esprit que vous êtes quelquefois d'un abord assez difficile, et que si je vous demandais inutilement, cela pourrait vous faire tort et me nuire aussi : car il est \Tai, Madame, que tout ce qu'on censure le plus dans votre procédé, c'est qu'on s'imagine que vous nérligez vos anciennes connaissances ; et pour ce qui me regarde, je tiendrais à un grand déshonneur ju'uno personne de si bon goût donnât à penser qu'elle m'eût oublié après une si longue amitié.

D'ailleurs, j'ai tant soit peu de cette humeur de fée dont on vous accuse, et je cherche ordinairement 1.1 solitude au milieu de Paris.

Ainsi, quelque estime et quelque inclination que nous ayons l'un pour l'autre, je ne crois pas qu'on

(2) On nommait ainsi la fillp aînée de Monsieur.

('^) Mtno Srarron ré.>«i(lail à St-Germain. où élaioiit »>]ovés les enfants iln Uoi et de la Montespan : par sa situation môme elle était obligée — vis-à-vis du public — à une certaine discrétioa.

nous rencontre souvent ensemble, et j'en ai beaucoup de regret. Je vois pourtant qu'il ne tiendra qu'à nous d'en tirer un avantage qui n'est pas à mépriser : car nous pouvons, par là nous acquérir la gloire d'une extrême constance, si nous continuons toujours à nous aimer, sans nous voir ni sans nous écrire que bien rarement. Pour moi, je vous assure, Madame» que je ne oe«s«rai jamais de témoigner partout que je suis votre très humble et très obéissant serviteur.

Page 1