KT DE SA VIVE AFFECTION
UECOMMAXDATIO.V POLR VN COMPATRIOTE
Enjin, voici la veuve Scarron devenue Madame de Maintenon ! Elle s'approche di-s marches du Irône... N'est-ce pas l'instant propice pour les recommandntioi^s ? Le ChevaU£r, qui n'a pu rien obtenir persoïineUcmenl, ose appuyer auprès d'EUe un gcntilhomn^e du Poitou, « très honnêle homme » ; à cette occasion, il lui rappelle le passé, plaisante sur leur amitié et même — d'une jaçon délicate — sur les « leçons » qu'il a su lui donner.
En vérité. Madame, il serait bien malaisé d'avoir tant d'amis d'importance au milieu de la Cour, et d'estimer constamment ceux qui n'y sont de rien — quand ce serait les plus honnêtes gens qu'on ait jamais vus. Il ne faut attendre que d'une vertu bien rare une faveur si extraordinaire. Mais du temps
que j'avais l'iionneur de vous approcher, je m'apercevais que vous saviez toujours (ii^tin^'uer le >rai mérite {>armi de certaines choses brillantes qui ne dépendent que de la fortune, et cela me tait espérer que vous ne désapprouverez pas la liberté que je prends de vous écrire.
Je pense avoir été le premier qui vous ai donné de bonnes leçons, et je puis dire sms vous flatter que jamais enfance ne m'a paru plus aimable que la vôtre, tant pour le charme de votre personne que pour avoir le meilleur cœur du monde et l'esprit le plus éclairé. Je me souviens que je vous instruisais à vous rendre aimable, et que dès lors vous ne l'étiez que trop pour moi ; de sorte que si l'on ne vous regardait aujourd'hui ronmio une Dame parfaitement accomplie, il ne s'en faudrait prendre qu'à moi — si Cf n'était peut-être que la (>our vous eut gàtét\
Aussi^ Madame, en quelque lieu que je sois, je ne fais rien avec tant de plaisir que de parler de vous, et je ne sais si c'est par estime ou par inclination, ou même par intérêt, que je vous mets au-dessus de toutes les autres. Si cela vous paraît peu vraisemblable à cause que vous m'avez extrêmement négligé, je vous apprends qu'entre vos merveilleuses qualités qui font tant de bruit, vous en avez une que je regarde comme un enchantement : c'est que les gens de bon goût, qui vous ont bien connue, ne vous sauraient quitter de quelque adresse que vous usiez pour vous en défaire — et j'en suis un fidèle témoin.
Ceci me remet dans l'esprit un sentiment où je vous ai vue, et dont vous devriez vous désabuser. Car il n'est pas vrai qu'on se lasse de tout à continuer, et la défiance que vous avez de pouvoir conserver celui qui vous aurait plû pour le mariage est très irjal fondée. Qu'elle ne vous en détourne point, sur
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ma parole ! Je vous jure que Je tant de belles personnes que j "ai pratiquées, vous êtes celle qui le devez le moins craindre, et je vous conseille d'en prendre le hasard. Car encore que votre abord gagne aisément ceux qui vous voient, vos attraits les plus piquants ne se montrent pas si vite ; et plus on aura goûté de vos bonnes grâces, plus on en sera charmé.
Ne dirait-on pas que je vous veux disposer à recevoir les services d'un galant homme ? Mais je n'en sache point de si digne de vous que moi, et je sens bien que si la fantaisie de me prendre vous était venue, je me laisserais, vaincre, et que je vous aimerais toujours.
Il me semble, Madame, que si vous étiez un peu plus enjouée^ et qu'on pût espérer de vous plaire en bydinant, vous en seriez plus saine et plus heureuse. Aussi bien, le monde est si peu de chose que c'est être bien fou que d'être si sage.
Mais, sérieusement — puisque vous êtes si sérieuse — celui que vous auriez choisi ne serait-il pas au plus haut point de bonheur qu'on puisse désirer, de passer sa vie ai'^ù's de la plus agréable personne du monde, auprès de vous, Madame, qui donnez tant d'admiration qu'il faudrait avoir votre génie et vos délicatesses pour vous louer d'aussi bon air que vous le méritez ?
Il est pourtant vrai qu'on trouve en votre procédé je ne sais quoi à redire, et je ne crains pas de vous en avertir, parce que vous aimez la franchise et la sincérité. On s'imagine donc que vos anciens amis ne tiennent pas en votre bienveillance une place fort assurée. Cependant vous témoignez assez que vous êtes bonne et bienfaisante, tout le monde en demeure d'accord. Mais les critiques de la Cour observent que vous ne favorisez que des gens qui ne
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VOUS en sauraient être fort obligés, parce qu'ils sont déjà si élcvéï; que tout ce que vous ajoutez à leur fortune est presque insensible — encore que ce soit quelque chose de bien grand. Je souhaiterais pour le comble de ^otre gloire que vos bontés s'épandissent sur qut'lques personnes, dont le mérite est moins en vue. Outre que vous en fKiraîlriez plus généreuse, vous ferie,z des créatures qui n'auraient rien de cher pour reconnaître vos bienfaits.
On m'a dit que Monsieur de Viilelte (i), qui n'a rien de fou ni d'étourdi que d'être toujours huguenot, vous avait fwrié d'un très honnête homme qu'on appelle Monsieur de Vieux-Fourneaux (2). Vous jugez bien, Madame, que pour quoi que ce pût être je ne voudrais p>erdre si peu d'estime qui me reste auprès de vous. Mais si vous avez encore quelque créance en moi, je vous jure qu'il serait difficile d'exprimer tout ce qu'il a de bon ! Je suis persuadé qu'on ne lui saurait commettre rien de noble ni d'exquis, dont il ne soit capable ou du moins qu'il ne le puisse devenir du jour au lendemain.
Comme je le vois souvent, je lui ai dit tout ce que je savais — et plût à Dieu, Madame, avoir aussi bien réussi à vous instruire ! Car toujours m'en reviendraitil cet avantage que vous seriez bien aise que je fusse éperdûment, comme je suis, votre très humble et très obéissant serviteur.
(1) Phi1if)pe do Villetto ('-tait cousin-germain dn Mme de Maintenon. Marin intri'pirio, il se dislin^nia dans l(>s j^nerrcs marilimcs et parvint au pradc de LiiMiliMiant-géni-ral l'es armées navales. .\pr^s pins do lîJ ans d'obsP!=sions, de la part de sa cousine, il finit par se convertir au catlinlicisme.
(2) Klionno Savi>;nac, Seip;nenr de Vieiix-Fourneaux, fut éclievin et capitaine du régiment royal de Niort. Ami du cluwalier, il 80 rendit souvent à Reanssais pour le voir. s'(Milrelenir avec lui et s'occuper do pêche, de cliassc, de jardinage, etc..
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LETTRK A MADAME LA MARECHALE DE ***
ASSAUT DK BEAUTK ENTUE