‹ Le chevalier de Méré: rival de Voiture, ami de Pascal, précepteur de Mme. de Maintenon; étude biographique et littéraire, suivi d'un choix de Lettres et de Pensées du ChevalierChapitre 52 sur 57 · PHYSIOLOGIE · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE

Je crois qu'un peu de négligence est un excellent régime et qu'il serait bon — pour se bien porter — de ne pas avoir le sentiment si délicat, ou du moins de n'y pas regarder de si près. Car lorsqu'on pense toujours à s'empêcher d'être malade, un si grand soin qui fait tout craindre trouble les agréments de la vie et remplit l'imagination de beaucoup de maux qu'on naura jamais et qui en font souvent naître de bien

effectifs.

En se remuant, on ranime sa vigueur et ses esprits.

Quand on ne songe qu'à se tirer d'un mal, il arrive souvent qu'à force de garder la chambre et de se tenir couché, on change de tempérament^ on devient triste et chagrin dans une longue solitude, et pour l'ordinaire on y gagne un autre mal et quelquefois

plus fâcheux que le premier — au lieu que, si l'on se divertit, avec un peu de soin et beaucoup de négligience, on se guérit insensiblement.

Il n'y a point de santé si forte^ ni de beauté si acheyée, ni même d'esprit si ferme, qui soient à l'épreuve d'une longue et profonde mélancolie.

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