POLITIQUE
. C'est à mon sens un crime que de rien déguiser aux Rois — surtout quand il ne leur coûte pas plus d'en prendre le droit chemin que de s'égarer. Ces Princes, qui se veulent mettre au-dessus des autres, ne suivent que bien rarement les meilleures voies.
Les Princes qui gouvernent le monde sont en quelque sorte coupables de tous les maux qui se font sous leur règne, quand ils y peuvent remédier.
Pour bien juger des actions des « conquérants », il ne faut pas tant compter sur le prix, ni sur le nombre des choses qu'ils ont faites, qu'examiner d'un jupement tranquille et désintéressa s'il était facile ou difficile d'y réussir : car c'est principalement la difficulté qui distingue les actions de guerre... Quelquefois, il est plus malaisé de prendre une petite ville que de conquérir tout un grand royaume.
Le prix du mérite^ qui touche tant les coeurs bien faits, devient à la longue insensible aux Rois, parée
qu'on loue indifféremment tout ce qu'ils font et qu'on n'y garde d'ordinaire ni mesure ni bienséance.
Ces maîtres du monde, qui sont comme au-dessus de la Fortune, ne regardent qu'indifféremment la plupart des choses que nous admirons ; ifs en sont peu touchés et n'en parlent qu'avec négligence.
Les Princes n'admettent pas qu'à leur vue les particuliers se fassent des civilités, : on les a persuadés, dès leur enfance, que ces civilités mêmes leur sont toutes dues, et depuis ils n'en ont pas douté ; ils ne sauraient souffrir non plus qu'on fût familier en leur
présence.
Il arrive, en bien des rencontres, surtout auprès des grands Princes, que d'être malheureux ou coupable est presque la même chose.
Les politiques n'ont devant les yeux que leurs intérêts et ne manquent jamais de prétexte, ni d'invention pour établir ou pour rompre leur commerce.
La Cour... c'est l'endroit du monde où Ton se cor-
lige le moins.
Les Courtisans sont comme autant d'enfants de tribus qui ne se souviennent ni de leurs parents ni même du lieu de leur naissance : ils ne pensent qu'à une chose — satisfaire à leur ambition.
Ce serait être bien borné que de rien voir au-delà de sa patrie, et c'e^t une marque d'un excellent esprit ■que de juger de tout sans prévention.
Un historien (surtout politique) doit paraître, le plus qu'il se peut, sans pays, sans intérêt et sans parti — comme s'il était tombé du ciel.
SENTENCES ou