‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 1 sur 185 · Le chevalier de Pampelonne · texte numérisé non relu

Le chevalier de Pampelonne

Au commencement du mois de septembre 1 o85, vers six heures de l'après-midi, un cavalier, monté sur un brave courtaud bien double, bien éveillé, bien franc , suivait un sentier bordé de hauts peupliers qui longeait la rive gauche de la Mayenne, grossie des eaux de la Sarthe.

C'était, par conséquent, entre la Loire et la ville d'Angers que cheminait le voyageur. Le cavalier portait une soutane brune ; un petit rabat blanc flottait à son cou ; son chapeau triangulaire, semblable à ceux des curés de notre époque, était posé d'une façon peut-être un peu

trop crâne sur une forêt de cheveux roux; sa barbe était abondante et longue , et ses jambes, emprisonnées dans de grosses bottes à tuyaux, pressaient les flancs de sa monture avce une aisance trop louable peut-être pour un abbé.

Il y avait, du reste, grande analogie physique et morale entre l'homme et sa bête; et c'est une remarque de tout temps signalée que ce rapport intime établi , d'habitude , entre les cavaliers et leurs chevaux. Si le maître est gros, s'il est bon luron , bon vivant , d'un commerce facile , s'il chante volontiers, s'il intrigue à l'occasion, si sa mine est réjouie, l'animal qui le porte a le rein large, les membres forts, la tête légère ; paresseux au départ, il double le pas pour rentrer à récurie; sa santé est robuste, son poil luisant, et lorsqu'il a vidé son râtelier, il se tourne vers sa litière qu'il attaque à belles dents. Si le maître est agile, bouillant, son coursier fait feu des quatre pieds; si le maître a l'humeur noire, sa monture a l'œil triste, l'oreille basse, le cou tendu, et ne jette à sa pro vende que des regards mélancoliques ; enfin , ce n'est pas sans motifs que l'immortel Cervantes a perché don Quichotte sur l'efflanqué Rossinante et qu'il a mis Sancho sur un âne.

Notre abbé avait l'air vif, déluré, sans façon, mais tout annonçait en lui un esprit pacifique ; il

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