‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 2 sur 185 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

était l)OnhomiHc, jeune, îilcrte, très-fort d'embonpoint, mais son regard avait j)las de malice que de l'eu, et son visage était plus espiègle que fanfaron. Ainsi de son courtaud fleur de pécher, qui marchait ramjjje à ravir, faisait sa grosse lieue en trois quarts d'heure sans se gêner, sans réclamer et sans souffler.

Au tournant d'un coude que fait la Mayenne, à deux mille pas d'Angers, notre homme tira sur sa bride: le cheval s'arrêta, se mit en travers du sentier, et tomba dru sur les feuilles d'aubépine qui tapissaient une haie à sa portée. Le cavalier se croisa les bras et regarda , entre deux échappées de peupliers, les tours et les bastions du château qui dominait la ville. On eût dit qu'il étudiait les fortifications de cette citadelle pour dresser le plan d'une escalade. Son visage changea subitement d'expression ; un nuage passa sur son front , rapide comme ces grandes ombres qui courent sur les prairies quand le vent soulfle avec violence. Ce visage devint alors sombre, rude, inquiet; mais aussitôt cette sévérité fit place à une sérénité qui semblait être son caractèie habituel.

L'abbé allongea son bras droit, la main fermée, l'index tendu vers le château, et fit ce geste famiher des rhéteurs menaçant leurs disciples, geste qui veut dire : u Tiens-toi bien ! »

6 lE CHEVALIER DE PAMPELONIVE.

Nous devons ajouter qu'un fin sourire anima la physionomie du muet voyageur. Cette pantomime achevée, le cavalier mit pied à terre avec une grande légèreté, amena son cheval sur le bord d'un ruisseau qui coulait près de là, puisa de l'eau dans ses deux mains et en inonda le poitrail , les flancs et l'encolure de sa bcte ; puis il barbouilla de poussière les jambes de ce débonnaire quadrupède , qui soufirit cette toilette étrange d'une grâce fort agréable.

Après ce, l'abbé se remit en selle et reprit, au petit trot, la route d'Angers, tout en ajustant son chapeau de manière à se donner l'air d'un novice et d'un imbécile tout à la fois.

Les deux mille pas que notre homme avait à faire furent bientôt franchis , grâce à l'allure réglée de sa monture qui flairait le râtelier.

En entrant dans le faubourg, le bon père rencontra deux jeunes cavaliers portant à merveille et le feutre et l'épée, qui, se retournant, se prirent à rire de son chapeau, de sa soutane, de ses bottes fortes, de son cheval et de sa personne en même temps. L'abbé s'arrêta comme pour sauter à terre , et le rouge lui vint au visage ; mais , se ravisant sans doute, il donna de l'éperon et repartit au galop, laissant les deux mauvais plaisants rire plus fort derrière lui.

Au coin de la Halle, le voyageur accosta une

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