‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 101 sur 185 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

par l'histoire qu'elle venait d'entendre, sa vive imagination fui frappée de cette apparition subite d'un homme qui, le front haut et l'œil fier, drapé à l'espagnole dans les plis d'un long manteau, s'avança jusqu'à trois pas d'elle et la salua avec les façons exquises des gentilshommes de ce temps-là.

— Peblo ! Peblo ! glissa Venezia à l'oreille de sa maîtresse.

— Que me voulez-vous? Qu'êtes-vous venu faire ici? demanda l'Italienne avec hauteur.

— Prendre vos ordres, répondit le vicomte d'une voix douce.

— Mes ordres?

— Sans doute. N'étes-vous pas prisonnière dans ce château, sous ces somptueux lambris?

— Qui vous l'a dit?

— Vous-même.

— Moi, et quand cela?

— Toutes les nuits, depuis près de trois semaines.

— Toutes les nuits , répéta l'Italienne en se tournant vers Venezia. J'ai beau chercher...

— N'interrogez pas cette jeune fille; interrogez plutôt celte fenêtre... Celle-là, oui!

— J'y suis, s'écria la gitana, ce noble seigneur aura entendu votre chanson favorite...

— La Speranza ! interrompit la Vénitienne.

>~ La Speranza! répéta Gourdon.

— Impossible ! ma voix n'a pas tant d'étendue qu'elle puisse dépasser les remparts du château.

— Non , mais elle peut descendre dans les fossés qui bordent la citadelle.

— Et vous étiez dans ces fossés, une fois, par un hasard béni... ô Providence!

— J'y étais toutes les nuits, et jamais par hasard.

— Peblo ! Peblo ! répéta la gitana à l'oreille de sa maîtresse, dont les joues rougirent tout à coup.

— Vous êtes donc du château?

— Maintenant, oui; hier et ce matin encore, je n'avais pas le droit d'y entrer. C'est pourquoi j'y venais de nuit.

— Qui êtes- vous donc, et qu'êtes-vous ici?

— Je suis le vicomte de Gourdon, et le maître de cette citadelle, pour Sa Majesté le roi de Navarre.

— Le roi de Navarre! s'écria la Vénitienne. Que sont donc devenus le Grec Ancyre et ses soldats?

— Ils sont morts.

La gilana tomba aux genoux de sa maîtresse, et, joignant les mains vers le ciel, elle murmura :

— xMaintenant , Dieu tout-puissant des chrétiens, je crois en vous 5 vous êtes juste et secourable.

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