‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 163 sur 185 · CHAPITRE Vlir · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vlir

moussiou, et quand vous aurez besoin du marquis Fabiani, vous ne vous zénerez pas, ze souppose?

— N'ayez pas peur... passez sans bruit... cette embrasure donne sur les fossés de la citadelle.

— Grand merci !... mais ne venez-vous pas avec moi?

— Hélas! non, j'ai un dernier devoir à remplir.

— Et ce devoir?...

— Je veux tout bonnement placer un pétard dans cet escalier pour faire sauter une partie du château.

— Per Bacco ! voilà oune vaillantise qui me plaît... Et avez-vous la poudre nécessaire?

— Je suis muni de tout ce qu'il me faut, et ne sortirai d'ici qu'après avoir tout arrangé à ma guise.

— Alors, bonne chance, mon brave. . . Le prince que vous servez est, ma foi! bien heureux... Ah! mille pardons, excellent ami, z'ai encore oune prière indiscrète à vous adresser... Ce gueux de gouverneur grec m'a dévalisé avant de me jeter dans ses oubliettes, et ze souis sans oune obole : si vous pouviez venir à mon aide... vous comprenez?...

— Je ne suis pas riche, mais cependant, prenez ma bourse... Adieu, au revoir!

La Gazette qui, possesseur de plusieurs millions, n'avait demande l'aumône au Gascon que par excès de prudence et de dissimulation, sauta d'un pied leste dans le fosse et se perdit bientôt dans l'obscurité.

— Ce n'est pas sans peine, se dit Pampelonne. Enfin, me voilà seul! Maintenant, mon garçon, à l'œuvre, et lestement.

Courir au caveau, se glisser comme une anguille par le trou qu'il avait élargi pour le capitaine, et toucher à tâtons des deux mains pour reconnaître un peu son terrain, tout cela fut fait en peu d'instants par l'intrépide chevalier.

— A quoi tiennent les succès ! se dit le Gascon tout en marchant à quatre pattes, je vais mettre deux jours à me retrouver dans cette espèce de caverne, parce que ce Sardanapale de marquis ne s'est pas contenté de mes provisions de bouche pour apaiser sa faim de cannibale! quelle cuisine, corbeuf! du suif à l'ail et de l'ail au suif... pouah! il n'y a qu'un grand seigneur italien pour avoir de ces idées-là.

Pampelonne s'arrêta, se croisa les bras et murmura en souriant :

— Il est cependant vrai que dans ce moment je troquerais mes yeux, que madame du Fresne trouve si beaux, contre deux yeux de chat ou de chouette, et que j'achèterais, à poignées d'or, le

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