LES ENNEMIS DE PAMPELONNE
Pampelonnc entendit grincer dans son écrou la dalle qu'il fallait dévisser pour ouvrir un passage de la salle supérieure au caveau.
— Hé ! hé! pensa le Gascon, voilà un gaillard qui fait mine de vouloir entrer ici comme chez lui. Beau secret que le mien, ma foi!
Une masse noire se détacha tout à coup du plafond, s'allongea et prit forme humaine ; puis le personnage mystérieux tira de dessous un long vêtement, que Pam{)elonne prit d'ahord pour un manteau, une lanterne sourde dont il dirigea la
Ii6 LE CHEVALIER BE PAMPELONNE.
lumière vers l'angle du souterrain où la Gazette avait fait sa fouille.
— C'est bien là, dit tout haut Jacques Clément que le lecteur aura reconnu. C'est bien là... le coin nord, à main droite... il ne s'agit plus que de bêcher à tour de bras.
— Eh bien ! à la bonne heure ! pensa Pampelonne, ce garçon-là va m'éviter de me salir les mains ; j'aime assez la besogne toute faite.
Le moine posa sa lanterne à terre, de façon que le caveau presque tout entier resta dans l'ombre. La place qui devait être fouillée recevait seule la lumière que projetait la lanterne sourde. Le Gascon, collé à la muraille, roide, immobile, silencieux, retenant son souffle et prêt à tout événement, fixait sur l'ouvrier qui lui était tombé des nues un œil ardent et infatigable. Tout à l'ambition et à la cupidité, le neveu de du Halot, qui tournait le dos au Gascon, ne prit même pas le soin de regarder autour de lui; il s'arma d'une petite bêche qu'il avait apportée, et se mit à l'œuvre avec tant d'énergie et si vite, que le bec de pioche heurta bientôt un corps dur sur lequel elle rebondit. Se jetant à deux genoux, le moine se saisit avidement du coffret, le souleva et poussa un soupir joyeux en voyant qu'il y avait charge pour ses deux mains.
— Mon père, je vous remercie infiniment, dit
CHAPITKE IX;. Ml
Panipelonnc de sa peliU; voix (lûU'e , vous vous ciiU'ikIcz à incrvcillo à dénicher les merles.
Le moine tressaillit de la tête aux pieds à cette apostrophe. Il serra le colïret sous l'un de ses bras, se retourna vivement, et. se trouvant face à face avec le Gascon, il s'écria :
— Mon Jacobin ! répondit Pampelonne. Le moyen, maintenant, do ne pas croire aux miracles ! ah çà ! mon cher, que diable venez-vous faire ici ?
— Je suis venu prendre mon bien, et vous?
— Je suis venu prendre ce qui me convient ; de quel droit ce bien est-il le vôtre?
— Par droit d'héritage: je suisl'unique héritier du sire du lïalot. Quels sont vos droits à vous?
— Le sire du Halot, ayant été roué vif, n*a d'autre héritier que le roi, et c'est Sa Majesté que je représente ici.
— Vous êtes hui^uenot, si je ne me trompe.
— Je m'en flatte.
— Alors qu'avez-vous de commun avec le roi?
— Du Halot est mort pour avoir trop bien servi la cause de Sa Majesté Béarnaise, c'est donc au roi Henri de Navarre que revient ce petit coffre que je vous prie en grâce de me remettre.
— Je ne connais, moi, que Henri de Valois.
— Alors, nous allons avoir un gros procès, mon père.
— A votre aise.
— Je vais donc commencer mon plaidoyer par sa conclusion, c'est une manière d'abréger que j'affectionne.
Pampelonne recula de deux pas, et dirigea le canon de son pistolet sur la poitrine du moine.
— Un moment ! s'écria Jacques Clément qui, pris au dépourvu et sans armes, essaya de gagner du temps. Si tous les clercs, si les avocats expédiaient de cette façon leurs discours, leur métier ne vaudrait pas grand'cliose; écoutezmoi bien, et suivez le raisonnement que je vais vous faire. Cette cassette appartenait au sire du Halot.
— C'est peu probable, mais c'est possible. Continuez...
— Le commandant du Halot était mon oncle.
— Je ne vous en fais pas compliment... Après?
— Mon oncle, en mourant, m'a laissé un double héritage h recueillir.
— C'est un beau trait de sa part.
— J'ai dû, pour lui plaire, m'emparer de ce coffret, et je dois, pour lui obéir, vous rendre en gros ou en détail tout le mal que vous lui avez fait.