CHAPITRE XI
savoir aux fidèles de la bonne ville d'Étampes, disait le criciir, que demain à midi la procession qui parcourt les environs de Paris fera son entrée solennelle dans cette eité. Tous ceux qui ont en horreur les crimes et rhérésie du Valois sontsommés de se joindre aux illustres personnages qui donnent au peuple l'exemple du courage et de la piété, en escortant, pieds nus et le cierge en main, la croix du Seigneur; ces personnages sont :
«( Le prince très-chrétien , monseigneur le duc d'Aumale, gouverneur de Paris;
« Une députation de MM. les Seize ;
u Une députation de MM. les Quarante;
« Nos très-pieux curés de Saint-Benoît et de Saint-Gervais;
«i Les saintes confréries des Jacobins et des Carmes, le révérend prieur Bourgoing à leur tète;
« La très-noble et très-charitable duchesse de Montpensier ;
«( Le très-brave et très -zélé comte de Saveuse... ->
A ce nom, la signora Fabiani se jeta en arrière et tomba dans un fauteuil, le visage défait, le cœur palpitant. Venezia courut à elle, couvrit ses mains de baisers et lui dit :
— Courage, chère marraine... courage! Dieu
nous exauce.. . L'heure tant souhaitée va hienlôt sonner.
Avant que la marquise eût pu répondre, on frappa à la porte de l'appartement , et Venezia ouvrit.
— Que voulez-vous? dcmanda-t-elle au maître de la maison qui se présentait humblement.
— Un courrier du comte de Saveuse vient d'arriver pour commander, pour retenir deux logements au nom de Son Excellence et de Sa Grâce madaine la ducliesse de Montpensier. Je viens prier madame la marquise, si elle ne doit pas quitter Étampes demain, de vouloir bien céder son appartement à la duchesse, afin de ne pas me priver du grand honneur de loger...
— Aurez-vous une pièce à me donner en échange ? interrompit vivement la marquise ; si petite qu'elle soit, je la prendrai.
— Oui, madame, mais elle sera peu digne de vous.
— Et le comte... le comte de Saveuse descendra chez vous?
— Oui, madame, grâce à votre complaisance.
— Eh bien ! c'est chose faite, j'aurai l'honneur de recevoir moi-mcme ici la duchesse ; un mot, s'il vous plaît ? Qu'est-ce que c'est que le comte de Saveuse?
— C'est le plus brave champion de la sainte
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Ligue, madame, c'est un noble et vaillant sei gneur.
La marquise échangea un regard avec Venezia, baissa les yeux, rotigit et reprit :
— Quel âge peut-il avoir?
— L'âge du Valois...
— Je le croyais aiiii du roi, ami zélé...
— II Ta été pour son malheur ! Aujourd'hui il a renié les faux dieux et brisé leurs idoles.
— N'était-il pas du voyage de Pologne et de Venise ?
— Oui, madame... Il était alors dans le péché.
— Je vous remercie, mon ami..., cela suffit, murmura la marquise en se retournant vers sa fenêtre pour cacher ses yeux qui s'emplissaient de larmes... Cela suffit, retirez-vous. Ah! Venezia, s'écria-t-elle en se jetant au cou de sa compagne , je suis presque heureuse maintenant.
— Pourquoi cela, chère maîtresse, répondit la gitana qu'un seul sourire de sa bienfaitrice mettait au ciel ; pourquoi cela ?
— Parce que, s'il m'a délaissée, s'il m'a oubhée, je le devine, ce n'est pas pour une rivale, c'est pour n'être qu'à Dieu!...
La gitana jeta sur la marquise un regard de pitié qui étinceîa tout à coup, et répondit :
— La fille de la Péruvienne, ma graud'mère,
avait eu le même espoir!... Soyez heureuse... jusqu'à demain.
La marquise sentit un frisson se glisser dans son cœur, et tomba dans une rêverie profonde.