‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 184 sur 185 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

amaigri portait un cachet de noblesse et de suave mélancolie, qui commandait le respect ; son regard voluptueux et doux fasciniiit; elle était le type aristocratique et élégant de la grâce dans la beauté, de la simplicité dans la majesté.

Venezia était toujours la même ; Ténergie de son âme se réfléchissait sur ses traits; le feu de ses yeux, à peine amorti par le velours de leurs longs cils , répandait sur ses joues dorées une chaude lumière. Il y avait, dans la souplesse de sa taille , dans l'élasticité de ses mouvements, dans la vivacité de son discours, dans le timbre hardi de sa voix, quelque chose de mâle et d'imposant qui, loin de nuire à sa nature, en faisait un être à part dont, seul, un cœur vaillant devait s'éprendre.

La marquise et Venezia occupaient un appartement dont les fenêtres donnaient sur la rue principale d'Étampes, c'est-à-dire sur la route de Paris. La ville était pleine de bruit et de mouvement, de tout côté on tendait des draperies chargées de devises en Thonneur de la Ligue, des princes lorrains et en exécration des hérétiques. La plupartdes noms injurieux qui étaient donnés aux politiques, ou royaux, à Henri III et aux huguenots, n'étaient pas compris de la Vénitienne et de sa compagne, pour qui ce spectacle était aussi étrange que nouveau; leurs pensées,

d'ailleurs, ne s'arrêtaient pas longtemps sur ce sujet ; elles fuyaient à tire-d'aile le tapage, la cohue, et les murs de la petite ville d'Étampes, pour gagner Paris, pour s'abattre, comme deux oiseaux légers, sur un coin chéri de cette terre promise où les guidait un rayon d'espoir !

Les femmes ont sur les hommes cet avantage, quelquefois doux, souvent amer , de ne pouvoir jamais reposer leur cœur. Toute distraction leur est interdite loin de l'être adoré que leur pensée caresse ; le monde devient un désert dès que l'objet du culte de ces âmes passionnées et dévouées n'est plus là pour les remplir de joie, pour les enivrer! Les fêtes, le bruit, les hommages attristent ces saintes mélancolies, qui n'ont d'amour que pour le passé et n'ont confiance qu'en l'avenir !

L'homme cherche à s'étourdir et s'élance, les yeux fermés, dans le tourbillon des affaires ou des plaisirs; il s'efforce de combattre ce qu'il appelle ses faiblesses et s'estime heureux d'une victoire souvent bien prompte, tandis que la femme se plaît dans le naufrage même de son repos, et dédaigne le port où son salut serait l'oubli.

La nuit venue, la marquise et Venezia se mirent à une croisée pour écouter un crieur, autour duquel on faisait foule. «Les chefs de l'union font

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