CHAPITRE I
ton xérès est du vitriol trempe d'arsenic. »
— Le dîner de monseigneur! cria un l.uiuais entrant dans la salle et teniint à deux mains une soupière d'argent.
Le sergent à mine sombre, qui marchait toujours sur les talons de l'Albanais, suivait de près le domestique : il vint se placer derrière le sousgouverneur.
— Messieurs, pardonnez à mes gens, dit Ancyre, ils ont coutume de servir mes mauvais repas à heure fixe, sans s'inquiéter de ce qui me peut occuper; voulez-vous me tenir compagnie? Ce sera, ma foi, à la fortune du pot.
— Peste ! fit Pampelonne, ce serait une bonne fortune, car cette soupière embaume.
— Ainsi, vous acceptez?
— Impossible, vraiment, et à mon grand regret; c'est fâcheux, n'est-ce pas, seigneur du Fresne ?
— Très-fâcheux, répéta le capitaine.
— Ne craignez pas de me gêner ; sans être habile comme le cnisinicr de du Halot, mon maître d'hôtel a son genre de mérite, et pour dîner un peu plus mal que chez vous, je crois que vous n'en mourrez pas.
— Voici le fait, répliqua Pampelonne; mon oncle a reçu ce matin la visite de deux de ses meilleurs amis, et comme il les garde à sa table,
164? LE CEEVALIER DE PAMPELOWNE.
il a été privé du plaisir de nous accompagner ici. Je vous confesserai même, en secret, que comme il tient beaucoup à sa réputation de gastronome, l'arrivée inattendue de ces deux visiteurs Ta vivement contrarié.
— Et pourquoi ?
— Parce que ce n'est pas aujourd'hui marché à la ville, et que ses provisions n'étant pas fraîches, il fera faire maigre chère à ses convives. De là gros chagrin.
— Appelez le maître d'hôtel, dit l'Albanais au sergent.
Et quand le maître d'hôtel se présenta, il lui dit :
— Étes-vous en mesure de donner à dîner à cinq ou six personnes de qualité?
— A douze, monseigneur.
— Combien vous faut-il de temps pour vous préparer?
— Moins d'une demi-heure, votre seigneurie sait que nous sommes toujours en mesure, depuis que M. de Brissac s'est annoncé.
— C'est pardieu vrai ! s'écria le Grec, comme s'il eût été frappé d'un souvenir subit. M. l'abbé, veuillez faire prier du Halot de m'amener sa compagnie; la fortune du pot lui sera, je crois, favorable.
— Oh! c'est trop de courtoisie; mon oncle sera confus., ,