‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 74 sur 185 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

fuite eût été difficile à lit distance où il se Irouvait des citadins.

— Vous avez juis le château , à ce qu'on raconte, lui demanda le sergent qui avait monte la garde à la jiorte de Tours, la nuit précédente... nous vous en félicitons.

— Oui, mcsamis, j'ai pris le château par ordre du roi qui m'en a comniissionné gouverneur,

— Et où est votre provision, s'il vous plaît?

— Elle arrivera ce soir ou demain au plus tard.

— Eh bien ! nous la lirons sans vous...

— Que voulez-vous dire?

— Que vous êtes notre prisonnier et que , si vous n'êtes pas pendu, vous serez roué, mon cher M. le gouverneur inpartibus.

Du Halot tressaillit, fit un pas en arrière pour tirer son épée ; mais on l'entourait de toute part, et il n'avait même plus la liberté dun mouvement.

— Je ne suis pas un imposteur, reprit du Halot ; j'ai reçu hier et ce matin deux messages par deux gentilshommes que m'a expédiés le duc d'Épernon, et ces messages m'ordonnaient de prendre la citadelle d'Angers par la force ou par la ruse, en m'adjoignant le brave capitaine du Fresne.

— Ah! c'est donc vous qu'est venu trouver, ce matin, re prétendu gentilhomme du duc de

Mayence ; c'est donc vous qu'a quitté hier ce prétendu courrier du seigneur du Broc, notre gouverneur... Ah ! le capitaine du Fresnea faille coup de moitié avec vous?... Et où est-il, le capitaine du Fresne, en ce moment?

— Il est au château.

— Très-bien! Et vos messagers, que sont-ils devenus?

— Ils m'attendent également là-haut.

— Nous vous croirons quand nousaurons vérifié le fait ; venez donc, avec nous, prier ces messieurs de nous faire l'honneur d'une courte visite.

— C'est un piège que vous leur tendez sans doute ?

— Libre à vous de refuser l'ofifre et d'être écarlelé sur-le-champ.

Du Haiot s'avança vers la porte du château, où du Fresne et Pampelonne s'entretenaient en l'attendant, et leur cria :

— Mes amis, priez M. de Chinon de venir voir un instant MM. les échevins et sergents d'armes d'Angers, pour faire enregistrer l'acte de possession de la citadelle en ma faveur et témoigner de nos loyales intentions à tous... Ne tardez pas, s'il vous plaît?

— Allons-y, mon cher capitaine, dit le Gascon, et ne faisons pas croupir à notre porte cette cohue malsaine de bourgeois.

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— AlIons-y..., mais M. de Cfiinon nous manque.

— Nous le valons assez pour qu'on se passe de Jui. peut-être.

— C'est juste, descendons.

Pampelonnc , feignant de ramasser son gant qu'il avait jeté à ses pieds, perdit assez de temps pour que (lu Fresne franchit la porte le premier. Se croyant suivi, le capitaine s'avança gravement vers les bourgeois, tandis que le Gascon s'élançait sur l'une des deux chaînes du pont-levis, et Gourdon sur l'autre.

A peine du Fresne avait-il fait dix pas qu'il se retourna vers la citadelle. Les bourgeois, prenant ce mouvement pour un commencement de retraite , lui coururent sus. Le capitaine s'accrocha d'une main crispée à la herse, au moFiient où elle s'élevait pour faire la bascule. Alors le vicomte de Gourdon pesa sur le levier et enleva le malheureux si brusquement, qu'il alla donner delà tète contre un créneau et roula tout étourdi jusque dans le fossé des remparts, déchiré dans sa chute par les brèches de la muraille et les dents du rocher qui lui servait de base.

Du Halot, voyant l'étrange réception qu'on venait de faire à son ami, tant du côté des bourgeois que du côté du château , comprit de reste qu'il était perdu. Les citadins ne s'expliquaient

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pas trop bien jîourquoi ceux de la citadelle n'avaient pas voulu recevoir du Frcsne; et comme ils en demandaient explication à du Ilalot , ils virent apparaître à l'une des embrasures une tcte coiffée d'un chapeau de cure, et de cette embra sure on leur cria :

— Amenez un peu plus près le brave homme du Ilalot, s'il vous plaît, je voudrais lui parler sans trop m'égosiller.

La foule reflua vers le château ; chacun était curieux d'entendre ce qui s'allait dire.

— Moucher M. du Ilalot, re[)rit la même voix que le lecteur reconnaîtra sans peine, j'ai fait une grosse balourdise en mettant sur le compte de du Fresne l'histoire des fourchettes que vous savez... La mémoire m'est revenue, et je me hàtc de vous faire hommage de tout Tesprit que renferme cette historiette; c'était vous, et non l'infortuné du Fresne, qui commandiez le château de Beauvoir... Bien des pardons, je vous prie... Quant au gentilhomme calviniste que vous empoisonnâtes d'une si délicate et agréable façon, c'était le chevalier de Jaillac, mon frère aîné; je vous envoie bien des compliments de sa part, et vous exhorte à réfléchir sur cette morale : Un méfait nest jamais perdu. Quant à vous, bourgeois et manants , continua l'impudent Gascon^ je suis bien aise de vous apprendre que

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je suis le clicvnlicr de. Pampelonno, nom qu'avait abandonné ma famille depuis longtemps et que j'ai repris depuis la mort de mon père et de mon frère aîné. Je suis calviniste, huguenot, hérétique, tout ce que vous voudrez, mais je suis, avant tout, le maître de cette citadelle dont je prends possession avec MM. de Rocliemorte et de Gourdon, au nom du roi de Navarre, notre maître. Amusez-vous à faire pendre le sire du Halot qui nous a donné les mains dans notre entreprise, vous en avez le droit; mais ne vous fâchez pas contre nous, car nous brûlerions votre ville comme un fagot, et monseigneur le prince de Condé, qui doit arriver demain, sèmerait du sel et planterait des choux sur le terrain de vos bicoques. Maintenant, je vous engage à vous retirer, car votre présence ne nous est pas agréable dans ce moment... Bien le bonsoir... Hé! vous autres, lirez-moi sur cette canaille, si elle ne se met en branle sur-le champ.

Après avoir donné cet ordre, Pampelonne se retourna vers les bourgeois , leur dit adieu par un geste railleur et rejoignit Gourdon qui riait de tout son cœur.

Les bourgeois effrayés et furieux se précipitèrent en désordre vers les portes d'Angers, sans relâcher leur prisonnier qu'ils conduisirent au gouverneur, grand ami de la Ligue, on s'en souvient.

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— Qu'avez-vous faitde du Ficsneelde du Halot ? demanda Rochemorte en venant à ses amis.

— L'un s*est cassé le cou dans les fossés, l'autre est tout aussi malade entre les mains des échcvins de la ville, répondit le Gascon.

— Nous sommes donc tout à fait les maîtres et tout à fait chez nous? Je n'ai pas eu de peine à gagner les soudards qui nous ont aidés dans ce coup de main. Ce sont de vrais chenapans à qui j'ai promis monts et merveilles, et qui sont gens à se bien défendre jusqu'à l'arrivée du prince de Condé.

— Et vous êtes bien assuré de la bonne volonté de M. le prince ? demanda Pampelonne.

— En peut-on douter?

— De sa célérité à nous venir prêter mainforte?

— Navez-vous pas vu et entendu Rosny et la Tréiiiouille?

— Sans doute... mais il m'est permis d'être sur des épines quand je sais que dans deux jours au plus tard nous serons attaqués par les troupes des deux Joyeuse , affamés par les Angevins et tirés à quatre chevaux pour peu que M. le prince de Condé s'amuse en chemin. Ce que j'en dis n'est pas pour moi, mais pour notre vaillant roi, qui perdrait du même coup trois officiers assez rares et une citadelle assez mignonne.

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