CHAPITRE XI
Gounlon s'urrct.», rci^arda son jeune ami avec ctonnernciil, et lui dit :
-— Tu étais donc venu ici déjà?
— Non.
— Je ne comprends plus.
— Ce n'est pas nécessaire.
— Mais enfin comment se fait-il que tu sois au courant de tous les détours de ces corridors, de ces galeries , de ces appartements et de la citadelle du haut en bas?
— C'est mon secret... Nous voilà chez le sousgouverneur; si vous m'en croyez, nous nous habillerons ici plutôt que chez Brissac, par la raison que Brissac est toujours fagotté et qu'Ancyre se mettait comme un prince.
— Va donc pour l'Albanais.
Gourdon et Pampelonne entrèrent dans une galerie qui conduisait à un pavillon décoré de flammes flottant au vent, d'arbustes en fleur et de peintures. Dans la première pièce ils rencontrèrent le page d'Ancyre qui vint se jeter à leurs genoux pour implorer leur clémence.
— Comment te nomme-t-on , demanda le vicomte ?
— Paul.
— Ton maître était-il content de toi?
— Il le disait souvent.
— Eh bien î tâche de me satisfaire également.
et tu ne seras pas à plaindre... Pour commencer, habille-moi, habille-nous.
L'enfant regarda ces deux personnages , l'un velu comme un goujat, l'autre comme un masque, et demeura interdit.
— Tu fais la grimace, dit en riant le Gascon : rassure-toi, l'habit ne fait pas le moine, et jamais les manteaux de ton ancien maître n'auront couvert plus nobles épaules que les nôtres... Çà , voici une belle chambre. Dieu me pardonne, ce Grec s'était fait un temple... Paul, mon enfant, ouvre-nous tous les tiroirs, les bahuts, les armoi res, les cassettes; montre-nous les dentelles, les bijoux ; nous voulons nous faire superbes, enleudstu? Mets le feu aux cassolettes et traite-nous en gens de cour.
Le page se hâta d'obéir, et, comme le jour commençait à baisser, il alluma deux bougies ambrées qui garnissaient la cheminée.
— Je crois que le Grec t'a dressé à l'avarice , s'écria le Gascon : nous prends-tu pour des chauves-souris et crains tu de nous éblouir ? Allume-moi tous ces flambeaux et ces deux lustres... Là... très-bien, et maintenant, voyons si M. Ancyre avait beaucoup de ces beaux habits qui lui allaient si bien.
Gourdon, en dépit de sa préoccupation , ne pouvait écouter et regarder Pampelonne sans
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rire. L'entrain du Gascon , sa franche gaieté et son air de conijuérant faisaient un bizarre contraste avec son accoutrement, sa perruque et sa barbe rousses. La chambre d'Âncyre, éclairée comme pour une fête, était éblouissante de luxe ; les tapis, les fourrures, les glaces, les velours, semblaient honteux de leurs nouveaux maîtres qui les traitaient cependant avec un dédain magnifique.
— Qu'est-ce que ceci? dit le Gascon en montrant du droigt un coffre à coins d'argent, et se laissant tomber dans un riche fauteuil.
— Ce sont les bijoux et les dentelles.
— Montre - nous tout cela... Hé! hé' mon cher vicomte, à vous le premier choix.. .Va chercher les chausses, les pourpoints et les manteaux.
Aucun des habits n'était à la taille de Gourdon; Pampelonne , au contraire, fut lestement vêtu de pied en cap, et le lecteur devine combien il y gagna.
— Tout ceci ne fait pas mon affaire , dit le vicomte.
— Je crois que la garde-robe de monseigneur de Brissae pourra vous convenir, répondit le page.
— Et où est cette garde-robe?
— Dans les grands appartements de la cour d'honneur.
— Conduis-moi.
— Cela ne se peut pas.
— Et pourquoi?
— Parce que...
— Comment ! parce que !
— Ces appartements sont occupés.
— Et qui les occupe?
— La signora...
— La signora ! quelle signora?
— J'ignore son nom , mon maître seul le savait.
— Eh bien! conduis-moi chez cette belle dame. Pour peu qu'elle ait le cœur aux aventures , ma livrée lui plaira mieux que des habits volés... Prends un flambeau et passe devant moi... Adieu ! Parapelonne, je vais toujours prendre ce grand manteau de défunt notre Grec, il couvrira ma triste toilette et me donnera bonne tournure à première vue.
— C'est cela , couvrez-vous jusqu'aux oreilles, ne montrez que ce beau front et ces beaux yeux dont le dieu Mars et l'aigle de Jupiter seraient jaloux, et vous ferez merveille.
— Adieu ! malin !
— Bonne nuit! mon cher vicomte..., que Dieu nous fasse la grâce de n'être pas obligés de rendre bientôt cette citadelle, car on y est trèsagréablement.