CHAPITRE II
fier, et je me précipiterai dans la voie que vous nravez tracée, et je mourrai pour vous en sauvant votre peuple !
Le jacobin se releva, et se promena à grands pas dans son étroite cellule, comme une béte fauve encagée.
— Mélange surprenant d'un délire profane et d'une exaltation sacrée! pensa-t-il en se jetant sur sa couchette ; je rêve l'immortalité bien heureuse, et j'implore une vision criminelle; je souille la majesté du dévouement par l'impureté d'un péché détestable ; je veux entrer au paradis par Tune des portes de l'enfer... je suis fou ! je suis fou !
Jacques Clément tomba dans une sombre mélancolie, il écouta les battements de son cœur, sentit le feu de la fièvre courir dans ses veines et allumer son sang, jeta de longs soupirs, éteignit sa lampe, et ferma les yeux, comme pour se recueillir et entendre la Aoix mélodieuse dont sou souvenir était rempli.
La nuit était avancée, le couvent était plongé dans un profond silence, tout le quartier Saint- Antoine semblait endormi.
Tout à coup une vive 'lueur pénétra dans la cellule du jacobin, et presque aussitôt une voix douce et grave prononça lentement ces mots :
— Elu de Dieu! sauve tes frères, arme ton
bras, frappe l'hérétirjxe, et lave les crimes du Valois dans son propre sang!
Jacques Clément se redressa sur son grabat, le front trempé de sueur, la bouche entr'ouverte ; il leva la tète et aperçut à Tun des angles supérieurs de sa cellule, à travers un nuage enflammé, le noble visage de la signora Fabiani. Les lèvres de la Vénitienne tremblaient encore; Clément crut saisir dans leur dernier frémissement le dernier mot quelles avaient prononcé; il voulut répondre , il voulut questionner, il voulut supplier, mais sa bouche embrasée lui refusa tout secours, et il ne put que darder un regard épouvanté sur cette vision à la fois douce et terrible.
Le nuage s'épaissit, la lueur s'effaça par degrés, bientôt le visage de l'Italienne ne fut plus qu'une ombre légère, ombre qui disparut tout à coup, laissant la voûte de la cellule et la cellule tout entière plongées dans les ténèbres et un morne silence.
Alors le jacobin recouvra la parole, il la recouvra pour pousser un cri retentissant et sinistre, semblable à l'aigu glapissement du chacal. Le malheureux retomba sur sa couchette en se tordant les bras ; et, passant ses doigts tremblants dans ses cheveux mouillés d'une sueur froide :