CHAPITRE Iir
fait aimer, en ne rëpondant à leurs aveux que par des demi-confidences, je ne veux pas leur ressembler. Si j'étais homme, j'aurais l'ambition d'être brave comme le chevalier de Pampelonne; mon sexe m'interdit cette bravoure, mais ma gloire me défend une dissimulation puérile. Cependant je dois vous dire qui je suis, vous raconter ma vie entière afin que vous me connaissiez comme je me connais moi-même. Je vous attends ici demain dans la matinée, et je vous parlerai à cœur ouvert devant la signora Fabiani, ma seconde mère et mon ange gardien. Voici ma main, la main d'une amie; qu'elle vous porte bonheur pendant les heures d'absence... Adieu ! J'ai déposé, mon cher vicomte, vingt baisers sur cette main blanche, et me voilà. Etesvous content de moi? »
— Je te trouve charmant, parole d'honneur !
— N'est-ce pas?
— Ah ! c'est ainsi que tu fais mes affaires?
— La marquise n'y était pas...
— Mais, mille diables, tu pouvais bien dire où j'étais, moi!
— N'est-ce que cela? Rassurez-vous, tout en baisant la main de ma chère Venezia, j'ai fait de vous un éloge pompeux, j'ai dit que vous vous morfondiez à l'auberge du Pélican.
— Et on t'a répondu ?
— Que demain à dix heures nous pourrions entrer tous les deux à IhôteK comme si l'hôtel était à nous.
— A la bonne heure ! maintenant, écoute :
— Parlez, répondit Parapelonne en achevant de vider le pot de bourgogne.
Gourdon raconta, mot à mot, la conversation qu'il avait surprise.
— Eh bien ! dit Pampelonne, qu'est-ce que cela peut nous faire?
— N'esl-il pas de notre devoir de descendre chez le savant, de lui mettre lépée sur la gorge, et de lui arracher le nom de cette empoisonneuse ?
— A quoi bon ? fit Pampelonue en bâillant avec énergie.
— Comment! à quoi bon?
— Oui.
— A empêcher un crime, parbleu !
— Vous m'étonnez, mon cher ami. Quoi!
parce que le roi d'Espagne veut faire empoisonner le duc de Mayenne, ou sa sœur, ou le duc d'Anmale, ou le cardinal de Bourbon, j'irais l'en empêcher? Mais ventre-sainl-gris ! vous ne savez plus faire la guerre, vicomte; songez donc que s'il y avait quelque part une corde assez longue pour pendre, à la file les uns des autres, toutes ces canailles de ligueurs, je chargerais l'ingé-