‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 117 sur 175 · CHAPITRE HT, î · texte numérisé non relu

CHAPITRE HT, î

Après quelques minutes d'attente dans un fort beau salon, je vis arriver, par une galerie, la belle Venezia. Je ne l'aurais pas vue que j'aurais deviné son pas... Cette frmine-là m'a décidément ensorcelé. Elle entra dans le salon, me tendit la nmin avec un charmant sourire qui me trottera certainement par la cervelle toute In nuit et me dit :

— Merci! chevalier, je vous attendais.

Cette apostrophe me coupa la parole; la belle

avait dit cela du même ton qu'on dit bonjour à l'ami qu'on a quitté le matin et qu'on rencontre le soir; elle semblait ne pas se douter des dangers que j'avais affrontés pour pénétrer dans ce camp (le Philistins, pour arriver jusqu'à elle; elle trouvait ma conduite tonte simple et naturelle. Je comptais sur un él;in de reconnaissance et d'amour; je ne provoquai qu'un divin sourire, et n'eus pour toute récompense qu'un mot affectueux. Trop fier pour laisser deviner ma surprise, je répondis avec modestie :

— • J'avais promis, mademoiselle, et n'ai rien calculé pour ne pas vous avoir menti.

— Vous avez confirmé l'opinion que j'avais de vous, chevalier; cette opinion m'était commandée par des pressentiments, et mon cœur ne s'est jamais trompé. V^ous serez en sûreté à Paris, comme au milieu de vos frères d'armes.

60 LE CHETAITER DE PAMPEIONNE.

— Permetlez-moi d'en douter, mademoiselle, car le service de mon maître exige que je m'occupe activement, pendant deux jours, d'une intrigue politique qui, j'en ai peur, trahira mon incognito.

— Et après ces deux jours, que comptez-vous faire ?

— Vous dire adieu, mademoiselle, l'âme joyeuse ou triste, c'est-à-dire m'aller couvrir de gloire ou me faire casser la tète.

La jeune fille me jeta un regard qui eût donné du cœur au plus poltron des hommes. Je repris :

— Ainsi, vous le voyez, signora, j'ai peu de temps devant moi pour mener à bout toutes mes entreprises; il faut que je me jette tête baissée partout où m'appellent le devoir et... l'espoir! Commençant par ce qui me parait le plus difficile, c'est à vous que je m'adresserai ; vous n'avez pas oublié que je...

— Réussissez en politique comme en amour, interrompit vivement Venezia, et vous aurez vaincu partout.

— Quoi ! vous vous souvenez!... vous consentez, vous m'accordez!

— J'ai la prétention, chevalier, d'être aussi franche que vous, de fuir comme vous les détours ; s'il est des femmes coquettes qui prennent plaisir à torturer les cœurs dont elles se sont

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