‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 12 sur 175 · LE COMTE DE SAVECSE · texte numérisé non relu

LE COMTE DE SAVECSE

La signora Fabiani ne fut pas plus tôt revenue à elle-même , qu'elle porta les mains à son corsage, toucha un lambeau de la bannière qu'elle avait ravie aux flammes, et regarda Vcnezia avec triomphe.

— Vous n'avez arraché à ces furieux qu'une partie de l'image, se hâta de dire à voix basse la gitana ; moi, j'ai le reste.

— Tu as donc tout compris? tu m'as devinée, mon enfant... Tu ne m'as pas crue folle, murmura la Vénitienne en se jetant au cou de sa compagne et sanglotant.

26 LE CHEVALIER DE PAMPEtONÎfE.

— Oui, chère marraine, j'ai tout deviné, tout compris... cette image, c'est la sienne.. . cet homme brûle en effigie , c'est le comte de Saveusc...

— Parle plus bas , on nous écoute, on nous regarde ! . . . Le désordre qui règne dans ce royaume confond toutes mes idées; la guerre, la haine, la fureur, sont partout! On ne sait que croire de ce qu'on entend, on ne sait que penser de ce que l'on voit! Nous sommes étrangères, et nous ne comprenons rien aux événements, à Thistoire de ce pays. Chacun nous répond selon l'opinion ou l'intérêt de son parti. Le comte est-il vraiment de la Ligue, comme on nous l'a affirmé , comme l'attestaient ces cris poussés en son honneur par le peuple ? S'il est de la Ligue , pourquoi ne l'ai-je pas vu parmi les chefs , lui qui a fait retenir un appartement dans cette maison ? Pourquoi cette horrible cérémonie, cette bannière voilée de noir , ces insultes et l'ignominie de ce bûcher? Pourquoi ces contradictions?... dans quel chaos sommes-nous ?

— Mais, madame, répondit vivement Venezia la rougeur au front, qui vous dit que ce portrait soit celui du comte?... Je pense, moi , que c'est celui du roi de France.

— Certainement on le pourrait croire , le roi étant le point de mire qu'atteignent les injures,

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