‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 120 sur 175 · LES FIANÇAILLES · texte numérisé non relu

LES FIANÇAILLES

On sait ce qui se passait au couvent des Jacobins, pendant que Pampclonne, ravi de son entrevue, dormait comme un bienheureux, le cœur en paradis, et que Gourdon, assez mécontent de lui-même, s'efforçait en vain de l'imiter, poursuivi qu'il était par sa fièvre amoureuse, et par le souvenir de l'entretien du savant et de l'empoisonneuse, entretien qui, malgré lui, oppressait sa pensée comme un cauchemar.

Une heure après que Pampclonne eut quitté Venezia, une litière précédée de quatre laquais armés, portant des torches, entrait dans la cour

LE UUEVALIER DE PiMPELONKE. i. '

GO LE CHEVMIEU ME PAMPET.ONNE.

(1(; l'hôtel Montpcnsier, et la diiclicsse en sortait, donnant la main à la signora Fabiani.

— Mille fois merci, ma toute belle! dit la princesse à la Vénitienne, en l'embrassant à la porte de son appartement 5 je vous répète que vous avez été on ne peut plus aimable et gracieuse en vous prêtant à notre petit stratagème. Nous cueillerons bientôt les fruits de votre zèle; le service cjuc vous avez rendu à la Ligue, cette nuit, et le pas que vous avez fait faire à nos propres vengeances, doivent vous rendre heureuse et fière. Quant à moi, je vais savourer dans le repos les délices de la première joie qui se soit glissée dans mon cœur depuis la mort de mes frères.

— Madame, vous me trouverez docile à tous vos ordres, répondit la marquise ; je vous ai ouvert mon âme outragée ; vous connaissez son secret, ses douleurs, rien ne me coûtera pour infliger le cliâtimentque réclame ma fierté contre rinl'àme qui a tenté de l'abaisser... Mais en vérité je voudrais que vous me fissiez l'honneur d'une confidence plus complète, je n'ai pas assez bien compris le rôle puéril que je viens de jouer... Daignez...

— Demain, mon enfant, vous serez instruite de tout... Adieu! laissez-moi baiser ce beau front.

CHAIMTKE IV. 67

La marquise se (trêl.'i d(! ])onne i^ràce à cette caresse, cl entra dans le soiiH)lucux appartement que la duchesse lui avait fait préparer. Deux femmes qui marcliaient devant elle, portant des llambeauXj la conduisirent jusqu'à sa chambre à coucher et lui demandèrent ses ordres.

Venezia était dans cette chambre; les bras croisés sur sa poitrine, le buste renversé sur le dossier d'un fauteuil, la tête penchée sur son sein, la jeune fille, encore troublée par l'entrevue qu'elle venait d'avoir avec Pampelonue, semblait sommeiller, mais son esprit voyageait dans ce monde peuplé d'adorables chimères dont l'amour est roi, roi d'éternelle jeunesse et de fraîcheur éternelle ! Reconnaissant le pas de sa marraine, la gitana s'élança au-devant d'elle et lui prit la main qu'elle couvrit de baisers.

— Je vous remercie de vos services, répondit la marquise aux femmes que la duchesse lui avait données, vous viendrez demain matin prendre mes ordres.

Aussitôt qu'elle se vit seule avec sa compagne chérie, la marquise poussa les verrous de sa chambre, pressa sur son cœur la tête de Venezia, et dans cet embrassement elle laissa tomber quelques larmes sur les joues de la jeune fille.

— Vous pleurez, madame... vous pleurez!

68 LE CHFVAMER ItE PAMPEIO'^PIE.

répéta Venezia chagrine et étonnée ; que s'est-il donc passé, que se passe-l-il en vous?

— Rien qui puisse ou qui doive t'eflfrayer, mon enfant... rien, pardonne-moi un moment de faiblesse.

— Je vous devine, vous vous êtes trouvée au milieu des ennemis du Valois, vous avez été initiée à leurs projets, on vous a dévoilé, sans doute, la trame de quelque complot qui menace ce grand coupable, et vous vous repentez... vous hésitez... vous oubliez la réparation que nous sommes venues chercher ici, au sein de cette Ligue justement implacable... Vos nouveaux amis vous ont fait peur ?

— Non, rassure-toi, je n'ai oublié ni l'affront, ni la lâcheté... pas plus que ma vengeance... mais en me jetant dans le parti de la Ligue, je n'ai obéi qu'à un noble mouvement de colère, et je n"ai prétendu faire cause commune qu'avec des guerriers. J'ai voulu apporter à ces guerriers tous mes biens, mon dévouement, mes vœux, mes prières, et m'ensevelir avec eux, s'il le faut, sous les ruines de leurs murailles.

— Eh bien ?

— Eh bien! je crois être dans un camp d'assassins, d'obscurs meurtriers.

— Que vous importe? N'allez-vous pas prendre en pitié le monstre qui vous a souillée'!* Qu'il

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