CHAPITRE VII. i4i
époque. Nommé gouverneur de Poissy, il avait défendu cette pelite place avec une énergie infatigable, avait combattu en chef et en soldat, avait reçu deux blessures assez graves, l'une à la tête, l'autre à l'épaule, et s'était maintenu à son poste, quoique cerné par des forces supérieures, quoique menacé parBirondc la potence, quoique dépourvu de munitions et couvert par de mauvaises murailles. Ce brave partisan avait tenu en échec l'armée royale pendant trois jours, car toutes les villes de la banlieue avaient capitulé, et Poissy gardait un passage important de la Seine. Il faut bien dire que la Gazette comptait sur l'arrivée du duc de Parme, sur une sortie de Mayenne, sur des secours, enfin, qui, cependant, ne lui arrivaient pas.
A la quatrième attaque de la ville, le Normand vit bien que la place allait être emportée; mais comme il n'aimait pas à se rendre et qu'il savait, à n'en pas douter, qu'il serait pendu si on le prenait les armes en main, il eut recours à celte prodigieuse cervelle qui depuis vingt-cinq ans et plus, peut-être, lui avait fourni des expédients toujours nouveaux, et il imagina un tour de sa façon.
Il était assisté dans son commandement })ar un homme résolu, intelligent et zélé. Cet homme, ardent ligueur, le gênait passablement, parce
142 LE CHEVALTER DE PAMPELOIVNE.
qu'il voulait se faire tuer eu combattant, avis que le capitaine ne partageait qu'à demi. La bonne étoile de la Gazette voulut que Tintrépide lieutenant fût tué par Pampelonne sur le bastion escaladé. Aussitôt que la nouvelle de cette mort parvint au Normand, le Norniiind se frotta les mains et courut, suivi d'un seul domestique, se réfugier dans sa maison, dont il ferma les |)ortes. Abandonnant son cbeval dans la cour, la Gazette descendit dans sa cave et entra dans une espèce de cachot, toujours accompagné de son valet; puis, s'asscyant au pied d'un poteau garni d'un carcan de fer et d'une chaîne énorme, il dit au domestique ébahi de celle singulière manœuvre :
— Fais- moi le plaisir, men ami. de me sceller proprement ce carcan autour du cou.
— Vous voulez donc que je vous étrangle, capitaine?
— Non pas, butor ! je veux que tu m'attaches. Là, serre bien... pas si fort, bélître, tu me tords le cou... bon! Maintenant, mon garçon, joins mes deux pieds !.. C'est cela... un lourde plus... ferme le cadenas... C'est très-bien; si l'on te demande où je suis, lu diras que je suis mort; si plus tard on le questionne sur le service que tu viens de me rendre, tu joueras la surprise et seras censé ignorer que je suis ici sous les ver-