CHAPITRE VU
— Oui-da !
— Tenez, mon cher monsieur, commencez, je vous prie, par m'arracher celle cravate de fer qui génc fort ma respiration.
— Ouais î
— Puis cette maudite chaîne qui m'ccorchc les os des jambes, et entin ces menottes qui m'empêchent de me gratter l'oreille. Ah ! qui! me tarde de passer mon épce au travers du corps de mon lieutenant... Sauriez-vous me dire s'il est prisonnier?
— Assez de balivernes comme cela, moiisieur le flibustier; votre jonglerie peut se jouer devant un àne, mais non pas devant moi.
— Comment!... Que voulez-vous dire?
— Je veux dire que vous êtes Normand, n'estce pas?
— Je m'en flatte.
— Eh bien, moi, je suis Gascon ! Vous m'avez berné au château d'Angers, souflrez que je vous berne à Poissy.
— Mais...
— A Normand Gascon, celle fois, monsieur l'ingénieux; vous ne tarderez pas à savoir de quel bois je me chauffe.
— Il est clair que je serai pendu ! se dit la Gazette avec une philosophie médiocrement satisfaite.
146 LE CHEVALIEB UE PAMPELOMVE.
Pampelonne fit enlever les fers du capitaine et le mena devant lui comme en triomphe.
A cent pas de la maison, le bailli de Clermont, qui, dans sa joie de posséder Pompée, ne se lassait pas de léquiter et de lui faire exécuter des airs de manège dans toutes les rues de la ville conquise, le bailli, disons-nous, vint à passer, et, reconnaissant le prisonnier, fît une volte, une lançade, exercice équestre alors fort à la mode, et termina ses évolutions par un piaffé fougueux. Après quoi, il se découvrit avec une grâce charmante, salua le plus bas qu'il put ef dit à la Gazette, la bouche en cœur :
— Pardienne! M. le baron, je suis fort aise de vous trouver en \ ie pour vous l'aire compliment sur mon cheval.
— Votre cheval! répondit le Normand avec un soupir.
— Je dis de Pompée : Mon cheval, comme vous dites de Dourdan : Mon château... Foi de gentilhomme, à choisir, je préfère Pompée... Il parait, M. de Pampelonne, que nous avons tous deux trouvé la pie au nid?
Un cavalier qui accourait à toute bride vint à Pampelonne et lui dit :
— Chevalier, le roi de Navarre est arrivé au camp sous la ville, il a su que vous étiez des nôtres, et il m'a ordonné de vous faire savoir qu'il vous attend.