‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 162 sur 175 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

privé. Jacques Clément fut introduit, précédé du procureur général , qui serra la main à Parapelonne.

En retrouvant son ennemi chez le roi , le jacobin se sentit défaillir, et ses yeux fauves ne purent soutenir le regard franc et loyal du chevalier. Le malheureux vit, dans cette rencontre, un avertissementdela fatalité, et son cœurfaiblit.

Le roi sortit de son cabinet au bout de quelques minutes ; car il avait hâte de savoir ce que le président du parlement lui faisait dire.

MM. d'Angouléme, d'O, Grillon, dÉpernon, la Guesle et une dizaine de gardes ordinaires se trouvaient dans la chambre royale. Henri III avait à sa gauche Pampelonne, et le procureur général à sa droite. Il fit un pas vers le jacobin et lui dit :

— C'est vous , mon père, qui m'apportez un message du parlement?

— Oui, sire : daignez lire, répondit Clément qui s'avança avec assez de résolution , mit un genou à terre, et tendit une lettre au roi.

Henri rompit le cachet, et lut précipitamment. Tous les assistants avaient les yeux fixés sur le prince pour saisir l'expression de joie ou de mécontentement qu'il manifesterait; et ils ne remarquèrent pas que le jacobin tirait un couteau de sa large manche.

Le roi n'avait pas lu dix lignes du message, qu'il poussa un cri aigu, bondit en arrière, arracha de son bas-ventre le couteau que venait d'y enfoncer Jacques Clément , et en frappa son meurtrier sur le front, en disant avec terreur :

— Ah ! le mécliant moine, il m'a blessé !

Pampelonne s'élança sur le jacobin , le renversa d'un coup de pied et lui enfonça son épée dans la poitrine. Les courtisans et les Quarante- Cinq achevèrent ce misérable, dont les vêtements furent mis en pièces, et ils jetèrent son cadavre dans la cour par une fenêtre.

Cette précipitation que mit Pampelonne à frapper l'assassin fut cause qu'on accusa plus tard le parti calviniste d'avoir fait mourir le roi, et d'avoir enveloppé d'un mystère leur trahison en se débarrassant sur-le-champ du meurtrier.

Après le premier trouble qu'occasionna ce crime, Pampelonne pensa qu'il devait avertir le roi de Navarre : il courut donc à son cheval , sauta en selle et prit, ventre à terre, la route de Poissy.

A un quart de lieue de Saint^Cloud, le chevalier rencontra le Béarnais qui se rendait au quartier de Henri 111.

— Sire, il y a cent à parier contre un que vous êtes roi de France, dit Pampelonne d'une voix enrouée par l'émotion.

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