CHAPITRE vni
— Es-tu fou?
Pampeloiine raconta ce qui vcn;iit de se passer. Le roi de Navarre et son escorte prirent le galop à fond de train. Le Gascon se tint à côté du roi, et lui dit tout en courant :
— Maintenant que j'ai fait vos affaires, sire, nie permettez-vous de in'occupcr des miennes?
— Ah ' mon Dieu ! mon pauvre Pampeloune, s'écria le Béarnais, je suis bien étourdi.
— En quoi, sire?
— Ton prisonnier !
— Eh bien?
— Il m'est sorti de la mémoire, et je ne m'en suis pas occupé.
Pampelonne, sans répondre, tourna bride et poussa son cheval avec fureur du côté de Poissy.
Revenons à la Gazette , que nous avons laissé en mauvaise veine, si le lecteur s'en souvient.
Lorsque le bailli de Clermout eut bien fait garrotter le Normand, il le mena en son logis et lui tint assidûment compagnie pendant deux heures. Mais c'était un homme de paresse et de résolution à la fois que M. de Clermont, c'est-àdire que pour un coup de main, pour un duel, pour un enlèvement, il était toujours prêt; hors de là, c'était un mignon voluptueux, un sybarite qui ne connaissait rien de plus fastidieux, rien
16i I.E CHEVALIER DE PAÎÏPELOHKE.
de plus détestable que l'ennui : or, le métier de sentinelle et de geôlier ne lui allait nullement, et s'il patienta deux heures en gardant à vue la Gazette , dès le premier quart de la troisième heure , il se prit à bâiller d'une façon dont la Gazette se frotta joyeusement les mains.
— Il paraît que nous Jie nous amusons guère, vous et moi, M. le bailli, dit le Normand avec une certaine humilité.
— Vous n'avez jamais dit plus exacte vérité, monsieur. Je m'ennuie à périr, et c'est vous qui en êtes cause.
— Je vous en fais excuse... mais il me semble que le chevalier de Pampelonne est le grand coupable en ceci 5 car, quant à moi, je ne demande qu'à m'en aller.
— On n'est pas plus sans gène, de me mettre ainsi aux arrêts î répliqua le bailli d'un ton de mauvaise humeur.
— Je le confesse, c'est manquer de procédés... envers vous et envers moi : car, enfin , si M. de Pampelonne était ici, j'aurais déjà traité de ma rançon. Je ne suis pas avare et ne marchande pas. Voudriez-vous, M. le bailli, envoyer demander à M. de Biron si, d'aventure, le chevalier ne nous oublierait pas?
— C'est une idée... Holà! quelqu'un?
Le bailli dépécha un soldat au maréchal de