CHAPITRE VIII. iC
bailli lui rendit son épéc, en poussant un gros soupir.
— Vous soupirez? dit le Normand en riant dans sa barbe.
— Pardienne! ne voyez-vous pas que. comme vous, je romps ma chaîne?
La Gazette qui, nous croyons lavoir fait remarquer en mainte circonstance, était un bavard sans lin. se sentit tellement à l'aise, qu'au lieu de s'en aller, il accabla le bailli de récils de voyage, d'histoires, de balivernes, d'aventures, de prouesses dont M. de CIcrmont fut littéralement assommé.
La Gazette était en verve et ne tarissait point. Ivre de joie depuis qu'il se sentait libre, il se donnait carte blanche. Du discours léger il passa à l'histoire, et de l'histoire il tomba dans la politique. Le bailli, étourdi par cette avalanche de lieux communs et de phrases décousues, suait sang et eau. Vingt fois il avait fait un salut de la main, tiré son chapeau, souhaité le bon voyage à ce damné radoteur, le Normand restait toujours carapé sur ses jambes et ne finissait que pour recommencer.
— Mais, pour Dieu ! capitaine, tirez-moi, une fois pour toutes, votre révérence; j'ai hâte d'aller prendre un peu l'air... Vous avez la langue par trop bien pendue, et je vous aimerais fort si vous étiez muet.
iC8 LE CHEVALIER DE PAMPELONNE-
— J'ai fini , M. le bailli. Je tenais à vous expliquer ma conduite politique, afin que, le cas échéant, vous me servissiez de caution près du roi , que j'ai combattu par fatal entraînement, croyez -le... je...
Un officier de Biron entra et interrompit le bavard.
— M. de Clermont, dit-il , je suis chargé de vous remettre ce billet de la part du maréchal, et chargé, en outre, d'arrêter cet homme.
— Comment! quoi? qu'est-ce? s'écria la Gazette : je suis libre, monsieur.
Le bailli lut à haute voix :
< Les ligueurs viennent de brûler vifs trois officiers de l'armée royale, tombés entre leurs mains. Je veux des représailles : le commandant de Poissy et cinquante notables seront pendus sur-le-champ ; livrez votre prisonnier. »
— C'est sans réplique, dit le bailli; mon cher monsieur , vous achèverez vos histoires dans le royaume des taupes , où les oreilles sont sans doute aussi patientes que curieuses.
La Gazette eut beau réclamer, on l'emmena ; il eut beau se débattre, on le conduisit sur l'une des places de la ville où l'attendaient les bourreaux.