‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 89 sur 175 · CH\PITRE IX · texte numérisé non relu

CH\PITRE IX

m'aperçois, messieurs, que vous n'avez pas d'épées ; prenez-en à ces panoplies, clioisissez-les à votre main, et retournons au parc.

— Veuillez ordonner qu'on selle nos chevaux, répondit Pampelonne avec un sérieux imperturbable; nous devrions déjà être en route...

— Plaît-il? fit le bailli stupéfait.

— Mon cher bailli, reprit Gourdon , notre temps ne nous appartient pas, et notre vie ne nous appartient plus.

— Expliquez-vous.

— Nous sommes chargés, le vicomte et moi, dit Pampelonne, d'une mission très-pressée, trèsdélicate, et comme nul ne saurait, je présume, la remplir aussi bien que nous, vous comprenez que nous ne pouvons nous exposer à tromper la confiance des deux rois en bataillant pour vous être agréable. Remettons la rencontre à quelques jours d'ici ; que diable ! vous avez aussi l'humeur par trop belliqueuse !

— Et comme nous devons une explication catégorique et précise à un galant homme de votre trempe, j'ajouterai, monsieur, continua Gourdon, que nous avons l'ordre de nous rendre à Paris pour ménager des intelligences à l'armée royaliste, pour acheter les clefs de l'une des portes. C'est une mission toute de confiance, comme vous vovez.

— C'est dommage, c'est très-grand dommage, murmura le bailli, nous ne serons jamais à i'aise comme aujourd'hui...

— Vous-même, interrompit Pampelonne,vous allez avoir ici de la besogne. Sa Majesté catholique Henri troisième sera, dans moins de quatre heures, dans ce château, et vous aurez la joie de l'y recevoir.

— A la bonne heure! cela me distraira; je vais m'amuser à ruiner la Gazette, je vais mettre son domaine sens dessus dessous... Mais c'est égal, morbleu ! je regretterai toujours le petit coin en question; ainsi, je compte sur votre diligence, expédiez au plus tôt les aflfaires de Sa Majesté, et ne m'oubliez pas... Je tiens on ne peut plus à voir s'élever ici un petit tombeau gothique. Ce sera très-joli... Holà! vous autres, faites approcher les chevaux de ces messieurs, et préparez-vous à tout bouleverser dans ce château pour faire à Sa Majesté la réception que je lui dois.

Pampelonne et Gourdon se remirent en route.

— Avez-vous jamais vu plus plaisant original? demanda le chevaher au vicomte.

— H est fort aimable.

— Certes, mais nous serons bien obligés, l'un ou l'autre, de le tuer l'un de ces quatre matins, et j'en serai tout chagrin.

Page 1