DE BOULOGNE, SAINT-GEORGES
SAIN r-GEor.Gi'S, froidement.
Je ne puis comprendre, Monsieur, le but d'une visite...
M. DE BOULOGNE, ému.
Je le conçois... ce n'est pas moi que vous atteodiez.., mais, j'ai devancé l'heure du ren-
dez-vous, pour que mon fils ignorât ma démarche.
SAINT-GEORGES, avec ironie.
Ah ! j'entends... vous venez ù son insu , m'apporter SCS excuses!..
M. DE BOILOGNE.
Non, Monsieur... je viens vous dire... que ce duel est impossible !
SAINT-GEORGES, rie nnimc.
Monsieur le Contrôleur-Général a sans doute encore quelque lettre de cachet , dans sa poche !.. je sais que ce sont là, ses armes ordinaires !
M. DE BOULOGNE, pkisému.
Non, Monsieur... je pouvais n-.'adresser au Roi , pour prévenir le malheur qui me menace, mais je n'ai voulu que vous seul pour juge. (Avec trouble.) Quand vous saurez... quand je vous aurai révélé... le secret que le hasard... m'a fait découvrir hier, et que la fatalité m'avait caché jusqu'à ce jour... vous n'hésiterez plus, j'en suis sûr, à élouller tout ressentiment, toute haine ; et je n'ai qu'un mot à prononcer... pour faire tomber votre épée.
SAINT-GEORGES, étonné.
Moi!
M. DE BOULOGNE, à lui-même.
Ah ! ce n'estqu'en tremblant !.. et je ne sais si j'aurai le courage...
Parlez!..
M. DE BOULOGNE
Eh bien!.. Saint-Georges... celui que votre bras menace... le baron de Tourvel... moa fils...
Eh bien ! ^■.
M. DE BOULOGNE, avec effort.
Il est votre frère !
SAINT-GEORGES, reculant.
Mon frère!..
M. DE BOULOGNE , avec cmotion.
OuL,. Saint-Georges... votre frère!.,
Lui!..
M. DE BOULOGNE
Épargnez-moi vos reproches. (Baissant la voix avec un peu de confusion.) Votre mère... ah !.. son amour pur et dévoué... méritait sans doute un autre sort!., mais un riche mariage... qui llattait alors mon orgueil... je voulus éloigner toute traced'un passé qui pouvait le rompre, etoubliant ce que je devais à la pauvre Noémi... (Baissant la voix encore plus et tremblant d'émotion.) Je lu lis vendre... au moment où elle allait devenir mère!..
SAINT-GEORGES, avcc indignation.
Vendre... elle, et son enfant!..
M. DE BOULOGNE
Je ne cherche point à excuser une faute, que rien ne saurait justifier!., heureusement l'éclat d'hier est venu ni'apprendre la vérité!... Oui, Saint-Georges, vous êtes mon fils, et à la voix d'uupère...
SAINT-CEORGES.
Mon père !.. je m eonuiii^que la pauvre né«
presse qui in*a nourri, qui m'a prodigué ses soins e^soa amour! voilà ma seule famille!
M. DK nOULOGNE, altéré.
0 ciel!., vousmécomiaîtriez...
SAiM'-r.KoiuM.s, avec force.
Ce que vous avez m(5connu vous-mOme...
(Avec amertume. ) Ah! vous croyez, Monsieur... que ce titre de père, est un vain nom que l'on ))eut répudier quand il gène, et réclamer pour imposer ses lois!., qu'on peut en exercer les «Iroits et en trahir les devoirs!., qti'ii suHil an bout de vingt-cinq ans, de venir dire à un malheureux, humilié, outragé : je n'ai jamais voulu te reconnaître, je ne te reconnaîtrai jamais... je t'ai voué à l'inramic... je t'ai vendu avant ta naissance... car ton aspect seul eût été un affront pour moi... mais aujourd'hui , je tremble pour l'héritier de mon nom... de ma fortune... sa vie est dans tes mains!., lu vas me sacrilicr la réputation, ton honneur... je le veux... cl tu dois m'obéir... car tu es mon lils ! je suis to:i père !..
M. DE UOULOGNE, d'iuic voix supliante.
SAliNT-GEORGES, amèrement.
Un père!., moi!., et où était-il, quand le fouet d'une maîtresse hautaine sillonnait mon front, et le marquait d'opprobre?., où était-il, quand fuyant à travers les sables, je mendiais un peu de pain , pour ranimer mes forces, Une soullc d'eau pourétanrher i,ia soif!., était-il l;.. «c père, pour me tendre la main, quand succoin- '•ant sous l'excès du travail, j'inondais la terre <Ir ries sueurs!., et plus lard, lorsque mesellorls, iiUi persévérance maîtrisèrent la fortune, que je me lis un nom, une existence... élail-il là, pour •me serrer sur son cœur... et me dire : je suis fier de toi !.. Non!., au lils légitime, tous les soins, tout l'amour!., au misérable esclave , l'abandon, l'oubli et la honte!., vous voyez bien , Monsieur, que je n'ai pas de père... que je n'en eus jamais!..
M. DE BOULOGNE , avec désordre.
Ah! j'ai mérité ce traitement... mais vous De serez point inflexible, Saint-Georges!.. Au nom du ciel, oubliez une insulte que je désavoue... renoncez à un combat qui serait un crime !.. SAINT-GEOUGES , fièrement.
Pour que je le puisse sans déshonneur, monsieur, dites donc tout haut qu'il est mon frère... non pas' ici, pour moi seul, en tremblant... mais devant le monde entier ! Vous baissez les yeux... vous vous taisez!..
Ain : Époux impr. drnt, filf rebelle.
Oui, je c mpr nds, abjurant ma vengeance, 11 fitut me perdre aux yeux de tout Paris.,, Il faut enlin, i)ar mon lâche silence,
Sauver le nom de votre fils...
Dévorer, seul, la honte et le mépris f..
(Ati'C iioiiU-.^
Moi , votre fils! quand, sous l'affront d'un autre, Vous prétendez que je reste entaché I
(Atic ani.iliiiiu'.)
De mon honneur, vous faites bon marché; Ou voit bien qu'il n'est pas le vôtre I