SCÈNE IV
Les MÊMES, LE BARON DE TOURVEL, en habit de chasse et entrant par la gauche.
T,E n.VRON, de même.
11 faut toujours quo que je le renroiiUc dans mon chemin ! par la saniDleu !
\f. DE BOULOU.NE, lui montrant M°" de l'resle.
Baron !
LE BARO.V, saluant.
Ah! Comtesse, pardon ! je ne vous aperce- \ais pas ; nous sommes o!)liîïés maintenant d'avoir la vue si basse... Je vous ai fait attendre?., désespéré, confus... je n'étais occupé que de vous!
M""" I)F, PP.ESLE.
En grondant! en jurant! il paraît que je vous inspire de jolies choses, Monsieur...
LE BABON.
Non! c'était après ce maudit chevalier de Saint-Georges.
M. DE BOULOGNE
Que vous a-t-il donc fait ?
LE B.\RO.\
Demandez-moi pliUot ce qu'il ne m'a pas fait, ce chevalier de malheur. Dieu me damne i je crois qu'il est né pour ma perdition!., il vient encore de m'enlever...
M°" DE PRESLE
Une femme ?
LE BARON
Non ! un cheval !
M. DE BOULOGNE
Belle misère !.. un cheval !
I,E BARON
Une bête magnifique, qui sort des haras du prince de Galles. (Se tournant vers M"^ de Presle.) J'aurais donné mille louis!.. Fi^uirezvous. Comtesse , un cou délié comme Sophie Arnouhl... des petits pieds comme la Guimard... et des yeux! oh ! des yeux, par exemple, je n'en connais pas... excepté les vôtre...
M. DE BOULOGNE
Hein?
M"* DE PRESLE, souriant.
Grand merci !
LE BARON, se reprenant.
Sans comparaison... bien entendu.
M. DE BOULOGNE, à part.
Il va s'enferrer!..
LE BARON
Bref, une bête accomplie! mais rétive, farouche... (A son père.) Comme cette petite présidente de Bretagne, vous savez?
M. DE BOULOGNE, bas.
Vous allez dire quelque sottise.
LE BARON , bas.
C'est juste!., fiiaui.) Soîi propriétaire... du rhoval, pas de la Présidciite !.. Son propriétaiie , lord Dumbictton , n'en pouvait venir à bout... et de guerre lasse, il l'avait promises celui qui la réduirait. Nous nous présentons, cinq ou six (le front... M. de Lanzun, le prince de Soubiso, Lauraguais, les forts... et moi qui, sans vanité, suis assez ferme sur les arçons! Ah bien! oui... déroule complète... en cinq ou
six ruades... nous nous trouvons tons à terre, avec quelques cotes, plus ou moiiis, enfoncées! M"* DE l'RESLE, riant.
Ces chevaux anjïlaissont d'une impolitesse...
M. DE BOULOGNE, impatienté.
Eh bien! celui-ci est rcsLé à lord Dumbictton?..
Ll. )ÎAR0\.
Non, vraiment ; c'est là ce qui m'indigne. Cet enragé de Chevalier, ce Piiiice ufJr, se présente à son tour... ilsOlance sur la bete, la lait piaffer, la rend souple tomme un ganU.. et le cheval est lui!
M°" DE PRESLE
Au chevalier de Saiiit-Geori;es ?
M. DE BOULOGNE
Justement, celui dont vous vous informiez tout à l'heure !
LE BARON
Madame l'avait remarqué ?
M"* DE Pr.F.SLE.
Oh! en passant, hier à lOpéra...
M. DE nouLOGNE. d'un air rnilleur.
C'est une physionomie très bizarre en effeL
LE BARON
Je crois bien! il a l'air d'une tache d'encre au milieu d'une boîte à poudre.
M"* DE PUESLE.
Oui, mais des traits noijies, un regard expressif... Sait-on ce qu'il est?
Quelque aventurier !
LE BARON
A cet égard belle dame, j'ai les renseignemens les plus exacts... et je puis vous dire... qu'on n'en sait rien du tout !.. Les uns prélcndentque c'est un Mexicain fort riche.... d'autres un Portugais ruiné... un prince A!)yssinien, ou un Arabe marron !.. Du reste, c'est Tùme de toutes les fêtes ; la maison d'Orléans et .M"'deMontcssonen radolent!.. Brodé delà tète aux pieds, menatit un train de marquis... il fait de T'^sprit avec Laclos, des armes avec la chevalière d'Eon, trace, avec son patin , le chill're de la reine, sur la glace... exécute une sonate avec soti fouet de poste, et danse le menuet comme Vestris !.. Avec tout cela, s'il ne devient pas premier ministre, il y aura bien du maliiciuî..
M. DE BOl LOGNE, à part.
II va faire son éloge !
M"" DE PUESLE
Eh mais! voilà des talens...
M. DE BOULOGNU, avcc ironie.
Fort exagérés!.. Soii piîis grand uu-rite .'^"î dans la bizarrerie de sa ligure, un nnilfitre poudré, parfumé, c'est original... C'est notivoau, il n'en faut pas davantau;ei avec cela, riipitai.u; des chasses du duc d'Oiléjus!.. Mixl> u,i iiî).itin, un mauvais sujet!..
LE BAnON.
Un très mauvais sujet, qui ose fficci'' i'voir des succès auprès dos feinmos !
Al** DE PRESLf.
En vérité ?
LE CHEVALIEU DE SÀlNf -GEORGES.
M. L»E noi t.of.Nr:, faisant des signes au Baron, qui ne les voit pas.
Oh' tics folles!
M" r>ARO>, s"animant.
Du lou!... tics femmes charmantes! J'en sais nuckiue chose ; il m"en a souillé deux ou trois. Oh!.. (Se ra^isa!U.) Ch ! je donnerais mille louis pour rallrapcr...
M. DE KOrLOGNE, baS.
Tais-toi donc, malheureux!..
M"* DE PRESLE
Quoi, Baron?..
LE B\ROx\, étourdi.
Non, ce n'est pas là... Je voulais parler de ce diable «e cheval... qui me trotte dans la tète... (A la Comtesse, d'un air aimable.) Et puis Tamour... ma charge d'écuycr...
M""DE PRESLE, avec malice.
C'est pour cela que vous êtes tombé , ce
matin ?
LE RÀRON , sefforçaut de rire.
Ohî charmant!
M. DE BOl LOGNE, à part.
Ce pauvre Tourvel n'est pas en veine. ( Haut, et du côie de lauhcrge.) Eh bien! cette chambre que nous avons demandée?
FANCHETTE, paraissant.
Elle est prête , monsieiu-.
(Le Baron va lui pincer le menton.) M. DE BOILOOE.
Vous y avez mis le temps!.. Allons, raa chère Cécile, a votre toilette... (Élevant la voix.) Le Baron vous acroir.pagnera... Moi, j'ai quelques aflairt's dans les environs.
■M"* DE PRESLE
.le suis à vous, (a part.) Oh! ce chevalier de Saint-Gcorgcs, dont tout le monde parle... Je ve-a.\ savoir...
Am : V<iii5te.reima t.iujiiuir. (rni.nM;L D'iurntrou.)
" De ce pas , pour vous plaire , D'une allure cavalière.
Je vais prendre.! linslant Le costume séduisant. ,