A M. JULES DE SAPINAUD
Chevalier de la Légion-d'Honneur du 49 Février 4844.
// n'est peut-êPrc jamais sans quelque profit d'étudier certaines individuelles. Ce doit être vrai s'il s'agit de celle d'un homme qu'on n'a jamais surpris à conseiller la violence au sein du plus épouva/ator ble tourbillon des passions et des idées. Vrai encore , sans doute , s'il s'agit de celle d'un homme qui , précipité malgré lui dans l'abime le plus profond des misères sociales , la guerre civile, a lutté sans autre espoir que celui de mourir avant d'avoir failli à ce qu'il regardait corrnne l'accomplissement du devoir. C'est ainsi que des sowoenirs de famille très-précis, vous représentaient le chevalier Sapinaud de la Verie. Mais les honmes. valent ce que valent leurs actes et pour jug^cieluÂr0,^^i voulu rechercher la trace de ses faits et gèstés^ndant les premiers mois de cette luUe terri^la^^^fui s'appelle la guerre de la Vendée. .^ , " Vv
Dans ce but, grâce à^ &e -U&tiveilla/ntes comrn/Ur nications, j'ai consulté les deux plus imporUmtes
collections de documents originaux sur la Vendée penda/nt la Révolution. Je n'ai rien négligé d'ailleurs pour compléter, dans d'a/utres collections publiques ou particulières, cette source déjà si riche d'informations. Enquêtes, rapports et procès-verba/ux officiels, correspondances des administrateurs de départements et des conventionnels en mission , des généraux républicains et des chefs vendéens, journaux, bulletins, affiches et placards imprimés a/u jour le jour, à l'époque même et dans les deux camps sont passés sous mes yeux, Tai pu ainsi éviter tout recowrs a/ux mémoires particuliers toujours écrits au point de vue spécial de l'auteur , trop souvent da/ns l'intention de donner le change a/a lecteur; et j'ai eu cette bonne fortune d'étudier les événements sur les documents originaux et a/uthentiques.
Mais à la suite de ce travail , je suis resté convairum que sous certains rapports beaucoup de faits n' avaient pas été jusqu'ici suffisamment éclair cis. Que de choses il reste à dire sur les causes premières dm soulèvement! Mais surtout, les moyens politiques et militaires employés d'abord pour sa répression, le nombre si variable des forces en présence dans chacun des combats de la première période n'ont été nulle part, que je sache, exactement établis. Ces points ne doivent-ils pas cependant projeter sur les événements postérieurs et sur tout l'ensenible de la guerre une lueur importante et né-
cessaire? Combien aussi de confusions chronologie ques dans les nombreux écrits ayant trait à ce sujet I Et s'il est impossible qu'à une époque encore si rapprochée, bien des appréciations ne diffèrent à tant d'égards, n'estai pas déplorable de voir chor que jour l'esprit de système tirer de faits antidatés ou inexactement rapportés des déductions absolur ment contraires à la vérité ?
C'est pourquoi j'ai cru qu'il pouvait éPie utile de réunir les notes que j'avais recueillies pour me rendre un compte exact des premières scènes de ce drame. Elles en forment une esquisse prise à l'uni-que point de vue du fait, succinte par conséquent, mais suffisante , je crois, pour en montrer l'ensemble. Comme intérêt local elle donnera la mesure de l'action particulière de cette fraction de la Vendée, qui comprenait une partie du département de ce nom et qu'on appela l'armée du, centre, et av^ssi de celle des chefs qui l'ont commandée.
Il m'a semblé plus qu'inutile de grossir d'appréciations personnelles un simple recueil de notes; je suis d'ailleurs convaincu que, pour celui qui la cherche de bonne foi, la vérité ressort mieux des faits eux-mêmes que du réquisitoire le plus étudié. Mais je crois powvoir l'attester : quand l'histoire a/ura définitivement résolu qui doit porter la responsabir lité d'une lutte telle qu'un écrivain administratif a calculé , en diminuant plutôt qu'en exagérant ses chiffres, quelle a coûté la vie à trois cent mille
victimes, ce n'est pas sur la mémoire de ceux qui de part et d'autre sont tombés les a/rmes à la main que pèsera le poids de son jugement.
Si cette esquisse n'est point à la hauteur de ce que j'eusse désiré, a/a moins puis-je affirmer l'exactitude scrupuleuse de chacun des traits qui la composent. J'ai aussi le droit d'irwoquer en sa faveur le bénéfice du sentiment qui m'a fait écarter toute personnalité inutile. J'ai recherché une satisfaction autre que celle de dévoiler bien des turpitudes , autre que le malin plaisir de faire ressortir plus d'un piqua/nt contracte, com/me on en trou/ue tant dans les paroles et les actes de certains hommes, qui furent sans pitié pour la malheureuse Vendée et qui plus tard troquèrent si lestement leur carmagnole de 1793 contre des habits de cour brodés et chamarrés sur toutes les coutures. Vous le neveu d/u chevalier de la Verie, dont ils avaient mis la tête à prix, vous savez depuis a^sez longtemps ce que faisaient en 1814 plusieurs de ces ha/uts dignitaires, alors que, sous l'v/niforme du soldat, vous tombiez dans les rues de Rheims percé de part en part par une balle russe. Je n'ai eu qu'un souci, celui de trou/oer la vérité. Je n'ai qu'une prétention celle de fournir des matériaux incontestables à ceux qui veulent se livrer à l'étude des guerres de l'Ouest.
Louis de la BOUTETIÈRE.
19 Mars 1868.
Le cadre limité de cette étude ne comporte pas l'exposition détaillée des causes qui préparèrent et amenèrent le soulèvement des provinces de rOuest contre la République. Un résumé en est cependant indispensable. Empruntons-le à un mémoire du temps rédigé par ceux qui furent le mieux placés pour tout voir, les premiers magistrats du département de la Vendée.
Ce récit, empreint des violences de leur administration, offrira le double avantage de retracer les faits et de montrer le jeu des passions dont la lutte aboutit fatalement à l'explosion de la guerre civile.
Mais nous avons eu tant de constitutions depuis soixante-dix-sept ans, qu'il faut peut-être
rappeler, le plus brièvement possible, quelle était alors rorganisation administrative et politique des départements.
L'administration du département, qui était divisé en districts , cantons et communes , était con
fiée à un conseil général de trente-six membres nommés administrateurs , dont une section de huit membres portait le nom de directoire exécutif. Le conseil général se réunissait un mois par an, le directoire était toujours en activité pour l'expédition des affaires.
L'administration des districts et communes était confiée à des autorités analogues, subordonnées^ celles des districts au conseil de leur département, celles des communes au conseil de leur district. Dans chacun de ces conseils il y avait, sous le nom de procureur-syndic , un rapporteur de toutes les affaires qui devait toujours être entendu avant toute délibération.
L'élection, au moyen d'un suffrage à deux degrés , était la base de tous ces pouvoirs. Les électeurs du premier degré, réunis en assemblée primaire par cantons , élisaient ceux du deuxième degré , lesquels nommaient les administrateurs , ainsi que les députés , voire même Tévêque , les juges, etc.
Voyons maintenant ce qu'écrivaient, au lendemain des événements, les administrateurs et procureur-gèuéral-syndic du département de la Yen-
dée. Accusés de modérantisme (style du temps) par-devant un représentant en mission, ils s'en défendaient ainsi, le nonodi de la première décade de nivôse Tan II de la République française (!)•
<c Citoyen Représentant ,
» Chargés des fonctions administratives à une » époque peu éloignée du commencement de la » guerre, qui désole plusieurs départements de la » République , nous devons dire quel était à cette » époque Tétat du département de la Vendée , ce » que nos prédécesseurs ont fait pour assurer la » tranquillité publique, et rendre compte des » mesures que nous avons prises après eux. De » cet examen résultera la conviction de notre in- » nocence, et nous nous verrons rendre la justice » que méritent des administrateurs invariablement » attachés à leurs devoirs , amis de la Révolution, » de la République et de son indivisibilité.
» La première administration n'avait pas fait ce » qui dépendait d'elle pour faire connaître au y> peuple la révolution qui lui rendait une partie
(1) 29 décembre 1793.
Nous avons cru nécessaire de donner les dates des arrêtés cités dans ce document pour bien rappeler la série chonologique des événements et d'indiquer les sources auxquelles il est utile de recourir pour contrôler quelques-unes des assertions qu'il renferme.
» de ses droits. Quelques-uns des membres qui » la composaient, attachés aux anciens abus, ne » voyaient qu'avec peine le moment de leur des- » truction. Ils étaient blessés de la popularité de » quelques décrets, la suppression de la noblesse » révoltait leur orgueil , leur intérêt s'opposait » aux plus faibles modifications sur les droits féo- » daux , ils craignaient surtout de voir le peuple » éclairé et les sociétés qui se formaient dans ce » but utile pouvaient compter d'avance sur leurs » persécutions (1). S'il était question de réprimer la » fougue insensée d'un missionnaire forcené, al- » lumant dans un catéchisme les torches de la » guerre civile, on invoquait en sa faveur la li- » berté des personnes et des opinions (2),
» Si la nouvelle d'un rassemblement d'hommes » factieux parvenait à l'administration , nulle » mesure n'était prise que lorsqu'il n'était plus » temps de s'y opposer et les commissaires qu'on
(1) Lire, pour se rendre compte de la valeur de ces imputations, le Compte^endu de la gestion et administration du directoire du département de la Vendée. 1791. A Fontenay, chez Amhroise Cochon,
(2) Le 1" juin 1791, des gardes nationales d'Angers avaient de leur propre autorité arrôtédeux missionnaires de Saint-Laurent (Vendée), à la suite d'une perquisition qui fît découvrir dans leurs papiers le manuscrit d'un catéchisme fort opposé à la constitution civile du clergé. Cette arrestation ayant donné lieu à un conflit d'attributions entre le directoire de Maine-«t-Loire et celui de la Vendée, ce dernier prit, pour faire élargir les deux prêtres, un arrêté basé sur ce que « leur arrestation était illégale, vu qu'ils « n'avaient été ni accusés ni décrétés. Le directoire, disait cet arrêté, » croit que tout homme peut écrire chez lui ce qu'il pense et que si
» y envoyait ne paraissaient occupés qu'à proté- » ger les rebelles (1).
« Cependant l'esprit public n'était pas sans force » dans notre territoire, plusieurs citoyens avaient » senti leurs droits et ils voulaient répandre au- » tour d'eux et fadre goûter à leurs concitoyens les D principes qui les leur assuraient ; une société D dont la République n'a pas offert d'autre exem- » pie fut établie, ses fondateurs sont presque tous » aujourd'hui à la Ck)nvention nationale et dans » les administrations du département. La première » obligation qu'ils s'imposèrent fut de parcourir D successivement toutes les parties du départe- » ment, d'y annoncer au peuple le recouvrement de » leurs droits, de leur prêcher l'obéissance à la » loi et l'attachement à une Révolution qui leur » rendait la liberté. Cette société, malgré les ou- » trages dont on l'avait abreuvée, avait déjà par-
» ce qu'il pense peut troubler l'ordre de la Société, c'est la mani- » festation de ses principes qui seule peut le rendre coupable. » n croit que le respect est dû aux lois et aux domiciles, asyles » inviolables des citoyens. » C'était littéralement l'art. VU de la déclaration des droits de l'homme.
(1) Des troubles fréquents agitèrent en 1791, les départements de l'Ouest. L'Assemblée nationale envoya deux de ses membres, Gallois et Gensonné, dans la Vendée et les Deux-Sèvres.
Lire pour se rendre compte de la nature de ces troubles, le Rapport de ces deux commissaires lu à V Assemblée le 9 octobre 1791 et imprimé par son ordre. C'est la paraphrase en vingttrois pages du mot prophétique de l'abbé Maury. » La constitu- » tion civile du clergé est une mèche allumée sur un baril de « poudre. »
» couru une partie de notre territoire dans ces » missions patriotiques, lorsque le renouvelle- » ment de Tadministration y fit entrer plusieurs » hommes plus dignes de gouverner et plus dé- » voués au salut public (1).
» Les habitants de ce département, surtout de » la partie du bocage, privés de la communica- » tion avec l'étranger, ne connaissant que leurs » charrues, leurs seigneurs et leurs prêtres, n'a- » vaient point vu sans étonnement des lois qui » portaient atteinte à des pouvoirs qu'ils avaient » une longue habitude de révérer. Il fut donc fa- » cile aux ministres du culte de profiter de ces » dispositions et de leur montrer comme des » atteintes à la Religion , les dispositions des lois » qui rangeaient les prêtres dans la classe des au- » très citoyens. La Société l'avait senti ; ses pre- » miers travaux avaient eu pour but d'éclairer le » peuple sur la mauvaise foi de ses ministres, ceux
(1) En vertu des décrets qui ordonnèrent et expliquèrent le mode du premier renouvellement de la moitié des administrations de département et de district (28—29, mai). S'il fallait croire des mémoires manuscrits laissés par » un de ces hommes » plus dignes de gouverner, » des manœuvres anonymes firent sortir du Conseil certains membres qui le gênaient lui et ses amis, tandis qu'ils en faisaient nommer d'autres « imbéciles « qu'ils se proposaient de patriotiser. (sic.) » On ne peut qualifier de pareils moyens, mieux vaudrait supposer beaucoup d'exagération de la part de ce particulier trop « dévoué au salut public. » Mais il faut constater avec tous les documents officiels, l'indifférence des citoyens à se rendre aux assemblées primaires pour la nomination des électeurs qui choisirent cette administratioD,
» des membres de radministration qui avaient » partagé ses efforts et qui en avaient vu le peu » de succès, crurent devoir éloigner du peuple » les apôtres de la révolte et du mensonge.
» Un premier arrêté (1) renvoya dans leurs dé- » partements respectifs les prêtres insermentés » qui avaient été remplacés et qui n'étaient pas » nés dans son territoire. Bientôt un deuxième » arrêté (2) appela au chef-lieu tous les prêtres in- » sermentés qui étaient restés dans leurs cures*
» Le danger de la patrie fut proclamé ; le Con- » seil général se rassembla. Ce fut presque à cette » époque qu'une révolte éclata dans le départe- » ment des Deux-Sèvres, district de Bressuire; » malgré le caractère grave qu'elle annonçait elle « fut bientôt dissipée par les gardes nationales » des Deux-Sèvres et de la Vendée (3) ; dès lors pa- » rut à la tête des rebelles un des chefs qui les a » conduits dans la funeste guerre que nous avons » à soutenir, c'était Baudry d'Asson qui les com- » mandait.
(1) Arrêté du Directoirô de la Vendée du 8 juin 17Ô2.
(9) Arrêté du Directoire de la Vendée du 30 juin 1792.
Le ministre de l'intérieur rappela en vain aux administrateurs du département que cet arrêté et le précédent étaient illégaux.
(3) n aurait fallu ajouter : réunies à celles de Maine-et-Loire et Loire-Inférieure; mention du zèle de ces quatre départements existe dans les procès-verbaux de l'Assemblée législative avec les preuves à l'appui. Le soulèvement fut étouffé dans le sang des révoltés, le 24 août 1792, sous les murs de Bressuire.
» La déportation des prêtres fut ordonnée. Plu- » sieurs s'embarquèrent à Nantes , aux Sables ; » mais malheureusement notre territoire ne fut » pas purgé de tous ces monstres , le fanatisme » qu'ils avaient allumé et que tous les efforts de la » Société n'avaient pu éteindre leur offrit autant » de retraites que de chaumières, et il en resta un » assez grand nombre pour achever de pervertir » leurs crédules concitoyens.
» Une mesure se présenta encore aux recher- » ches de l'administration et fut saisie comme pro- » pre à diminuer l'influence des prêtres fanati- » ques et de leurs partisans , ce fut d'ôter à ceux » qui s'étaient voués à l'enseignement et qui ne » s'étaient pas soumis à la loy du serment , tout » moyen de continuer leurs fonctions et de leur » défendre d'avoir des pensionnaires au-dessous » de l'âge de dix-huit ans (!)• Cependant la Con- » vention venait de se rassembler. Le premier » acte de sa puissance fut la proclamation du » gouvernement Républicain et l'abolition de la » Royauté. Cette loi fut reçue avec joie par le » peuple de Fontenay et publiée avec solennité » par ordre du département. C'est à cette époque » qu'un arrêté décida Tenvoî aux sociétés popu- » laires du département de toutes les lois qu'il » faisait distribuer aux municipalités.
(1) Arrêté du Directoire de la Vendée du 16 août 1792.
» Tel était Tordre des choses lorsque le 4 décem- » bre 1792, radministration actuelle du départe- » ment entra en exercice de ses fonctions (1). Sa » première occupation, comme son premier devoir » fut de considérer Tétat du territoire qui lui » était confié , les dispositions des habitants ; elle » découvrit avec peine que les gardes nationales » n'étaient presque nulle part organisées sui- » vaut la loi, que plusieurs conmiunes n'en » avaient pas du tout (2), que le peuple des campa- » gnes et surtout celui du bocage regrettait ses » prêtres réfractaires , que si un travail obstiné » avait réussi à asseoir la contribution foncière, la » contribution mobilière présentait des difficultés
(1) Dans sa seconde séance la Convention avait décrété que tous les corps administratifs, municipaux et judiciaires seraient renouvelés. Les populations des campagnes paraissent n'avoir pris aucune part au scrutin dans cette circonstance. Certains documents de l'époque prétendent môme qu'elles furent écartées des urnes par la violence. Dans le journal manuscrit d'un homme de loi de Ti£fauges, on lit qu'à l'assemblée primaire tenue dans ce chef-lieu de canton « où il devait y avoir 2 à 3,000 âmes qui » n'ont osé y venir, il ne s'en est trouvé que 12 à 13. »
On ne peut révoquer en doute la vérité de cette assertion quand on remarque que le résultat de ces élections fut conforme aux injonctions envoyées de Paris par le club des Jacobins et à une circulaire du ministre Roland, en date du 23 août 1792; cii^ culaire à noter en passant, car c'est la première officielle aux électeurs.
(2) Le fait s'expliquait par un arrêté du directoire de la Vendée des 31 juillet, 1" et 2 août 1792, relatif à l'inscription des citoyens pour le service de la garde nationale, arrêté qui défend d'y admettre « les gens suspects ou mal intentionnés ou dépourvus de cartes de civisme. »
» qui paraissaient insurmoûtables, qu'elle efGarou- » chait les contribuables et menaçait peut-être de » troubler la tranquillité. Les mesures les plus » promptes , celles qu'on croyait les plus efficaces » furent prises et la nouvelle administration ne né- » gligea rien pour légitimer la confiance dont elle » venait d'être investie.
D L'organisation de la garde nationale fut en- » couragée, pressée par toutes sortes de moyens. » Un journal fut projeté et arrêté pour Tinstruc- » tion du peuple , des fonds furent faits pour cette » dépense (1).
» Une compagnie de canonniers formés dans » cette commune, fut habillée , armée, tous les » moyens d'instruction furent mis à sa portée, » elle a rendu d'importants services depuis le com- » mencement de la guerre. La Convention natîo- » nale et le ministre des contributions publiques » furent prévenus des difficultés que présentait » l'article de la contribution mobilière, des tar » bleaux leur furent envoyés dressés par les dis- » tricts et qui prouvaient jusqu'à quel point cette » contribution était accablante.
(1) Le prospectus et un premier numéro sous le titre de : Journal de la Vendée f parurent seuls, le 23 février 1793. Au mois de mai suivant, on reprit cette tentative sous le titre de : Bulletin du département de la Vendée. Cette fois, il en parut six numéros, du !«' au 19 mai, dont chacun forme un placard in-^ imprimé en trois colonnes sur papier gris. Us contiennent le comptftrendu des séances du Conseil général du département depuis 16 ^ avry jusqu'au 16 mai.
» Nos craintes sur Içs suites que pouvait en- » traîner l'assiette de cette contribution n'étaient » pas sans fondements ; les amis des émigrés dont » on saisissait les domaines, les prêtres fanati- » ques qui s'étaient dérobés à la loi de la déporta- » tion et qui cachés à nos regards , échappant à » nos recherches (1), animés par le désir de la » vengeance , jetaient dans l'ombre et dans le si- » lence les semences de la révolte dans l'âme des y. crédules habitants des campagnes , firent éclater » un premier mouvement, le 12 janvier, dans le » district de Montaigu. Le motif de leur insurrec- » tion était, disaient-ils, la contribution mobi- » lière, le refus d'en faire l'assiette. Un détache- » ment de la garde nationale de Fontenay partit » pour aller rétablir l'ordre , mais les Nantais Ta-
(1) Le cœur manque pour dire ce qu'étaient ces recherches. Bornons-nous à citer quelques-uns des arrêtés du Directoire y relatifs : 16 août 1792, concernant l'activité permanente dans chaque district, de détachements de garde nationale pour marcher au premier signal. — 21, 22 août 1792 et 17 janvier 1793, ordonnant la violation du secret des lettres et paquets de la poste. — 18 septembre, 12 octobre, 31 octobre 1792, ayant trait à l'incarcération des prêtres insermentés , sexagénaires et infirmes; 1" février 4793, fixant à 100 Uv. et 200 liv. une prime à donner au dénonciateur d'un prêtre insermenté ou d'un émigré.
On peut s'assurer dans les mémoires du XYIP siècle, entre autres dans ceux de Foucaud, intendant en Poitou lors de la révocation de l'édit de Nantes, que ce fonctionnaire avait employé à la satisfaction de M. de Louvois et avec l'aide de ses dragons, des mesures littéralement identiques. Aux deux époques il y a heureusement la même consolation pour ceux qui ont horreur du despotisme , qu'il soit démagogique ou monarchique. < Les crédules habitants de nos campagnes » n'ont pas vendu les proscrits
» valent prévenu. Cette commune, dont le dépar- » tement avait déjà reçu de bons offices , s'était » hâtée d'envoyer des troupes qui avaient tout » apaisé , et notre détachement fut instruit en » route par un exprès du district de Montaigu » que sa marche était inutile. Le conseil général » du département fit part de cette révolte, des » causes auxquelles on l'attribuait au ministre y* des contributions publiques et à celui de la » guerre auquel il demandait, comme il l'avait » fait au commandant de la 12® division, les trou- )) pes dont il sentait le besoin.
» Cependant le décret qui levait la permanence » des conseils d'administration fut connu, celui D du département termina ses fonctions par deux » actes également conformes à ses principes; » Tun était une adresse à la Convention pour la » féliciter sur la mort du tyran (1), sur la procla- )) mation de l'unité de la République, et pour » l'encourager dans ses grands travaux; l'autre » fut une adresse aux habitants des campagnes » pour leur peindre le bonheur dont ils pouvaient
» jouir et ce que leurs administrateurs avaient D fait pour le leur procurer.
pour un peu d'or et le sang des victimes a protesté contre l'usage odieux de la force brutale.
(i) Il ne fallait pas moins apparenunent pour persuader à la députation de la Vendée qu'elle avait bien fidèlement exprimé par ses votes le vœu de ses commettants. Elle était composée
» Le directoire, abandonné à ses occupations » particulières, ne perdit pas de vue l'objet qui » devait l'intéresser le plus : les mesures propres » à conserver la paix dans l'intérieur de son ter- » ritoire; il crut qu'un des moyens d'atteindre » ce dernier but était de travailler de tous ses » pouvoirs à se créer une force nationale qui en )) imposerait aux malveillants ; un dépôt de ca- » Valérie avait été formé dans la commune de » Fontenay , en peu de jours plus de soixante jeu- » nés gens y entrèrent. Ils furent habillés , montés » et on pouvait espérer d'en tirer de grands avan- » tages , lorsqu'un ordre qu'il ne fut pas possible » de faire révoquer, appela cette cavalerie à An- » gers où elle fut incorporée au 19"® régiment de » dragons.
» Dans ce dénuement absolu , il ne restait plus » de ressources que dans l'organisation des gar- » des nationales ; toutes les mesures prises jus- » qu'ici n'avaient produit aucun effet. Le direc- » toire nomma des commissaires pris dans les » hommes les plus dévoués à la cause de la Ré- » volutîon, et qui avaient le plus d'influence sur » le peuple des campagnes pour suivre cette opé- » ration^ et la conduire à son terme dans cha- » que canton (1).
de neuf membres; un refusa de voter, deux se prononcèrent pour la détention, six pour la mort.
(1) Arrêté du directoire en date du 5 février 1793.
» Les malintentionnés saisirent encore cette » occasion de soulever le peuple des campagnes. y> Le commissaire envoyé dans le canton de la D Gaillère, district de la Châtaigneraie , fut in- » suite ; un rassemblement se porta à la munici- » palité et arracha au maire la liste qu'il devait » fournir au commissaire; à cette nouvelle, le » directoire fait une adresse pour détromper le » peuple des campagnes , dépêche un de ses mem- » bres à la tête d'une force armée qui en impose » aux révoltés et parait rétablir le calme.
» La déclaration de guerre faite à l'Angleterre » donna au directoire un autre objet de surveil- » lance. Déjà plusieurs fois il avait écrit au mi- » nistre pour se plaindre du mauvais état des » batteries qui défendent nos côtes , au direo- » teur de l'artillerie de la Rochelle pour l'inviter à » les faire réparer, armer et fournir de munitions, » au commandant de la 12* division pour qu'il » stimulât cet agent coupable au moins de négli- » gence ; il n'avait rien obtenu. A la nouvelle de » la guerre, il envoie deux commissaires visiter » les côtes, dresser l'état des batteries, des ré- D parations dont elles auraient besoin, des muni- » tiens et objets d'armement qui leur étaient né- » cessaires; ces états ont été faits, ils ont prouvé » la négligence des agents militaires qui devaient » veiller à l'entretien de ces forts , ils ont été com-
• muniqués à Verteuil , commandant à la Rochelle , » au directeur d'artillerie, aux commissaires de la » Convention près desquels il fut nécessaire de so « transporter pour obtenir des moyens de défense ■> indispensablement nécessaires (i).
» Les papiers publics avaient déjà annoncé que « la Convention allait appeler au secours de la 11 patrie 300,000 hommes. Ce projet effrayait sen- 11 siblement le peuple des campagnes. Les mal- 11 veillants se servaient pour l'excifcr de l'éloi- 11 gnement qu'il avait toujours témoigné pour la » milice , et mettaient cet appel au-dessus de la i> milice la plus désastreuse. Le directoire craignait cet instant de crise, il demanda des troupes au commandant de la 12° division, et son B commissaire auprès de ce général était telle- I) ment persuadé de la nécessité d'avoir quelques Il forces pour en imposer aux travailleurs, qu'il a requis de Verteuil cinq cents hommes pour placer Il sur différents points du département ; ces trou- I» pes ne sont pas venues,
» A ces précautions le directoire joignit celle de » faire désarmer toutes les personnes suspectes '1 qui ne l'avaient pas précédemment été (2} et
(1) Pour se rendre compte de la valeur de ces imputations, lire le joumal-minule de la correspondance du lieutenant-gânëral de Verteuil avec les administrateurs du département de la Vendée, n est aux archives du département de la Vendée.
(2) Ed vertu des arrêtés du directoire des ffî et 31 juillet et !*■ septembre 17(8, on avait confisqué les fusils des paysans presque tous chasseurs habiles et passionnés. Plusieurs docu-
» d'appeler à son chef-lieu tous ceux dont les di- » rectoires croiraient la présence dangereuse dans » les districts (1).
» La loi du recrutement arriva, le département » fit les travaux nécessaires pour mettre les dis- » tricts à même de l'exécuter et nomma les com^ » missaires qui devaient la surveiller,
» Le 1" mars, le directoire apprit par deux » courriers que l'organisation de la garde natio^ » nale avait occasionné des troubles dans le can-^ » tonde Beaulieu, district des Sables. Un déta^ » chement de la garde nationale partit avec une » pièce de canon, vingt canonnierset un commis^ )> saire pris dans le directoire pour se joindre à » la garde nationale de Luçon et des Sables et » réduire les attroupés. Cette force parut leur en » imposer (2), ils furent dissipés et l'on croyait
ments mentionnent l'irritation causée dans les campagnes par l'exécution de ces deux arrêtés.
(1) Arrêté du directoire du 25 férrier 1793. Le conseil de la commune de Fontenay fit au Département des observations respectueuses au sujet de cet arrêté dont le vague dictatorial ouvrait les portes à l'arbitraire le plus effréné. D faut lire les obser^ vations aussi sensées que patriotiques des oflSiciers municipaux, sur les registres des délibérations de la commune. Le Département n*y répondit pas.
(2) Le commissaire en question était un nonmié GaUet, viceprésident du directoire. Son rapport à ses collègues donne la manière de s'y prendre pour < en imposer aux travailleurs. »
» Au quartier général delà Motte-Achard, le 9 mars 1703, Tan » 2« de la République française.
» Conformément, concitoyens et chers collègues, aux disposi- » tiens renfermées dans ma lettre du 7 courant, je vais vous » donner quelques détails de mon expédition. Tout attroupement
» le calme rétabli lorsque le 10, des rassemble- » ments se formèrent du côté de Légé, départe- » ment de la Loire-Inférieure. Le même jour au » soir notre commissaire pour le recrutement » dans le district de Challans, qui s'était porté à
» est dissipé et la terreur est répandue à plus de six lieues à la 9 ronde. Il y a eu un peu de sang répandu. J'ai décerné des exé- » cutoires pour la somme de 12,000 liv., et au fur et à mesure » qu'il me viendra des renseignements certains, j'en tirerai jus- » qu'à la concurrence de 120,000 liv. Ce n'est pas trop pour payer » les frais de la guerre.
» Cette opération importante a nécessité de moi des plans mili- » taires; en conséquence, j'ai établi ici mon quartier général. » Ha troupe a été divisée en détachements et escouades pour aller » faire le recouvrement des exécutoires décernés. Cette division » est faite de telle sorte qu'à droite, à gauche, et des deux côtés, » la campagne est remplie d'hommes armés. J'abandonne à vos » réflexions les impressions profondes que doivent faire dans l'es- » prit des habitants, de telles dispositions. J'ai été sourd à toutes « prières et réclamations contre la rigueur de la somme exigée » et je puis vous assurer qu'en mettant pour un instant de côté » ma sensibilité naturelle, j'ai impitoyablement fait exécuter mi- » litairement et sur-le-champ tous ceux qui ne soldaient pas. » Cette méthode pour avoir de l'argent est bonne. Je puis en rè- « pondre , car au moment où je vous écris , les insurgés ont versé » à ma caisse militaire 6,500 liv. Aussi on se plaît à me congratuler V sur ma manière d'agir, et je ne sache pas que jamais Cartouche « et Mandrin aient eu de plus belles épithètes que celles que tous « ces gens-là me prodiguent.
» Voilà ma conduite ici. Mes projets ultérieurs étant encore dans » matôte, vous en apprendrez le résultat aussitôt qu'ils auront » été mis à exécution.
» Voulez-vous bien recevoir l'assurance certaine de mes senti- » ments fraternels.
« 6ALLET. »
( Papiers Goupilleau. ) Les papiers du conventionnel Ph.-Ch.- Ai. Goupilleau, appartiennent à M. B. FillondeFontenay, savant distingué et dont la complaisance pour tous ceux qui travaillent est aussi connue qu'inépuisable. Nous tenons à lui réitérer ici l'expression de tous nos remerclments.
» Beauvoir-sur-Mer pour y dissiper uu rassemble- » ment qui s'opposait à Torganisation de la garde » nationale , apprit par deux courriers que Ma- » checoul , district de la Loire-Inférieure , était au » pouvoir des brigands, qu'ils l'avaient incendié, )> que Ghallans était menacé. Au même instant » d'autres hordes de brigands se portaient sur » Clisson, département de la Loire-Inférieure; » l'incendie se propageait avec une violence ef- » frayante, une dépêche de Montaigu nous ap-
» prit le 11, l'attaque de Clisson. (l)
Laissons désormais la parole aux événements.
(1). Pap. Goupilleau.) Le reste de ce document signé par la plus grande partie des membres du Conseil général, contient un résumé très-bref des premières opérations militaires en Vendée et des éloges plus étendus que les administrateurs se décernent à eux-mêmes. Il n'a d'importance à aucun point de vue.
Si on jette les yeux sur une carte, on voit que l'insurrection courait comme une traînée de poudre dans les paroisses limitrophes des départements de la Loire-Inférieure et de la Vendée. C'étaient une trentaine de paroisses nommées autrefois Marches communes de Bretagne et de Poitou; elles formaient sur la frontière de ces deux provinces une petite contrée administrée séparément sous l'ancien régime et jouissant des franchises propres aux pays d'Etats.
Au son lugubre du tocsin qui sonne dans les Marches , le tocsin répond dans la Loire-Inférieure et dans la Yendée. Gà et là se forment des rassemblements qui grossissent, s'étendent et se dirigent au gré de multitudes enflammées de colère. Ils vont aux gros bourgs , aux chefs-lieux de cantons ou de districts ; tous les prêtres assermentés qui tombent entre leurs mains sont fusillés sans rémission. Quiconque tente de leur résister subit
le même sort. Suivons la marche d'un de ces rassemblements, ils se ressemblent tous à peu de chose près.
Les paysans des environs de Mortagne, excités par le bruit de troubles qui, le 4, ont ensanglanté la petite ville de Cholet, lors des opérations préparatoires pour le recrutement, se soulèvent. A peu de distance habitait un ex-garde du corps, le chevalier de Sapinaud de la Verie, âgé alors de cinquante-cinq ans, d'une taille élevée, avec des traits réguliers et expressifs et d'épais cheveux blancs qui donnaient à sa physionomie un caractère noble et imposant. Imbu des idées philosophiques du XVIIP siècle, il avait salué avec joie l'aurore brillante de 89, et dans les premiers jours qui la suivirent il avait pris une part active au maniement des affaires du pays. Depuis quelque temps il vivait dans une solitude profonde et absolue.
Le 10, une bande de paysans armés de fusils de chasse, de faux et de fourches, arrivent devant sa demeure pendant que le tocsin sonne au clocher du village de la Verie. Ils demandent qu'il les conduise parce qu'ils veulent aller aux Herbiers dont les gardes nationales réunies à celles de Pouzauges font journellement la chasse « aux bons prêtres, » leur ont enlevé leurs fusils et veulent les forcer à la milice. En vain M. de Sapinaud leur représente les dangers d'une pareille atta-
que, les dangers plus grands encore d'une répression certaine. Ils n'en tiennent aucun compte, leur exaltation ne fait que croître et ils obligent l'ancien garde du corps à se mettre à leur tête. ^ Leur troupe grossit en marchant et à la Gaubretière ils obligent également à se joindre à eux un ' autre gentilhomme du même nom de Sapinaud, ex-lieutenant au régiment de Foix , parent du pre- ' mier ; le soir même ils arrivent devant le gros ' bourg des Herbiers. Les deux chefs ne savaient ^ trop quelles dispositions prendre , mais les paysans se précipitent tête baissée sur les gardes na- ' tionales bientôt forcées de céder à ce furieux élan. Les vaincus abandonnèrent sur le terrain plusieurs morts et blessés, trois canons et beaucoup de fusils qui servirent à armer les vainqueurs.
Mieux que toutes les paroles , un trait peindra le général improvisé de cette armée nouvelle. Lorsque les gens de la Verie rentrèrent chez eux le lendemain, il se saisirent de M. de Beaulieu, partisan zélé de la Révolution, et quelques-uns voulurent le massacrer. M. de Sapinaud vole à son secours. Vainement d'abord il ordonne, il prie, il conjure pour arracher la victime à ses meurtriers jusqu'à ce qu'enfin, à bout de forces, il le prend dans ses bras en disant : « Puisque je ne puis vous empêcher de le tuer, tuez-nous donc tous les deux. » Cette noble action sauva la vie à M. de Beaulieu.
Pendant ce temps tout le reste du district de Montaigu est en feu. D'autres bandes se portent le 12 sur le chef-lieu, Tenvahissent le 13, et, malgré les efforts de M. de La Roche-Saint- André, ancien ofScier de marine, massacrent quelques administrateurs et gendarmes qui ont tenté de se défendre. Tout ce qui résiste est mis à mort.
A la première nouvelle de ces événements, un commissaire du directoire de la Vendée partit pour Montaigu avec un détachement de la garde nationale de Fontenay. En même temps le département réclamait de nouveaux secours à Niort qui, dès les premiers jours du mois avait envoyé sa garde nationale à cheval et demandait au lieutenant-général Verteuil à La Rochelle toutes les troupes dont il pouvait disposer pour les diriger sur Montaigu.
M. de Sapinaud avait pris le même chemin. Il avait renvoyé son parent Sapinaud de la Rairie avec les gens des paroisses voisines de Maine-et- Loire qui voulaient marcher sur Cholet et prirent part en effet, quelques jours après, à l'attaque de cette ville par les insurgés de l'Anjou. Puis ayant ainsi assuré ses derrières, il s'était porté sur S^-Fulgent. Les paysans d'alentour y étaient réunis en grand nombre ayant à leur tête Gautier procureur de la commune , Lusson aubergiste du bourg, et M. de Royrand vieux capitaine d'infanterie retiré dans les environs.
Il y avait de ce côté un intérêt de premier ordre pour les deux partis. La grande route de Nantes à La Rochelle partageait le département à peu près par la moitié et faisait communiquer Nantes d'un côté avec La Rochelle , de Tautre avec Fontenay , Niort et Poitiers par la route de Nantes à Poitiers qui s'embranchait sur la première à Sainte-Hermine. Il y avait importance capitale pour les autorités républicaines d'assurer ces communications , importance capitale pour les insurgés de les intercepter.
La garde nationale de Fontenay n'était pas en force, elle fut battue le 13 à Saint-Fulgent , poursuivie et battue de nouveau le 15 à Chantonnay malgré un nombreux renfort composé de gardes nationales de Niort avec deux pièces de canon , du restant de celles de Fontenay avec une pièce de campagne, et de quinze cents hommes de celles des environs de Sainte-Hermine. Ces deux victoires très-faciles exaltèrent les paysans : ils allaient avoir affaire à plus forte partie.
Le général Verteuîl avait fait sortir de La Rochelle quinze cents hommes , dont partie en troupes de ligne, six pièces de canon et soixante-dix gendarmes , sous le commandement du lieutenantgénéral de Marcé. Deux membres de la Convention, alors à La Rochelle pour l'inspection des côtes , partirent avec cette petite armée pour l'aider au besoin de leur autorité souveraine. Deux
autres envoyés dans la Vendée et les Deux-Sèvres pour surveiller les opérations du recrutement, les rejoignirent quelques jours après. En même temps Verteuil avait donné ordre à un bataillon de la garde nationale de Nantes de niarcher à la rencontre de cette colonne pour venir lui donner la main.
Marcé arriva le 15 à Sainte-Hermine en même temps que les gardes nationales battues le même jour à Chantonnay. Après les avoir ralliées, il se porta en avant, et le 17 au matin il réoccupait ce bourg avec deux mille cinq cents hommes et neuf pièces de canon. Il y fut attaqué quelques heures après. L'action eut lieu à deux cents toises en avant de Chantonnay; elle fut vive mais courte. Le canon des Républicains effraya les paysans à découvert dans la plaine. En vain M. de Sapinaud les ramené deux fois contre cette artillerie et se jetant à terre au moment où Ton met le feu aux pièces , leur apprend à en affronter le feu sans danger. Efforts inutiles 1 Marcé est vainqueur avec peu de pertes; les insurgés fuient, emmenant beaucoup de blessés et laissant sur le terrain environ quarante morts et les canons qu'ils avaient conquis aux Herbiers.
Marcé continua donc à s'avancer sur la route de Nantes, lentement toutefois et en réclamant des renforts, car il allait entrer dans le bocage, pays accidenté, couvert de bois et de haies épais-
ses, plus propre à la défense qu'à l'attaque. Le 19, il arrivait au-delà du bourg de Saint- Vincent, au pont de Gravereau sur lequel la route traverse la rivière du PetitLay.
Ce pont placé au fond d'une vallée large et profonde avait été coupé par les insurgés. Ils accoururent pour en défendre le passage. Au dire d'un témoin oculaire, ils ont une centaine de fusils de munition, deux à trois cents fusils de chasse ; le reste est armé de fourches , d'épées et de bâtons. Comme signe de ralliement ils ont un chapelet passé autour du cou. Une douzaine d'individus gentilshommes ou paysans les conduisent. Ce sont MM. de Sapinaud, de Royrand et son neveu, de Beaurepaire et Rondeau son régisseur, Gautier, Lusson, Grizay, Aubain chirurgien, de Vaugiraud, Theronneau du Fougeray et Marin de la Borderie. Vers trois heures le pont allait finir d'être rétabli, les troupes se préparaient à le passer, une discussion entre le général et les commissaires civils arrêta le mouvement. Ces derniers prétendaient reconnaître dans le gros des insurgés arrivant par la grand'route sur la colline opposée, la garde nationale de Nantes. D'autant plus que la brise du soir apportant l'écho des clameurs et des chants qui s'élevaient du sein de cette troupe, on croyait saisir les accents de la Marseillaise (l). On suspendit les derniers tra-
(1) Lorsque des masses adoptent ainsi un chant de guerre , il
vaux du pont et Ton envoya à la découverte un officier qui fut reçu à coups de fusils. Près
est évident qu'il répond à l'un des motifs des colères qui les animent. C'est pourquoi nous donnons le texte de cette Marseillaise vendéenne dont une copie fut trouvée sur le cadavre d'un homme tué le 16 mai aux environs de Chantonnay. Nous pensons qu'il y a lieu d'en attribuer la composition à l'abbé Lusson , ancien vicaire de Saint-Georges , frère de l'aubergiste de Saint-Fulgent dont il est question ci-dessus et que les notes d'un représentant appellent « l'aumônier de l'infernale armée de Royrand. » Nous n'avons pas cru nécessaire de respecter le patois dans lequel elle se chantait.
Allons^ armées catholiques , Le jour de gloire est arrivé :
Contre nous de la République L'étendard sanglant est levé.
Entendez-vous dans ces campagnes Les cris impurs des scélérats 1 Ils viennent jusque dans vos bras , Prendre vos filles et vos femmes.
Aux armes , Poitevins I formez vos bataillons , Marchez , marchez , le sang des bleus Rougira vos sillons 1
Quoi I des gueux infâmes d'hérétiques Feraient la loi dans nos foyers I Quoi I des muscadins de boutique Nous écraseraient sous leurs pieds !
Et leur Rodrigue (1) abominable , Infâme suppôt du démon , S'installerait en la maison De notre Jésus adorable I
Aux armes ! etc.
(1) L'évèque cowtitulionnel de la Yendie^
de deux heures ayant été perdues de la sorte, Marcé fit ses dispositions pour bivouaquer tout en défendant le pont qu'il avait rétabli. Mais le temps perdu pour lui avait été mis à profit par ses ennemis. Les paysans annés de fusils s'étaient glissés derrière toutes les haies; arrivés
Tremblez pervers et vous timides , La bourrée d s deux partis I Tremblez ! vos intrigues perfides Allant enfin se mettre à prix I ^ Tout est levé pour vous combattre De SainWean-de-Mont à Bcauprcau , D'Angers à la ville d'Airvault Nos gas ne veulent que se battre.
Aux armes I etc.
Chrétiens I vrais fils de l'Eglise , Séparez de vos ennemis La faiblesse à la peur soumise Que verrez en pays conquis ; Mais ces citoyens sanguinaires , Hais les adhérants de Camus , Ces prêtres jureurs et intrus Causes de toutes nos misères....
Aux armes 1 etc.
O sainte vierge Marie !
Conduis , soutiens nos bras vengeurs !
Contre une séquelle ennemie
Combats avec tes zélateurs I
A nos étendards la victoire
Est promise dès ce moment ,
Et le régicide expirant
Verra ton triomphe et notre gloire.
Aux armes! etc.
jusqu'à la rivière ils entouraient son avant-garde contre laquelle ils ouvrirent le feu le plus vif et le mieux dirigé. La nuit tombait , la fusillade meurtrière des assaillants, leurs cris sauvages répétés par les échos du Lay, jettent la terreur dans l'armée républicaine. Les tirailleurs de Tavanl-garde repassent le pont et sont culbutés sur le corps de bataille bientôt entraîné dans une déroute complète. Telle fut la panique, qu'on ne put rallier les fuyards qu'à Sainte-Hermine, à sept lieues en arrière du théâtre de l'action. Là même elle gagna les gardes nationales qu'on y rassemblait à force, si bien que les représentants donnèrent l'ordre de la retraite sur Marans et La Rochelle où une partie des troupes seulement se rallia, le lendemain, dans le plus grand désordre. Elles avaient perdu cinq cents et quelques morts , soixante prisonniers, quatre pièces de canon et onze chariots chargés de munitions de guerre et de provisions de bouche.
Cette victoire laissait entièrement libre le centre du département de la Vendée. Les vainqueurs coururent joyeux dans leurs chaumières raconter ces quatre combats livrés en huit jours et leurs chefs vinrent s'établir aux Quatre -Chemins de l'Oie, position militaire importante pour eux. En effet, c'était le point d'intersection de la route de Nantes à la Rochelle avec celle des Sables à Saumur. Cotte dernière n'était pas ter-
minée encore, elle était néanmoins tracée sur tout son parcours, et, comme l'autre, mais dans un sens opposé, elle partageait le département en deux parties à peu près égales.
Avec des hommes fournis par les paroisses insurgées, les chefs formèrent là un rassemblement permanent qui prit le nom de camp de roie. Les dépouilles de l'armée de Marcé y furent déposées et les généraux improvisés de l'insurrection convinrent d'une organisation défensive ayant un certain rapport avec celle d'une place de guerre. Royrand Je plus âgé fut reconnu pour commandant supérieur. Les autres chefs durent venir prendre successivement la garde du camp , chacun d'eux se tenant prêt d'ailleurs à se réunir aux autres , toutes les fois que le général en donnerait l'ordre ou que le besoin de la cause commune l'exigerait.
Cette sorte de mise en défense était la seule chose qui leur fut possible , parce que c'était la volonté du peuple insurgé. Elle était d'ailleurs suffisante dans le moment, eu égard aux événements qui se passaient dans la basse Vendée et sur les deux rives de la Loire.
De tous côtés l'insurrection a éclaté simultanément ou successivement. Sur la rive droite de la Loire et sur plusieurs points de la Bretagne les populations refusent d'obéir à la loi du recrutement.
Sur la rive gauche on sait déjà que la petite
ville de Machecoul est le centre d'une insurrection sanglante qui comprend la majeure partie du pays de Retz ; Souchu ex-receveur des gabelles la dirige. Quelques jours plus tard les insurgés de Machecoul prirent pour général un ancien lieutenant de vaisseaux , Athanase de Charette et s'étendirent dans le district de Paimbœuf j usqu'à Pornic, pris, perdu et repris par eux dans de sanglants combats (18 et 29 mars). I^e reste du département de la Loire-Inférieure, portion des districts de Paimbœuf, Nantes, Machecoul, celui de Clisson tout entier sont au pouvoir d'autres rassemblements commandés par Pajot marchand forain , le chevalier de la Cathelinîère et Loys Guérîn marchand de volailles, Vrignault ancien soldat et ouvrier sellier, M. de Couetus ex-ofQcier au régiment Royal-la-Marine et MM. de Ly rot et d'Esigny, gentilshommes ayant servi, commandants du Leroux. La garde nationale de Nantes, plusieurs fois battue, a évacué tout ce pays et, aux portes mêmes de cette ville, les insurgés établissent des postes avancés à la forêt de Touffou, aux Sorinières et à La Loué.
Dans le département dé la Vendée , MM. de Chouppes et de Bulkeley, ce dernier ancien officier au régiment Irlandais de Walsh (1), Saignard
(1) n est à remarquer que ces deux-là furent pour ainsi dire mis à la tête de l'insurrection par les autorités républicaines. Dans une déposition du juge de paix de la Roche-sur-Yon ,
de Saint-Pal bourgeois des environs de Mareuîl , les frères Savin petits propriétaires à Palluau, Baumler régisseur d'un émigré à Vairé, le chirurgien Joly à laMothe-Achard, occupent les trois districts de La Roche-sur- Yon , de Challans et des Sables ; moins le chef-lieu de ce dernier que' Joly attaqua deux fois sans succès le 24 et le 29 mars, et qui fut sauvé grâce aux secours envoyés par mer de La Rochelle.
Dans le département de Maine-et-Loire, la révolte était aussi grave et non moins victorieuse. Les districts de Saint-Florent, de Cholet et de Vihiers étaient en feu. Le 12, à la suite d'une émeute sanglante qui a eu lieu au tirage au sort à Saint-Florent , un paysan nommé Cathelîneau persuade aux jeunes gens de son village que Tinsurrection est le seul moyen d'éviter les vengeances qu'ils viennent d'appeler sur leurs têtes. Tous les gros bourgs du pays étaient occupés par des détachements de gardes nationales avec de l'ar-
François-Etie Hilaireau , sur les circonstances de la prise de la Roche-sur-Yon, le 15 mars, et le soulèvement des environs, il déclare que ce fut lui qui , sur le bruit répandu , le 17, qu'on allait brûler la ville , prit le parti d*écrire au sieur Bulkeley pour le prier de venir dissiper les attroupés et empêcher Fincendie, » qu'il arriva de suite et s'opposa à tout ce que ces malheureux » se proposaient de faire. » Il termine en disant que pressés à diverses reprises de laisser tuer les prisonniers et piller les maisons de la Roche , « Bulkeley et de Chouppes s'y sont toujours V opposés et que sans eux le pays serait perdu. » (Pap. Gotk^
tillerie. Gathelineau réunit les plus braves et marche contre elles. C'était un simple colporteur, mais « il avait reçu de la nature la première qua- « lité d'un homme de guerre , l'inspiration de ne » jamais laisser se reposer ni les vainqueurs ni » les vaincus. (1) » Le 13, il attaque le bourg de Jallais et s'en empare, court aussitôt sur celui de Chemillé et lui fait subir le même sort.
A la nouvelle de ces exploits le pays se lève. Les gens de Chanzeaux, conduits par un jeune homme nommé Forest ancien domestique d'un émigré, ceux de Maulevrier, conduits par un garde-chasse nommé Stofflet, se joignent à Gathelineau. Ils marchent sur Choie t et s'en rendent maîtres le 14 après un combat très-vif dans lequel le ci-devant marquis de Beauveau, qui commandait les défenseurs de la ville, gardes nationales et dragons du 19™® régiment, perdit la vie ainsi que deux cents à deux cent cinquante des siens. Le 16, ils attaquent Vihiers, où les gardes nationales de Saumur ont rallié les fuyards de Cholet, et s'en emparent également.
Après cette nouvelle victoire la troupe des insurgés grossit encore. Les paysans des environs de Saint-Florent et de Beaupreau, qui ont mis à leur tête deux anciens officiers MM. de Bonchamps et d'Elbée, rallient leurs camarades. Tous ensemble se portent sur Chalonnes et le 21 près
(1) Mémoires pour servir à l'histoire de France sous Napoléon, écrits à Sainte-Hélène, t. VI. (Montholon.J
de vingt mille paysans sont réunis sous les murs de cette petite ville. Les gardes nationales d'Angers et du voisinage y étaient réunies ; sommées de se rendre elles évacuèrent la place qui fut occupée sans coup férir. Les vainqueurs se dispersèrent alors. Les fêtes de Pâques approchaient, ils rempliront librement les devoirs de cette grande solennité religieuse , c'est là leur première conquête ; ensuite ils ont à présent des fusils, de la poudre , des canons même , un surtout qu'ils ont baptisé du nom de Marie-Jeanne et qui sera le palladium de leur armée « chrétienne » et de bouche en bouche volent ces mots , présage d'une lutte terrible : Maintenant viennent les bleus !
D'autre part le pays révolté s'organisait. A l'organisation par districts , cantons et communes se substitua d'elle-même une organisation municipale et militaire très-peu compliquée. Dans chaque paroisse un pouvoir qui, sous les noms divers de comité , comité provisoire , conseil d'administration et de justice, conseil de paroisse, etc., n'est autre que la municipalité conmiunale dont les membres sont changés là seulement où la grande voix de l'insurrection ne les a pas sanctionnés. Au-dessus de ce premier rouage, des comités centraux ou bien des chefs de petites armées, desquels des groupes de paroisses prennent le mot d'ordre ; chacun de ces groupes, nombreux à l'origine, créés sans aucune loi fixe, selon le caprice des masses , quelquefois par suite de consi-
dérations locales, plus fréquemment par suite de l'influence plus ou moins grande exercée par le nom d'un chef plus ou moins connu. Peu à peu du reste par la force des choses les comités centraux disparurent pour laisser la place aux chefs militaires.
Dans chaque paroisse tout paysan est soldat.
Les travaux des champs ne sont point interrompus, ils continuent pendant qu'un certain nombre d'hommes , à tour de rôle , montent la garde au bourg ou au camp duquel la paroisse dépend, ou sur quelques points qui leur servent de postes avancés. Sur ces points ont été réunis tous les moyens de fortification à leur portée , ponts coupés, chemins obstrués d'abattis d'arbres, villages barricadés, etc., etc.
On peut juger le système d'organisation politique du pays par la pièce suivante dont les auteurs ne l'ont point inventé, mais ont évidemment cherché à le régulariser à leur profit. La comparaison de ce document avec les différents décrets de l'Assemblée nationale concernant les municipalités, entre autres la loi du 14 décembre 1789 et le décret du 16 octobre 1791, nous semble offrir un vif intérêt.
» Procès-verbal des délibérations prises par le » suffrage réuni des commissaires des paroisses » qui ont député au conseil de guerre de l'armée » Catholique-Royale , composé à l'Oie et présidé
» par le général en chef de Royrand, chevalier de » Tordre royal et militaire de Saint-Louis.
» Aujourd'hui, 4 avril 1793, Tan I" du règne » de Louis XVII , Roi très-chrétien , les commis- » saires députés des paroisses de Chavagnes, » Saint-Fulgent, Chauché, Saint-André-Gouldois , » Saint-Georges, Montaigu, Boulogne, Sainte-Flo- » rence , les Landes , la Gaubretière , les Essarts , » la Merlatière, la Copechagnière , la Boissière, la » Verie, Mortagne, lesBrousils, Saint-Sulpice-le- » Verdon, L'Hébergement-Entier et la Guyonnière, » soussignés et réunis en conseil avec les géné- » raux, commandants et autres chefs et officiers » composant le conseil de guerre de Tarmée Ga- » tholique-Royalo campée à TOie, formés en as- » semblée délibérante sur les moyens à prendre » pour travailler de concert et avec unanimité à » consolider et à fortifier et perfectionner la bonne » cause pour laquelle ils ont pris les armes , ont » arrêté provisoirement ce qui suit :
Article l".
» n sera formé dans chaque paroisse un con- » seil qui sera composé à raison de sa population, » lequel conseil ne pourra être composé de moins » de trois membres et pas plus de neuf. Pour les » grandes paroisses, il y aura toujours un secré- » taire qui sera sans voix délibérative et ce qui
» émanera offlciellement dudit conseil sera tou- » jours contresigné par ledit secrétaire.
Article 2.
» Tous ceux dont les sentiments et la conduite » ont été reconnus mauvais pendant la malheu- » reuse révolution qui a désolé la France , ne se- » ront point nommés aux conseils. Tous autres » seront élus par acclamation et non par scrutin.
Article 3.
» Le président du conseil sera élu aussi par ac- » clamatîon par les membres dudit conseil, et le- » dit président sera commandant de la force ar- » mée et n'aura que sa voix délibérative.
Article 4.
10 Ledit conseil réunira dans ses mains tous les » pouvoirs pour administrer la chose publique , » en outre celui d'appliquer la force militaire à % l'objet qui pourrait déterminer, une action, » exceptant néanmoins le pouvoir du glaive qui » sera vu par qui il appartiendra.
Article 5.
» Les conseils s'occuperont premièrement de » connaître l'état de leur force armée et de l'or- » ganiser, l'état et la quantité des armes, leurs » ressources en bled, vins, bestiaux et autres ob-
» jets qui sont da ressort de radministration de » la chose publique.
Article 6.
» Il y aura dans chaque paroisse une maison » d'arrêt et les prisonniers détenus seront nourris » à leurs dépens et devront prouver une impos- » sibilité de moyens pour être nourris aux frais » des paroisses.
Article 7.
» Quiconque sera taxé provisoirement par le » conseil à contribuer pour les frais de la guerre » à quelque objet que ce puisse être et qui porte- » rait des plaintes au commandant militaire, ou y> au conseil des paroisses voisines, sera toujours » renvoyé par-devant son conseil.
Article 8.
» Au surplus , n'entendons point entreprendre » sur les pouvoirs des généraux de Tannée et de » ceux de leurs subalternes ni sur la puissance à » eux déléguée par les ordonnances de nos Rois ; » seront libres les généraux d'exécuter tout ce » qui aura rapport au gouvernement de l'armée.
Article 9.
» Nul homme ne pourra prendre le titre de
y> général , ou commandant d'armée ou de
n troupe > s'il n'a les pouvoirs émanés des gêné- » raux reconnus et avoués en cette qualité. Tout » conseil sera tenu de prendre connaissance des » pouvoirs que tout chef de troupe pourrait s'ar- » roger.