ARTICLE
» Quiconque s'arrogerait le titre de général » commandant en chef de troupe sera arrêté par la y> force armée à la poursuite et diligence des com- » mandants et conseils de paroisses, jugé provi- » soirement par iceux , traduit et renvoyé par » devant le général en chef de l'armée de Tarron- » dissement avec procès-verbal des faits et délits.
Article 11.
» Les conseils de paroisses qui n'auront pas les » vivres nécessaires en leur sein seront autorii> ses à s'adresser aux conseils des autres parois- » ses, où ils pourront y envoyer pour s'en procu- *> rer au prix courant.
» Tout ce que dessus a été voulu et accepté et » arrêté par nous commissaires-députés formant » l'assemblée générale , et nous généraux , chefs, » commandants et autres officiers composant l'ar- » mée Catholique et Royale. Fait au camp de TOie, i le 4 avril 1793, Tan !•' du règne de Louis XVII, » Roi très chrétien.
y> Signé à l'original : Sapinaud de la Verie, Char- » les Sapinaud divisionnaire de l'année et com- » missaire de la Gaubretière , de Vaugiraud com- » mandant, Baudry d'Asson commandant, Ver- » teuil major général de l'armée catholique, )o Jean-Félix de Glabat du Ghillou général divi- » sionnaire et maréchal-général des logis de l'ar- » mée Catholique-Royale et conmiissaire de la » Gaubretière et de tous les commissaires des » paroisses ci-dessus dénommées,
» Certifié le présent règlement conforme à l'o- » riginal déposé au camp de l'Oie. Signé : Baudry » secrétaire-général de l'armée Catholique (1). »
On verra plus tard, à la fin de mai, tous les chefs vendéens , pour concentrer leurs moyens d'action, organiser, sous le nom de conseil supérieur, une sorte de haute cour administrative et judiciaire. Mais n'y a-t-il pas lieu de noter dès à présent qu'alors ce tribunal supérieur essayera de casser les conseils de paroisse, pour les reconstituer autrement, invoquant entre autres considérants de son arrêté celui-ci : « que dans plusieurs eny> droits ces conseils se sont formés par des élec- D tiens populaires incompatibles avec les vrais » principes du gouvernement monarchique » (2).
(1) Papiers Goupilleau.
{% RégkmerU général sur la formation des conseils provisoires dans les villes et bourgs du pays conquis. 27 juillet 1793. A Chatillon, de l'Imprimerie Royale du Conseil supérieur.
Il faut remarquer aussi que la liberté d'action intérieure des paroisses ne fut pas moins à l'usage des groupes de paroisses, dont plusieurs se rallièrent successivement à tel ou tel chef, suivant qu'ils y trouvèrent avantage ou convenance.
Ainsi tout le pays insurgé se trouva divisé en une foule de clans armés qui se gardent militairement, correspondent par des courriers qui de proche en proche appellent au combat si une troupe ennemie vient à paraître et du sein desquels s'élève un long cri de colère : il faut en finir, point de prêtres assermentés , point de réquisition, application vraie de la devise : Liberté, Egalité, Fraternité. Et ce n'est pas là une traduction libre des vœux de l'insurrection, c'est la conclusion littérale de documents qui émanent officiellement des premiers attroupements , là où ils ont parlé d'abord autrement qu'à coups de fusUs (1).
(1) En voici trois dont les nuances bien distinctes font d'autant mieux ressortir ce qu'il y a de commun entre eux.
I. Lettre des insurgés de Ghallans aux Administrateurs du district réfugiés aux Sables.
« Ghallans le 14 mars 1793.
< Nos chers frères,
» Nous Yous écrivons les larmes aux yeux et les armes à la » main, nous ne demandons pas la guerre mais nous ne la crai- » gnons pas, si vous nous y provoquez. Quelle suite de grands » malheurs s'offre à nos yeux si vous nous forcez à prendre ce » dernier parti. Nous sommes ici au moins dix-huit mille hom- 9 mes assemblés de toutes les paroisses circonvoisines, et à
Quelles mesures furent prises par les différentes autorités de la République^ Convention, Conseil
chaque minute il en arrive d'autres et il nous en est offert tous décidés à mourir pour la Tictoire. Vous nignorez pas tous les désastres qui affligent la ville de Machecoul et beaucoup d'autres. Nous avons l'avantage de ne pas affliger votre ville à ce point et nous croyons pouvoir nous flatter qu'ils n'ont pas sujet de se plaindre de nos procédés môme les prisonnier^ que nous avons faits et que nous faisons tous les jours de différentes qualités et au nombre de plus de cinquante. Envisagez , nos chers frères , les malheurs auxquels nous allons nous exposer et secondez les intentions sincères que nous avons de faire une bonne et solide paix avec vous si vous voulez nous accorder seulement quelques conditions qui nous paraissent on ne peut plus justes et intéressantes. » Nous demandons 1<* la continuation de notre religion catholique, apostolique et romaine, et, pour cet effet, des prêtres non conformistes dans les paroisses qui composent votre district ou des assermentés rétractés qui seront choisis par char que paroisse.
» ^ Nous demandons qu'il ne soit point procédé au tirement ordonné par la Convention.
» 3<* La suppression des patentes pour toutes espèces de professions, arts et métiers, sans en excepter un seul. » 4<» La suppression de l'arrêté du département qui ordonne aux pères des enfants émigrés ou à leurs parents suspectés de se rendre au chef-lieu du département.
» Finalement nous souhaitons de cœur et d'esprit que la fraternité, la liberté et l'égalité subsistent entre nous dans toute sa force et conséquemment amnistie réciproque. » Nous nous soumettons particulièrement à déposer nos armes dans on magasin afin que ceux sur lesquels elles ont été prises en soient ressaisis.
» Nous attendons votre réponse et sommes vos firères.
» La garde royale composée à Ghallans.
» André prisonnier, —Pierre Fraud p«', — Rivière p«', Baud aîné p", — Legeay aîné p«', — P. Pinel, —P. Rivière p**.— Lequentp*', — Bouninp*', — Genaudeaup", — Renaunaudineaup", —Pierre Gendron p«', — Lesourd p" — G. Clochard p*', — Letenneor, — Letenneur médecin, — Dupleix,
exécutif, administrations départementales, pour éteindre cet incendie ?
P", — Perreau p", — G. Laidin p*',— Boucieu p»', — Moorain p", — Bremaud p", — Berge p*», — Pierre Rauplice, maire de Chateauneuf , p", — J. Morin p«', — F. Yiaud, — Guesneau p", — Clochard p«', — Lambert p«', — Jacques Chanson p»', — Boucard p^', — Pierre MarUneau p*', — Lalande p»*", — de La Roche p«', — Legeay fils p»*, — Pivronp^, Baud p«% — P. Gobetp", — Nicolas Raireau, — Rabaud p», J. Pelletier , — Yrignaud , — Baumler. (Papiers GcupHleau.J
IL Proposition faite aux Corps administratiis de la ville de Nantes , au nom d'insurgés des districts de Blain et de Savenay par le sieur Gaudin-Berillais.
f « Yingt-et-une paroisses rassemblées dans le territoire et dans les environs de Saint-Etienne-de-Montluc, désirant entretenir paix et fraternité avec tous les habitants des autres départements, ont forcé le citoyen Gaudin BériUais d'être leur conciliateur, et demandent conciliation avec leurs frères de Nantes, aux conditions suivantes :
» 1<* Que jamais, et sous quelque forme que ce soit, aucun
tirage de milice ne sera proposé , ni aucune espèce de corvées
quelconques.
» ^ Qu'il ne sera jamais pris de chevaux, ni autres bestiaux,
ou comestibles à qui que ce soit, que de gré à gré avec les
propriétaires qui voudront bien les vendre.
9 S"* Que les impôts seront taxés et assis sur le prisage que les municipalités ont fait et feront des biens et non d'après les arrêtés arbitraires des directoires de districts et de d^wrtement.
9 4« Que , sous quelque prétexte que ce soit, né et à naître, jamais les directoires de districts et de département ne s'ing^ reront, de leur autorité privée, d'attenter à la liberté des citoyens ; et qu'il leur sera môme défendu de requérir la force armée qui ne doit et ne peut mareher que d'après les ordres des tribunaux et des juges de paix.
» 9> Que jamais l'on ne troublera le repos poblio par des visites de gens armés dont journellement ces mômes directoires ne cessaient d'inquiéter les plus recommandaUes citoyens.
» d* Qu'il sera défendu de s'emparer comme on Ta fiit des 9 armes qu'un citoyen peut avoir chez lui pour la garde de sa
La Lionvention rendit d'abord le 19 mars un décret sauvage contre les attroupements contre-ré-
maison et que celles dont on les a privés par cet abus d'autorité leur soient rendues et remises dans la quinzaine.
» 1"* Que pour jamais on ne verra, à six Ueues à la ronde de leurs dernières demeures, les Jourdan, Michel, Courtois et Reubion , ci-devant prêtres constitutionnels dans les paroisses de Saint-£tienne-de-Montluc et de Gordemais ; qu'il en sera de même de ceux des paroisses de Guenrouet, Yigneux, le Temple et autres, dont on a sujet de se plaindre pour la désunion qu'ils mettent dans le pays.
» 8« Que la pleine et entière liberté du culte ne sera troublée sous quelque raison que ce soit , qu'ainsi tout prêtre non assermenté jouira de toute sûreté publique; qu'en conséquence de cette pleine liberté qui leur est acquise par la loi, toutes les églises paroissiales, succursales , oratoires , leur seront ouverts pour y célébrer publiquement les offices de leur religion. Chacun paiera son ministre et sera maître de le choisir. » 9° Que dans la quinzaine au plus tard , il sera convoqué des assemblées primaires de tous les citoyens quelconques pour nommer de nouveaux électeurs et qu'on n'y gênera pas les suffrages, comme ci-devant, par de mauvaises chicanes et des abus d'une autorité despotique où l'on employait des menaces pour contraindre les opinions.
» 10° Que sitôt cette opération finie, tous les ci-devant membres des directoires et des tribunaux des districts de Blain et de Savenay seront changés et renouvelés par une nouvelle élection.
» 11<» Que jamais les prêtres constitutionnels et autres ne pourront y être admis, sous quelque titre que ce soit, ni même reçus à voter dans les assemblées primaires et autres de leurs paroisses.
9 12° Qu'il leur sera expressément défendu de s'immiscer jamais dans les affaires temporelles.
» 13^ Que tous les citoyens jouiront pleinement de la liberté de penser, de parler et d'écrire sur toute matière et sur quelque personne que ce soit, sauf à ceux qui s'en trouveraient blessés de les poursuivre juridiquement s'il y a lieu. » ÎA'^ Que sous peine de destitution de leurs charges et emplois, les directoires de district et de département ne feront
volutîonnaires : tous prévenus d'en avoir fait partie étaient mis hors la loi ^ déclarés incapables de
pas vexer ni tourmenter des citoyens des plus recommandablés pour des propos vagues, pour d'infâmes suppositions faites par des dépositions encore plus infâmes , et môme les tribunaux auront Tordre de ne pas traiter au criminel (sic.) des libertés permises et promises à tout citoyen par cette môme loi dont ils ont souvent abusé pour satisfaire leur inimitié particulière ou celle de leurs protégés.
» i^" Que chaque paroisse aura cinquante hommes continuellement armés pour la sûreté publique et générale , lesquels hommes seront choisis à la pluralité des voix.
» n paraît superflu de parler des suites terribles et môme inévitables que peut arrôter une prompte conciliation. C'est la seule espérance de l'obtenir qui a pu déterminer ledit Gaudin- Bérillais à se charger d'une médiation qui, toute glorieuse qu'elle soit, et malgré la sincérité de ses bonnes intentions, peut lui faire des ennemis. Hais s'il peut parvenir à empocher l'effusion du sang de ses frères, quel triomphe pour ses longs services I D prie seulement d'observer qu'une prompte réponse est indispensable pour calmer un peuple nombreux , qui , désormais , n'a plus de frein , et qui ne veut en ce moment écouter aucune espèce de représentations , étant toujours prôt d'accuser de trahison quiconque refuse de le seconder dans sa fureur.
» Â Saint-£tienne-de-Montluc , le 14 mars 1793.
« J.-A. Gaudin-Bérillais »
( Gaudin-Bérillais et sa négociation, par M. Alfred Lallié. Nantes, 1867.)
lU. Proclamation du Peuple en réponse à la proclamation des Corps administratifs, en date du 14 mai 1793, intitulée : Adresse aux habitants des campa^gnes,
< Les Corps administratifs veulent nous effrayer sur les arme- » ments formidables des puissances étrangères, tandis que nous » les appelons à grands cris et que nous leur tendons les bras , » bien certains qu'ils sont nos amis. Us veulent nous faire croire » que nous aurons à nous combattre avec nos frères , non , la » majorité des gardes-nationaux pensent comme nous. Plusieurs » ainsi que plusieurs habitants des campagnes ont été égarés par
profiter des dispositions légales concernant la procédure criminelle et Tinstitution des jurés.... Des commissions militaires, établies dans chaque division de Tannée , devaient &ire exécuter dans les vingt-quatre heures ceux pris les armes à la main; les tribunaux criminels des départements infligeaient la même peine et la disaient exécuter, dans le même délai, contre ceux arrêtés sans armes Devant l'une ou l'autre de ces juri-
des prêtres schismatiques qui ont abandonné leur Religion, mais nous apprenons que déjà ils sont éclairés , tous vont se réunir à nous , qu'ils viennent nous oublierons tout ce qui s*est passé.
» Les Corps administratifs nous invitent à mettre bas les armes, nous n'en ferons rien et nous nous donnerons bien garde de le faire , qu'au préalable ils nous aient proposé , motivé et assuré des voies de conciliation conformes aux vœux du Peuple. D'ailleurs il faut que les Corps administratifs de Nantes s'entendent avec les Corps administratifs des départements voisins tels que Fontenay , Angers , etc.
» La milice n'est pas le seid objet qui nous fait lever tout entier, il en est d'autres au moins aussi graves , tels que les actes arbitraires en tout genre, que se permettent depuis longtemps les Corps administratifs ; il n'y a pas d'agitateurs parmi nous, pendant les six premiers jours que nous avons été assemblés, quoique nous ayons été au nombre de plus de vingt mille , il n'y avait pas un seul individu qui ne fut un paysan. Il est unique qu'il ne s'y soit pas trouvé un seul bourgeois, un seul noble , c^est à coup sûr une permission de Dieu qui nous a ainsi tous réunis , comme c'est tous pour le môme objet. Venez donc à nous tous nos frères , ne soyons plus divisés , ne nous servons plus de cette expression d'aristocrate et de démocrate , réunissons-nous tous à la môme opinion , nous abhorrons le sang, mais nous sommes las du joug qui nous accable. » Fait en comité, à Remouillé, le 19 mars 1793.
» Ouvrard , — De Kémar. — P. Guichet, — J. Loiret. »
(Papiers GowpUleau.)
dictions, un procès-verbal revêtu de deux signatures ou d'une seule confirmée par un témoin, ou bien une déposition de deux témoins, établissait le caractère du délit qui entraînait la mort dans les vingt-quatre heures et de plus la confiscation des biens du condamné... Quelques jours après, par deux décrets en date des 23 et 25 mars, elle enjoignit au conseil exécutif de prendre les mesures nécessaires au rassemblement des forces les plus considérables, pour dissiper les rebelles attroupés, et mit à la disposition du ministre de Tintérieur une somme de deux millions, pour couvrir les dépenses résultant des mesures extraordinaires à prendre à cet effet. Puis, trop occupée de la lutte engagée dans son sein entre la montagne et la gironde , elle ne prêta plus qu'une attention distraite à la Vendée, pour écouter les nouvelles contradictoires qui en arrivaient, ou y envoyer tel ou tel de ses membres en mission.
Le conseil exécutif fit peu de choses. D'après la « Répartition des armées de la République arrêtée » par le conseil exécutif provisoire, le l*' mars » l'an II de la République française (1) », des neuf armées décrétées le 1" octobre 1792, deux n'existaient que sur le papier. L'une, l'armée des côtes (12% 13% 14* et 15* divisions militaires), de-
(1) Moniteur, n» 82.
vait garder les côtes de TOcéan et de la Manche depuis Tembouchure de la Gironde jusqu'à celle de la Somme. A peine y avait-il quelques bataillons dans les principaux ports de mer et dans les îles de TOcéan, et quelques dépôts vides disséminés sur ce vaste territoire ; on devait y joindre quarante et un mille et quelques cents hommes du iK)uveau recrutement pour former cette armée aux ordres du général de La Bourdonnaye. L'autre, l'armée de réserve ( 17% 18% 19% 21% et 22* divisions militaires), comprenait les forces quelconques pouvant exister dans les départements de l'intérieur. Son commandement n'était qu'un titre fictif dévolu au général de Berruyer, commandant le département de Paris. Les ministres réunis firent et défirent des plans de campagne qui ne servaient à rien, et parvinrent à grand'peine à envoyer en mars et avril un peu moins de quatre mille hommes qui passèrent presque tous en Bretagne (1). En définitive, le ministre de la guerre ordonna au général La Bourdonnaye de porter son quartier général à Rennes et d'exterminer les rebelles sur la rive droite de la Loire. Berruyer, envoyé à Orléans pour quelques troubles insignifiants, reçut l'ordre de se porter
(1) Exposé succinct des mesures prises par le Conseil exécutif provisoire à l'égard des troubles de la ci-devant Bretagne, de la Vendée et autres départements limitrophes. — A Paris, de l'Imprimerie de la Gazette de France ncetionale , rue du Marais, n° 2, faubourg Saint-Germain, MDCCLXCJII (sic.)
à Niort pour remplir le même office sur la rive gauche. Il partit de Paris avec quinze pièces de canon, la SB** division de gendarmerie, et quelques fédérés de province. Par suite de nouveaux ordres, il établit son quartier général à Angers et le général Beaufranchet d'Ayat vint à Fontenay conunander une division de l'armée de réserve, qui prit le nom d'armée de la Vendée.
On donna à ces officiers quelques généraux de brigade et adjudants- généraux , pour conduire sous leurs ordres les bataillons de gardes nationales que les administrations de tous les départements, compris dans leurs commandements, durent solder et envoyer à la hâte avec tous les gendarmes disponibles. Le ministre de l'intérieur mit des fonds à leur disposition , pour acquitter les dépenses nécessitées par ces mesures.
En somme , la responsabilité renvoyée par la Convention au conseil exécutif, par le conseil exécutif aux administrations départementales , retombait lourdement sur ces dernières et en particulier sur celles des départements insurgés. Elles firent tant bien que mal tout ce qu'elles purent. Elles parvinrent à habiller, armer et solder le
plus de monde possible. Par de nombreux commissaires envoyés dans tous les départements voisins, elles obtinrent des secours en gardes nationales et munitions de guerre , les firent arriver sur le théâtre de la lutte et travaillèrent sans re-
lâche à les approvisionner de toutes façons. Malheureusement pour leur mémoire, les fantômes de la peur hantèrent trop souvent le siège de leurs séances. On ne peut attribuer qu'à ses hideuses inspirations tant de mesures que l'humanité doit réprouver à jamais : arrestations de suspects , d'otages , responsabilité de femmes , de vieillards et d'enfants des actes commis par d'autres individus pouvant avoir avec eux quelques liens de parenté (i).
Du reste l'action de ces administrations départementales dura peu, elle s'effaça bientôt devant l'autorité dictatoriale des conventionnels en mission. Parmi ces derniers se trouvèrent, à côté d'énergumènes insensés, des hommes animés de bonnes intentions ; mais soit ref&oyable tentation de Tomnipotence , soit la pression exercée par le
pouvoir central sur leur manière d'agir , la plupart ne procédèrent que par l'intolérance et parla force. Les deux premiers qui parurent, ayant été désignés pour suivre les opérations du recrutement dans la Vendée et les Deux-Sèvres, arrivèrent
(1) Du 5 au 30 mars les conseils généraux des quatre départe» ments de la Vendée , des Deux-Sèvres , Maine-et-Loire et Loire- Inférieure prirent tous des arrêtés contenant ces dispositions. U y eut toutefois des degrés dans cet assaut d'illégalité. Ainsi la Loiro-Inférieure proclamait, en outre, le partage des biens des rebelles entre les gardes nationaux chargés de les combattre (11 mars) , et l'établissement d'un tribunal extraordinaire jugeant sans appel et de cours martiales (13 mars), alors que Maine-et- Loire se bornait à demander qu'on lui accordât « momentanément un tribunal d'abréviation. » (17 mars.) (Archives de ces départements.)
le 25 à Fontenay. Le 26 Téchafaud se dressait sur la place de cette ville et quatre paysans pris à Ghantonnay y montaient. L'un d'eux, qui était un tout jeune homme, y parut comme le type de cette race indomptable. Il voulut être exécuté le dernier et , couvert du sang de ses compagnons qu'il avait encouragés jusqu'à la fin, il parla au peuple. Dans son patois inculte, mais avec une éloquence saisissante , il l'adj ura de ne point suivre ceux qui s'attaquaient à Dieu même , le menaça des vengeances célestes que le sang des justes attirerait sur leurs têtes, puis calme et tranquille, il fit le signe de la croix, et plaça lui-même sa tête sous le couteau. La foule parut impressionnée de ce lugubre spectacle , mais les exécutions n'en continuèrent pas moins ; et quelques jours après , les Sables ayant réclamé la machine à décapiter, on s'empressa de demander celle de Niort. L'administration des Deux-Sèvres répondit que « Saînt- » Maixent avait déjà fait la mênie demande, mais » que pour tout concilier le conseil ordonne de » confectionner cinq guillotines (1). » Dans l'espérance de les abreuver d'un sang moins plébeïen , les deux conventionnels mirent à prix à 6,000 livres la tête de chaque chef de révoltés (2).
(1) Séance du conseil général du département des Deux-Sèvres du 6 avril. [Arch. du département des Deux-Sèvres.)
(2) Seconde proclamation des commissaires de la Convention nationale dans les départements des Deux-Sèvres et de la Vendée. — Aux Sables, chez J. Ferré, imprimeur du district.
Voici au commencement d'avril le tableau des
forces républicaines qui vont combattre la Vendée. Nous ne parlerons plus des opérations sur la rive droite de la Loire , où on parvint en mars et avril à apaiser le soulèvement de la Bretagne.
L'armée de Berruyer compte environ vingt mille hommes divisés en quatre corps. Celui du centre, commandé par le général Duhoux , marche sous ses ordres immédiats ; à sa droite Gauvilliers , colonel de la garde nationale d'Angers ; à sa gauche le général Leygonier; enfin le lieutenantcolonel Quetineau, qui commande les forces réunies dans les Deux-Sèvres, doit relier la droite de l'armée de la Vendée à la gauche de Leygonier. Elle se compose de gardes nationales et de gendarmes des départements de Maine-et- Loire , Sarthe , Mayenne , Orne , Eure-et-Loir , Loiret, Loir-et-Cher, Indre-et-Loire, Indre, Vienne, Deux-Sèvres; de la 35"' division de gendarmerie, du 19* régiment de dragons, d'une partie d'un bataillon dit des Marseillais (1) , d'un bataillon de fédérés du Finistère et de quelques autres fédérés de province.
L'armée de la Vendée compte environ dix mille
(1) 16* bataillon d'infanterie légère, créé par décret du 5 mars 1793, et formé d'une compagnie des Marseillais du 10 août, réunie à des compagnies franches du midi. Requis pour la Vendée, pendant qu'il se dirigeait sur l'armée des Pyrénées, il y fut pai> tagé entre les corps de d'Âyat, Boulard et Quetineau.
hommes, en deux corps, sous les ordres des généraux Beaufranchet d'Ayat à Fontenay, et Boulard aux Sables. Elle se compose de gardes nationales et de gendarmes des départements de la Vendée , Deux- Sèvres , Vienne , Charente -Inférieure, Charente, Haute-Vienne, Corrèze, Dordogne, Gironde, Lot-et Garonne, d'un bataillon du 60* de ligne, d'un bataillon du 110* et du reste du bataillon des Marseillais.
Non compris dans ces trente mille hommes quelques gardes nationales des cantons qui bordent le pays insurgé et s'y tiennent sur la défensive, non plus qu'un petit nombre d'habitants de ce pays réfugiés au dehors et dont on forma des compagnies actives. Il était venu un plus grand nombre d'hommes, mais les administrateurs de Maine-et-Loire et des Deux-Sèvres avaient renvoyé dans leurs foyers tous ceux qui étaient complètement impropres au service militaire.
Au 10 avril, date de l'état de situation ci-dessus, toutes ces forces sont en mouvement sur le théâtre de la lutte. Quelques bataillons de volontaires envoyés par le conseil exécutif, ou de gardes nationales fournies par des départements plus éloignés , sont encore en marche pour y arriver : 5* bataillon de la Marne , 8* bataillon du Var, gardes nationales et gendarmes des départements de r Allier, de la Nièvre, de Saône-et- Loire, etc.
Le centre de gravité de Tinsuirrection, si Ton peut s'exprimer ainsi, avait été jusque là dans le département de la Vendée ; à partir de ce moment il se déplace et se fixe définitivement dans la partie révoltée de l'Anjou. Par suite de l'établissement à Angers du quartier général de l'armée de réserve, ce fut là que s'exercèrent les plus grands efforts de compression, ils y développèrent la plus grande force de résistance. Cette partie du bocage était d'ailleurs du plus difficile accès, par suite de la nature accidentée du terrain et du défaut de routes, par-dessus tout habitée par une race d'hommes remarquablement énergique et profondément religieuse.
Le 11 avril, Berruyer attaquait vigoureusement
Saint-Pierre-de-Chemillé ; Gauvilliers s'avançait en combattant sur Beaupreau et Leygonier sur Yezins; Quetineau revenait de la Châtaigneraie, par la Forêt-sur-Sèvre, pour se relier à la gauche de Leygonier. De ce côté un nouveau poids vint tomber dans la balance des événements.
Près de Bressuire, se cachait comme suspect chez le marquis de Lescure son cousin, un jeune homme, Henri de La Rochejaquelein , dont le nom allait en quelque mois passer glorieux à la postérité. Agé de vingt ans, bouillant et plein d'ardeur, dès qu'il apprit la victoire du 19 mars, il accourut au camp de FOie pour se joindre aux insurgés , et s'adressa au chevalier de la Verie, auquel il demanda de le prendre pour aide-de-camp. Sapinaud devina un héros sous cette figure d'enfant et, après quelques instants d'entretien, il refusa l'offre du jeune homme en lui disant : Vous êtes fait pour commander et non pour être commandé. Puis il l'engagea à user de l'influence que son nom lui donnait aux environs du château de la Durbellière, domaine de sa famille, pour se mettre à la tête des paysans des environs de Chatillon évidemment dévoués à la révolte , bien que sous le coup de la répression terrible de 1792 ils n'eussent pas encore bougé. Il est vrai que le directoire des Deux-Sèvres, effrayé par l'explosion du soulèvement en Vendée, occupé d'y envoyer des secours, avait suspendu provisoirement les
opérations du recrutement, ordonnant seulement Touverture permanente dans chaque municipalité de registres pour les inscriptions volontaires. La Rochejaquelein fut vite convaincu, Sapinaud lui donna un peu de poudre et il partit vers Ghatillon avec le jeune Baudry d'Asson. Comme ils y arrivaient, l'ordre d'effectuer le recrutement était venu de Niort, Quetineau avec une colonne approchait, M. Henri que tous les paysans connaissaient se déclara prêt à marcher à leur tête, c'était plus qu'il n'en fallait.
Dans la nuit du 12 au 13 avril le tocsin sonna dans toutes les paroisses voisines de la Durbellîère, et le lendemain matin le nouveau général adressait à quatre ou cinq mille paysans cette harangue si connue, chef-d'œuvre d'éloquence militaire : « Mes amis, si mon père était ici, vous » auriez confiance en lui ; pour moi, je ne suis » qu'un enfant 9 mais par mon courage je me » montrerai digne de vous commander. Si j'a- » vance, suivez-moi; si je recule, tuez-moi; si je » meurs, vengez-moi. » Quetineau était tout près de là au village des Aubiers. Attaqué avec fureur, il fut battu à plate couture, perdit son artillerie, ses munitions , beaucoup de fusils et beaucoup de monde. Le choix de la meilleure tactique pour profiter de cette victoire n'était pas embarrassant pour un général de l'âge et du tempérament d'Henri de La Rochejaquelein : le canon grondait du côté de Yezins il courut au canon.
L'armée de Berruyer faisait des progrès. Après plusieurs combats appelés par lui, dans ses rapports secrets, des victoires chèrement disputées et chèrement achetées, il s'était établi à Chemillé et ses lieutenants étaient parvenus au prix de semblables efforts à emporter Beaupreau et Vezins. Refoulés jusqu'au delà de Cholet, Cathelineau, Bonchamps, Stofflet et d'Elbée reprirent l'offensive avec La Rochejaquelein et quelques contingents du camp de l'Oie. Le i8, le 19 et le 20 on se battit avec acharnement entre Nuaillô et le château du Bois-GroUeau. Leygonnier fut vaincu, forcé de se replier, l'honneur sauf toutefois, grâce à deux compagnies des grenadiers de Saumur et do Montreuil qui couvrirent sa retraite. Cernées dans le Bois-GroUeau , elles ne se rendirent qu'après avoir combattu pendant deux jours entiers et lorsqu'elles n'eurent plus un morceau de pain ni une cartouche à se mettre entre les dents, Gauvilliers fut plus malheureux ; attaqué dans Beaupreau, le 22 et le 23, il éprouva une déroute complète. Abandonnant à l'ennemi toute son artillerie , tous ses bagages et une grande quantité de munitions de guerre et de bouche, il se sauva derrière la Loire. Berruyer, se trouvant en l'air par suite de ces défaites , se replia sur les ponts de Ce pour couvrir Angers et fit replier Leygonier jusqu'à Doué pour couvrir Saumur.
Que se passait-il pendant ce temps au centre et dans la basse Vendée ?
Au centre, la rivière du Lay et le ruisseau du Loing formaient la limite du pays insurgé. Beaufranchet d'Ayat avait placé le général Ghalbos a La Châtaigneraie, et Canier, aventurier anglais, faisant fonction d'adjudant-général, à Sainte-Hermine. Tous deux occupaient des postes au sud de cette ligne, les Vendéens se fortifiaient au nord. Le Pont-Charron et Mareuil, les deux principaux passages du Lay, fortement occupés par eux, couvraient Tun le district de Montaigu^ Tautre le district de la Roche-sur-Yon. Il n'y eut de ce côté que des escarmouches nombreuses, mais peu importantes, sauf deux combats à La Châtaigneraie. Deux fois, le 10 et le 12 avril, M. de Verteuil, ancien sous-lientenant au régiment de Languedoc, commandant le poste avancé du camp de TOie à Chantonnay, essaya d'en déloger Ghalbos; il ne put y parvenir et fut repoussé chaque fois. Les forces républicaines n'étaient pas suffisantes pour enlever les passages du Lay ; elles ne se trouvèrent en mesure de l'essayer qu'à la fin du mois d'avril, alors que par les soins des représentants en mission une troisième division de l'armée de la Vendée eut été formée à Luçon. Les insurgés manquaient de munitions depuis qu'ils n'en prenaient plus à l'ennemi, s'occupaient avec beaucoup de dificultés à fabriquer eux-mêmes de la poudre et des balles et restaient sur la défensive. Le camp de l'Oie, position centrale^ se tenait prêt
à envoyer des secours de côté et d'autre. Une lettre de Sapinaud aux commandants de la Rochesur-Yon explique bien cette situation :
« Vous recevrez ce soir ou demain , Messieurs, » un ordre du général Royrand qu'il vous a fait » passer avant son départ. Quant à ce que vous » demandez dans ce moment ^ je ne le puis, ve- » nant de fortifier nos postes avancés à Ghanton- » nay. Quant aux munitions de guerre, nous <c sommes obligés indispensablement de les garder » pour nous , n'en ayant précisément que ce qu'il )) nous faut. Je vais donner connaissance des » besoins de Mareuil à M. de Verteuil à Chanton- » nay. Le général Royrand actuellement à Saint- » Fulgent, partira demain pour Montaigu pour » des affaires indispensables. Vous devez. Mes- » sieurs, avoir à la Roche de quoi tenir vos » prisonniers, je ne puis les recevoir à l'Oie, » n'ayant aucun lieu pour les y retenir. La » lettre de M. de Royrand vous apprendra Theu- » reux succès de nos armes, hier, entre le » Bois-GroUeau et Nuaillé. Messieurs, nous avons » aussi ici connaissance d'une vive canonnade » sans avoir pu deviner d'où elle partait. M. de » Boisjouant, gentilhomme breton, est parti ce )> matin de notre camp pour les Sorinières. Je » suis seul ici dans le moment avec M. de Puy- » raveaux , tous nos commandants étant employés
» en différents postes. Rairie avec deux de nos » messieurs sont à Gholet, les autres à Cbanton- » nay et ses environs.
» J'ai l'honneur d'être, Messieurs, votre três- » humble et très-obéissant serviteur.
» Sapinaud de la Verie.
» A l'Oie, ce 20 avril, 7 heures du soir, 1793. »
» Je vous crois plus à portée que nous de don- » ner des secours à Mareuil. Ce matin nous avons » eu un courrier de Palluau qui nous annonçait » que M. Savin se portait sur S*-Christophe (1). »
Mareuil réclamait des renforts pour enlever le poste républicain des Moutiers-sur-le-Lay , dont la prise importait à sa sécurité. Le camp de l'Oie envoya un détachement et les Moutiers furent emportés de vive force le 26 avril.
Dans la basse Vendée , le général Boulard ayant sous ses ordres, aux Sables, quatre à cinq mille hommes soutenait vaillamment la lutte. Avec cette poignée de monde il avait pris l'offensive. Attaqué ou attaquant, à la Grève le 7 avril, à S*-Gilles le il, à Ghallans le 13, à Saint-Gervais le 15, il était toujours resté vainqueur, mais il avait ensuite rétrogradé n'ayant pas des forces suffisantes pour s'emparer de l'ile de Noirmoutiers. Aussitôt après, il s'était mis en mesure de lier ses opéra-
(1) « A messieurs les commandants à la Roche-sur-Yon. » (Pap. Goupilleau.)
— cotions avec une des divisions de Tarmée des côtes, pour ouvrir la communication interrompue entre les Sables et Nantes ; car de ce côté un nouvel assaillant se précipitait sur la Vendée. C'était la division du lieutenant-général Ganclaux , que l'apaisement des troubles de la Bretagne laissait libre désormais d'opérer au-dessous de la Loire. Elle était composée de gendarmes et de gardes nationales de la Loire-Inférieure et d'Ile-et-Vilaine , de bataillons de volontaires de la Charente, de la Manche et de l'Orne, et des 4% 34* et 39" régiment de ligne, avec de l'artillerie de Paris. Ces troupes s'augmentèrent ensuite de quelques bataillons des Côtes-du-Nord , de là Mayenne, de Seine-et-Oise , de la Seine-Inférieure , de Seine-et- Marne et du 109* de ligne.
Le 19 avril, Tadjudant-général Beysser était sorti de Nantes avec trois mille hommes d'infanterie , deux cents de cavalerie et huit pièces de canon. Après deux combats violents , Machecoul tomba en son pouvoir le 22.
Là fut découverte une horrible tache de sang dans les fastes de l'insurrection. Au moment du soulèvement, sur différents points, quelques prêtres assermentés, un certain nombre de patriotes, comme s'appelaient les partisans de la Révolution, et de gendarmes, qui avaient voulu résister, avaient péri. A Machecoul seulement les fureurs de la vengeance survécurent
aux colères de la première heure. Le comité central établi dans cette ville et présidé par Souchu , espèce de Marat contre-révolutionnaire , s'érigea en tribunal de représailles. Les comités de paroisses en dépendants versaient le contenu de leurs prisons à celle du comité central de MachecGul. Tous ces malheureux y étaient condamnés à mort et fusillés. Environ quatre cents, parait-il y périrent du 10 mars au 22 avril (1). Hélas I Qui peut dire où s'arrêteront les passions des hommes quand elles sont surexcitées au delà de toute mesure? Puissions-nous du moins, puissent nos arrières neveux, voir rayer de Thistoire à venir cet inexorable vas victîs, ressouvenir affreux de la barbarie la plus reculée!
Les autorités révolutionnaires en abusaient aussi
(1) Chiffre extrait d'une lettre, en date du ^ avril, de Wiéland commandant d'un bataillon de grenadiers do Nantes, l'un des vainqueurs du 22. {Pap. Goupilleau.)
On ne saurait flétrir avec trop d'indignation ces horrible tueries que rien n*excuse, pas môme ce qui les exphque, à savoir les souvenirs de septembre que Souchu invoquait, dit-on, ainsi que les atrocités commises par des gardes nationales au mois de mars et qui furent plus tard constatées juridiquement à Paris dans le jugement du comité révolutionnaire de Nantes (frimaire et germinal an m.) Ce n'est pas une raison cependant pour ne pas signaler l'exagération évidente du récit conforme à la déclaration de Boullemer, juge de paix de Machecoul. C'est au Mans, au mois de novembre, que les représentants la reçurent et la firent imprimer à quantité d'exemplaires pour l'envoyer dans toute la France. Combien d'auteurs l'ont déjà répétée textuellement, sans la confronter avec d'autres documents , sans parler ni de sa date ni des circonstances dans lesquelles elle fut rédigée.
cruellement vis-à-vis du reste de la Vendée qui n'était pas comme Machecoul indigne de pitié. Le décret du 19 mars est exécuté au pied de la lettre ; à la suite de chaque division de Tannée fonctionne une commission militaire ; le glaive de la loi, suivant l'expression du jour, frappe, sans desemparer, coupables ou innocents ; à Tégard de ces pauvres paysans, il n'y a plus de droit des gens, les parlementaires sont envoyés à l'échafaud ; et les tribunaux criminels cherchent encore à aggraver les dispositions draconiennes du décret qui couvre tant d'exécutions. Les témoins oculaires ne l'attestent que trop : « Aussitôt pris, aussitôt guillotiné. » Je t'écris d'une main tremblante. La guerre est » affreuse, on se tue, on se déchire, mais enfin on » se défend. Les exécutions après le combat sont » d'une autre nature et ces exemples qu'on fait dans » l'espoir d'arrêter le mal à sa source sont terri- » blés (1). » — « Nous sommes entrés à Machecoul » à dix heures ce matin , après avoir tué et perdu » bien du monde. Les prisonniers passent à l'in- » stant même à la commission militaire. Elle juge, » on fusille (2). » — «La guillotine va sans cesse aux
(1) Lettre de Goulet employé à rarmée de Berrayer du !•' avril 1793. ( Collection F, Grille.)
La collection de documents sur la Révolution, recueillie par M. François Grille, est bien connue de tous les bibliographes. Il Ta léguée à la ville d'Angers, après en avoir utilisé une partie dans des ouvrages dont la plupart sont déjà devenus rares.
(2) Lettre de Vernes, volontaire national, du 22 avril 1793. ( Collection F. Grille. )
» Sables^ mais on ne prend que les petits coupa- » blés, on ne peut joindre ni atteindre les chefs. » Nous avons le chagrin d'avoir mon voisin Ca- » vois perdu, il a été exécuté hier. Toute la ville » de Saint-Oilles a attesté son innocence , mais » soit qu'il y ait eu des délits que nous ne con- » naissions pas ou autrement , c'en est fait de » lui (1). » — Le jour de la première attaque des Sables par Joly, une sommation aux autorités de la ville fut apportée par Jean Arnaud, maréchal-taillandier, de la paroisse d'Âizenay , âgé de dix-huit ans. Retenu malgré le titre de parlementaire dont la lettre de Joly invoquait le bénéfice en sa faveur, il fiit condamné à mort par la commission militaire des Sables, le 5 avril, et exécuté le même jour (2).— » Je vous prie^ citoyen ministre, de me dire si les » accusés qui sont restés en état d'arrestation, » d'après la dernière disposition de l'article YI » du décret du 19 mars dernier, peuvent être de » nouveau poursuivis et jugés , si par suite on D trouve des preuves suffisantes pour les con- » vaincre de meurtre , incendie ou pillage , ou s'il » Mt nécessairement attendre à leur égard un » décret de la Convention nationale. Quant à ceux » contre lesquels on n'acquérerait par la suite » aucune preuve, je vous prie, citoyen, de vou-
(1) Lettre du juge de paix de Saint-GiUo, réfugié aux Sables, 28 avril 1793. (Pap. Goupilleau.)
(% Greffe de la ville des Sables.
» loir engager la Convention à ne statuer sur leur » sort qu'après la paix, car nous avons fait la » cruelle expérience que ce serait multiplier nos » ennemis, puisque nous avons la certitude que » plusieurs de ceux qui ont été élargis sont allés » sur le champ se joindre aux brigands (l). »
Enfin, on ne peut en douter, le mot d'ordre est point de quartier. Car un jour que Boulard, aussi humain que brave, prenait les ordres d'un représentant pour répondre à une demande d'échange de prisonniers, il recevait la réponse suivante : « Il n'y a aucune réponse à faire à la pro- » position d'échange des prisonniers , ceux que » nous avons faits sont des scélérats, ceux que » l'on nous a faits sont de braves gens, il ne peut » là y avoir de compensation. Traiter avec des » brigands , ce serait reconnaître leur puissance ; » nous devons nous attacher à les exterminer et » ne rien écouter d'eux qu'ils ne mettent bas les » armes et qu'ils nous livrent leurs chefs (2). »
A ces odieux détails on éprouve le besoin d'opposer le récit de faits plus consolants pour l'humanité. Les grenadiers de Saumur et de Montreuil, pris au Bois-GroUeau , éprouvaient à Morta-
(i) Lettre de Taccusateur public près le tribunal criminel du département de la Vendée au ministre de la justice. Avril 1793. {Pap, Goupilleau,]
(â) Lettre du représentant Ph.-Ch.-Ai. GoupiUeau au général Boulard. Des Sables, 27 avril Tan U de la République. {Pap. GoupiUeau.)
gne un traitement digne du courage qu'ils avaient déployé. N'eussions-nous pas le droit de rappeler que Mortagne et ses environs étaient sous les ordres de M. de Sapinaud qui, du camp de TOie, ne cessait d'y exercer l'influence du commandement supérieur, que nous opposerions également le témoignage de ces braves gens aux assertions du farouche conventionnel. Le 1" mai, deux de ces grenadiers nommés Huguet et Frémery se présentèrent, à Doué, au général Leygonier et à la commission civile; ils apportaient une lettre de leurs camarades, datée de Mortagne le 29 avril et ainsi conçue :
« Citoyens,
y> Nous vous prévenons que notre compagnie et » celle de Montreuil ont reçu l'ordre du général » Leygonier, le 17 de ce mois, de se rendre au » château de Bois-Grolleau, près Cholet, d'occuper » le poste et de le garder. Nous avons été faits » prisonniers le 20 , conduits au château de Gho- » let et de là, le même jour, dans une commu- » nauté de bénédictins à Mortagne. C'est avec un » vrai plaisir que nous publions les procédés hon- » notes et humains que nous avons reçus et que » nous recevons chaque jour des généraux et com- » mandants de l'armée des Catholiques. Nos blés- )) ses et malades sont aussi bien traités qu'ils » pourraient l'être dans un hôpital militaire ; nous
i> sommes persuadés que vous traitez de même » les prisonniers que vous avez. Nous avons lieu » de croire que vous pourriez nous tirer de notre » prison en proposant les arrangements que vous » croiriez convenables. Vous sentez combien nous » sommes nécessaires à nos femmes et à nos en- » fants. Nous nous en rapportons à votre zèle et » à votre prudence pour prendre une résolution » définitive qui rappelle des pères au sein de » leurs familles. Nous sommes soixante-cinq gre- » nadiers de Saumur et quatre-vingt-deux de Mon- » treuil. Nous chargeons nos camarades nommés » par les généraux de vous remettre la présente » missive ; ils se chargeront de votre réponse (1). » Leygonier rendit compte an ministre de la guerre et au président de la Cionvention, disant que les deux envoyés avaient donné leur parole d'honneur de retourner prisonniers s'ils n'obtenaient une réponse dans un délai fixé. Nulle réponse n'arriva et, quoiqu'on put leur dire, Huguet et Frémery repartirent. A la même époque un négociant de Nantes, Haudaudine, envoyé avec deux autres, pour proposer de la part des Vendéens l'échange de trois cents prisonniers de l'armée de Gharette détenus à Montaigu, donna
(1) Guerre des Vendéens et des Chouans contre la République française , par un officier supérieur des armées de la République.
le même exemple de fidélité à la foi jurée. Les prisonniers de Mortagne, comme ceux de Montaîgu, sont rentrés sains et saufs dans leurs foyers.
Malgré la prise de Machecoul, et la formation à Luçon, avec quelques renforts, d'une troisième division de Tarmée de la Vendée , la retraite de Berruyer et les défaites de ses lieutenants assuraient le triomphe momentané de la Vendée. Le 27 avril, trois commissaires du département de Maine-et-Loire parurent à la barre de la Convention, et, dans un rapport pathétique, exposèrent toute la gravité de la situation.
« Que vos embarras de Paris et du Rhin ne vous » détournent pas de ceux de l'Ouest , » écrivait à la même heure le général Berruyer au conseil exécutif, « car en vérité la République court au « moins autant de risques de notre côté que du vô- <c tre (!)• » Généraux et représentants en mission s'accordent tous dans leurs correspondances avec les commissaires de Maine-et-Loire. « Les Vendéens, » disent ces derniers , « sont guidés par une » fureur religieuse à laquelle, sans cet exemple, » a eut été impossible de croire.... Les gardes na- » tîonales ne sont point guidées par des préjugés » aussi puissants que ceux des malheureux qu'elles » ont à combattre.... Elles sont composées de pè-
(1) Lettre de Berruyer au ministre de la guerre , fin d'avril {'m. ( Coll. F. Grille.)
» res de famille engagés pour quinze jours ou un » mois et que leurs intérêts forcent à se faire fré- » quemment remplacer.... Il est impossible de » mettre fin à cette guerre horrible sans troupes » réglées nombreuses et conduites par des géné- » raux habiles.... Si ces hordes fanatiques réus- » sissent à passer la Loire , il sera impossible d'ar- » rêter le torrent qui se portera jusqu'au cœur de » la République et peut-être jusque dans la ville » même où siège la Convention nationale... (1). »
En présence d'affirmations si vivement accentuées et que plusieurs autres analogues vinrent bientôt corroborer (2), il n'était plus possible de se faire d'illusions, et le Comité de salut public fut mis en demeure de prendre les mesures dont l'urgence éclatait d'une manière aussi redoutable. Plusieurs rapports consécutifs (30 avril, 3, 6, 7 et 9 mai) vinrent en son nom les énumérer à la tribune de la Convention.
L'armée des côtes formera désormais trois ar-
(1) Phrases textuelles du discours lu par les commissaires de Maine-et-Loire à la barre de la Convention, dans la séance du 27 avril. Nous en avons collationné une minute, signée par les président, procureur général syndic et secrétaire du département , avec les deux extraits qui sont insérés dans le Moniteur, n» 148, et le Journal des Débats et des Décrets , n<> 223. Ni Tun ni l'autre n'en donne la physionomie véritable.
(2) Voir les discours des députations de la Loire-Inférieure (séance de la Convention du 2 mai) , de la Vienne (séance du 5 maij, d'Indre-et-Loire (séance du 8 mai), des Deux-Sèvres (séance du H mai), que la suite des événements amène successivement à Paris, à peu d'intervalle.
mées : Tarmée des côtes de La Rochelle, sur les côtes et dans les places, ports ou forts, depuis Tembouchure de la Gironde jusqu'à celle de la Loîre ; Tarmée des côtes de Brest, sur les côtes et dans les places , ports ou forts , depuis Tembouchure de la Loire jusqu'à Saint-Malo inclusivement ; Tarmée des côtes de Cherbourg sur les côtes et dans les places, ports ou forts, depuis Saint- Malo exclusivement jusqu'à FAuthie. — De nombreux renforts de troupes disciplinées, soldats de ligne et volontaires de 92, vont être envoyés des frontières à ces armées, que commanderont les généraux Biron, Canclaux et Wimpfen. — Ces troupes seront transportées par les voies rapides , voitures de poste, bateaux, etc., à leur destination. Le Comité a donné des ordres pour qu'elles soient pourvues d'effets de campement, d'habillement, d'équipement et d'armement. — Dans la Charente et les départements environnant l'insurrection, il y a encore six mille recrues disponibles. — Les administrations des départements révoltés vont recevoir de Maubeuge quinze mille fusils ; celles de quelques autres, tels que Loiret, Seine-Inférieure, etc., ont offert encore de nouveaux secours en gardes nationales. — La garde d'honneur de la Convention recevra l'ordre de partir. — Paris va faire marcher sur la Vendée des « patriotes courageux » ; car le Conseil général de la commune a arrêté, dans ses séances des l°^ 2 et 3 mai : 1** la levée,
dans les sections de Paris, d'un corps de douze mille hommes choisis par un comité de réquisition ; 2** l'emprunt d'une somme de 12,000,000 pour subvenir à cette levée, emprunt remboursahle par la voie d*un impôt forcé et progressif frappé par voie de réquisition; S** Santerre commandera ces douze mille hommes. — Enfin, un décret autorise les représentants en mission à se faire aider d'un comité central, choisi parmi les membres des corps administratifs et des sociétés populaires et les agents du conseil exécutif, et accroit encore leurs attributions toutes puissantes.
En dehors de ces moyens de répression, une seule voix, et il est assez remarquable que ce fut celle de Danton , s'éleva pour dire que la politique du 19 mars n'avait pas été la meilleure des politiques. Tout en enveloppant sa motion dans un discours d'une violence extrême, Téloquent tribun fit décréter que pour ne pas réduire les révoltés au désespoir, les peines rigoureuses appliquées indistinctement jusqu'ici ne le seraient plus désormais qu'à ceux convaincus d'avoir commencé
ou propagé la révolte. La dictature des conventionnels annula , nous le verrons, l'exécution de ce décret.
Toutefois le Comité de salut public, comprenant que toutes les forces énumérées ci-dessus n'arriveraient pas du jour au lendemain à la défense des points menacés, termina par l'arrêté suivant
la série de toutes ces mesures : Les gardes nationaux des départements environnant les districts où les révoltés ont formé leurs rassemblements et ceux des départements depuis Paris jusqu'aux pays qui sont occupés par les révoltés seront mis de suite en état de réquisition. Ceux qui auront des fusils seront formés de suite en bataillons. Soixante mille piques envoyées de Paris armeront ceux auxquels il ne pourra être fourni de fusils, lesquels seront employés à cerner les pays occupés par les révoltés et à former une deuxième ligne. Cette réquisition durera , pour les citoyens armés de piques, jusqu'à ce que les troupes soient rassemblées, et pour ceux armés des fusils, jusqu'à ce que la tranquillité publique soit rétablie. Les gendarmes de tous les départements environnant les pays en révolte seront mis de suite en état de réquisition et aux ordres des généraux (1).
Il est difficile de calculer exactement la somme de forces obtenues ainsi en attendant l'arrivée des secours décrétés : ce furent toujours quelques milliers d'hommes et trois ou quatre nouvelles divisions de gendarmerie. En outre, dans ce moment même, plus de vingt-cinq mille recrues de la levée des 300,000 hommes allaient prendre part à la lutte. Réunis et exercés à la hâte , versés dans
(i) Arrêté du Comité de salut public, du 8 mai » approuvé le 9 par la Convention nationale.
des cadres de ligne ou formés en bataillons de volontaires , ils remplaçaient ou renforçaient les gardes nationales qui n'avaient pu comprimer le soulèvement. Mais avant que les faits n'apprennent combien toutes ces forces furent encore insuffisantes , il faut placer ici une remarque importante, à savoir combien les époques des travaux des champs, que le paysan n'interrompait jamais, sont nécessaires à observer. Dans le Bocage , on fauche généralement en juin, la moisson ne vient qu'après. La conséquence naturelle est que pendant le mois de mai les rassemblements des paysans se feront avec une facilité plus grande, et c'est une des raisons qui expliquent les succès que remportera l'insurrection pendant le même laps de temps.
Revenons à la basse Vendée ; outre Machecoul elle avait fait une perte importante. Le 28 avril, l'île de Noirmoutiers s'était rendue aux compagnies de débarquement des vaisseaux de la flotte de rOcéan , mouillée dans ses eaux. Bien avant l'arrivée de cette flotte et depuis les premiers jours de l'insurrection, deux stations de bâtiments légers , l'une à l'embouchure de la Loire , l'autre aux Sables , avaient déjà prêté souvent le concours de la marine aux forces de terre, mais presque tous les documents officiels le passent sous silence par l'effet d'une prétention
calculée sans aucun doute (1). Quoiqu'il en soit, les opérations combinées de Boulard et de Canclaux , bien que sagement concertées , ne purent définitivement se lier à cause de deux échecs sanglants infligés par Charette aux lieutenants de Canclaux , le 30 avril à Legé et le 6 mai près de Saint-Colombin. Ce dernier, qui avait établi son quartier-général à Machecoul, fut obligé de rétrograder et de se lancer à la poursuite de son infatigable adversaire dans la forêt de Prince. Pendant ce temps, Joly se ruait avec toutes ses forces sur Boulard obligé désormais de se tenir sur la défensive.
Au centre, les divisions de Luçon et de Saînt- Hermand attaquèrent, le 3 mai, Mareuil et le Pont- Charron. Le premier de ces postes fut emporté. Le deuxième le fut aussi un instant, mais Sapinaud eut le temps d'arriver, avec tout ce qu'il put ras-
(1) Les autorités maritimes ne laissaient pas que de s*en plaindre. Celles du port de Rochefort envoyant aux Sables deux nouveaux bâltiments, écrivaient le 14 mai : «Vos députés nous » ont donné connaissance de l'adresse que vous faites passer à » la Convention nationale; nous aurions désiré que vous n'eus- » siez pas oublié que, pendant le ^jour du citoyen Niou aux Sa- » blés, trois frégates et deux corvettes n'ont pas cessé de croiser » sur vos côtes depuis me d'Âix jusqu'à l'embouchure de la » Loire, et que d'ailleurs, pendant prés de deux mois, le yacht » de guerre l'Enfant et la goëlette la Cousine ont été constam- » ment à vos ordres. » (Pop. GowpiWeau.)
Voir au Jtfbnttour n» 94 la lettre du ministre de la marine , en date du 31 mars 1793 , dans laquelle il énumére les forces importantes fournies par les ports de Brest, Lorient et Rochefort pour ce service.
sembler de l'Oie, à Ghantonnay ; se jetant sur les républicains, il leur reprit le Pont-Charron dans un combat vivement disputé, où leur cavalerie fut écharpée. Il se disposait ensuite à reprendre Mareuil lorsque de plus graves événements vinrent changer ce projet.
« Je ne doute point. Messieurs, que la lettre » de M. de Royrand ne vous prévienne de notre » projet de nous porter sur Mareuil, ce qui aura » sûrement lieu, à moins que l'armée de Chatillon )} se portant demain sur la Châtaigneraie ne change » quelque chose à nos projets dont nous vous » instruirons de suite. Celle d'Anjou ayant pris » Bressuire, où ils ont peu trouvé d'armes mais » beaucoup de farines, se porte aujourd'hui sur » Thouars.
» Je suis, avec respect. Messieurs, votre très- » humble et très-obéissant serviteur.
» Sapinaud de la Verie.
» ArOie, ce 5 mai 1793. (1)»
C'était dans le département des Deux-Sèvres que se frappaient les grands coups , les chefs de l'Anjou venant y rendre à la Rochejaquelein le même secours qu'ils en avaient reçu quinze jours avant.
(1) « A Messieurs les commandants de l'armée catholique, à » la Roche-sur-Yon. »
[Pap. Goupilleau,)
En effet, la grande armée vendéenne s'était réunie à Vihiers le 30 avril. Elle comptait sept à huit mille hommes encore mal armés, avec une douzaine de canons de tous les calibres insufîîr samment approvisionnés. Le 1*"' mai, elle avait pris le gros bourg d'Argenton-Château , défendu par quelques gardes nationaux. Le 2, elle était entrée sans combat dans Bressuire qui venait d'être évacué par Quetineau. Ce malheureux officier ne se sentant pas soutenu , peu sûr d'ailleurs de ses troupes, opérait sa retraite sur Thouars ; il voulut la continuer sur Doué et Montreuil ; ses soldats, refusant de le suivre, s'enfermèrent dans les murs de cette ville. Grossie jusqu'au nombre de douze mille hommes par les paysans des environs de Bressuire, qui se soulevèrent aussitôt et formèrent , sous le commandement du marquis de Lescure , une nouvelle division insurgée , l'armée vendéenne le suivit de près.
Thouars , ancienne forteresse féodale , avait encore sa ceinture de murailles gothiques formant par elle-même une faible barrière ; mais sa position sur une hauteur derrière le Thouet , offrait des moyens de défense naturels très-sérieux, car on ne pouvait passer cette petite rivière encaissée, profonde et rapide que sur quelques points déterminés. Le 5 , les passages du Thouet furent emportés de vive force sur tous les points, après un combat qui dura tout le jour, et la ville allait être
prise d'assaut lorsque le drapeau blanc y fut arboré en signe de soumission. Tout ce qu'elle contenait tomba au pouvoir des paysans victorieux. Seize pièces de canons, plus de quatre mille fusils et beaucoup de munitions de guerre, armèrent à rinstant les nouvelles recrues de Tinsurrection.
Dès lors plus d'obstacles de ce côté et le 9 mai Parthenay était envahi sans coup férir. Mais déjà les vainqueurs, ceux de T Anjou surtout, les plus éloignés, retournaient chez eux, tandis que leurs chefs brûlaient du désir de pousser plus loin ces succès. Sachant Fontenay presque sans défense, pressés de profiter du moment, il n'échappait à aucun d'eux combien importante serait Toccupation de cette ville.
On fit appel aux populations voisines pour combler les vides de Tarmée. La partie de Pouzauges accourut (1) et Ton marcha sur la Châtaigneraie. Le 13, Chalbos y fut attaqué par dix mille hommes avec une trentaine de canons. Il essaya bravement de se défendre, perdit cinq à six cents
(1) Voici à quels appels accouraient ces milices extraordinaires :
« Pouzauges, 12 mai 1793.
» Nous serons à Réaumur à 10 heures, la grande armée nous » attend pour nous porter sur Tennemi. Préparez des subsistan- » ces. Venez nous joindre.
» Bossard l'aîné. J.-F. du Chillou.
» L'Hommedé, secrétaire-général.
» A M. Pouzin, commandant à Montournois. »
(Pap. Goupilleau. )
soldats; mais enfin il fut culbuté dans le plus grand désordre sur la route de Fontenay et poursuivi jusqu'à une lieue de cette ville. La position y était fort critique. On en préparait même déjà l'évacuation, mais les gensde l'Anjou achevaient de s'en aller et l'iattaque différée pendant trois jours permit l'arrivée des secours nécessaires.
Depuis le commencement de ces désastres , les Représentants en mission et les administrateurs agissaient. Les uns et les autres par des lettres , des ordres , des délégués^ stimulaient sans relâche le zèle des départements voisins. Dans presque tous , les autorités avaient pris , malgré les ordres du gouvernement, le parti de disposer des recrues de la nouvelle réquisition pour en faire marcher sur la Vendée ; dans d'autres, on formait et Ton [faisait 'partir de nouveaux bataillons de gardes nationales, en exécution de l'arrêté du Comité de salut public du 8 mai.
Le 14 et le 15 six mille hocMnes entrèrent dans Fontenay ; « l'armée Catholique » attaqua le lendemain. Les forces étaient égales, de chaque côté sept à huit mille combattants se trouvaient en présence dans une vaste plaine légèrement ondulée. Mais les républicains avaient l'avantage de la défansîve et s'appuyaient sur des redoutes en terre, élevées depuis quelque temps en avant de la ville. Pendant près de deux heures le combat fut soutenu de part et d'autre avec une égale valeur, jusqu'à
ce qu'enfin ^ Ghâlbos ayant réussi à tourner les assaillants avec une partie de sa cavalerie , deux charges vigoureuses, exécutées avec ensemble sur la queue et les flancs de Tarmée vendéenne , la mirent en fuite. Les pertes des vainqueurs furent insignifiantes , celles des vaincus se montèrent à quatre cents morts ou blessés et quatrevingts prisonniers. En outre, trente à quarante charrettes chargées de vivres et toute leur artillerie, trente-deux pièces parmi lesquelles la fameuse Marie-Jeanne , furent les trophées de cette victoire de Tannée républicaine. Elle ne devait pas s'en enorgueillir bien longtemps.
Le 20, Ghalbos se porta en avant avec sept mille cinq cents hommes et neuf pièces de canon pour occuper de nouveau le poste de la Châtaigneraie. Ce jour même tout le pays insurgé, moins la basse Vendée , était appelé à Pouzauges et accourait en foule pour venger la défaite précédente (1).
Au chef-lieu du département on était dans la joie. Les postes de Sainte-Hermine , du PorHa-
(1) « Pouzauges, 19 mai 1793.
» Messieurs,
» Nous venons de recevoir des ordres de MM. de Lcscure et » de La Rochejaqueiein, en date de ce jour, qui nous préviennent » que demain il se doit faire un rassemblement considérable » dans cette ville. En conséquence il faut nous pourvoir de vi- • vres nécessaires, pour cet effet envoyez-nous sans retarde- » ment tout le pain qui se trouvera cuit dans votre paroisse
Claye, de Mareuil et des Moutiers, précipitamment abandonnés la veille de l'attaque de Fontenay , furent réoccupés ; il allait arriver de nouveaux bataillons et Ton apprenait que Boulard , attaqué à Palluau, le 15, par des forces nombreuses, était parvenu à les repousser et à se maintenir. « La bataille du 16 nous met dans la plus grande « sécurité, » écrivaient les représentants réunis à Fontenay (1). « Je ne crois pas que les brigands i> se relèvent de leur échec du 16 » mandait l'un d'eux à un de ses collègues à Paris (2). En conséquence le général Beaufranchet &isait détacher par Ghalbos deux mille cinq cents hommes sur Sainte Hermine, et faisait passer lui-même quelques secours à Boulard qui enrageait de ne pouvoir reprendre l'offensive. Ghalbos seul était inquiet. Des forces considérables se réunissaient devant lui à Réaumur, Mouilleron et Pouzauges. Elles s'ébranlèrent
» môme des farines et blés, demandez ces sortes de vivres dans » toutes les maisons au prix courant , quoy faisant vous exé- » cuterez les dits ordres. Nous sommes
Vos frères et amis, Jublin. Souchet. Fauen.
» Rendez ces vivres ici demain pour midi, au plus tard dans » le jour.
» Â M. Pouzin, commandant à Montournois.
(Pap, GoupilUau.)
(1) Lettre des Représentants réunis à Fontenay, à leurs collègues composant la commission centrale à Saumur, 22may 1793. (Pap. Goupilleau.)
{% Lettre de Ph.-Gb.-Ai. Goupilleau à Maignen, 23 may 1793. [Pap. Goupilleau.)
— sole 24 et se mirent en devoir de cerner la Châtaigneraie. A la faveur de la nuit les Républicains se replièrent sur Fontenay où ils arrivèrent le 25 au matin. Au milieu du jour les Vendéens parurent en masses profondes.
Quoi que dise le rapport adressé à la Convention par les représentants présents à l'action , rapport plus mensonger qu'il n'est permis de rêtre> même à unbuUetin de défaite, ce ne fut point un combat mais un véritable hourra(i).
Chalbos , nommé génçral de division et commandant à la place de Beaufranchet, n'avait trouvé qu'vD bataillon du Loiretet un bataillon de la Dordogteavecles gardes nationales delà ville, environ quiiizu cents hommes en tout, pour joindre aux cinq mille qu'il ramenait fatigués par une marche de
(1) A propos du buUetiû de ce combat rédigé par les représentants présents à l'action , réédité tant de fois sous diverses formes, et à cause de la qualification qu'il nous a fallu lui donner, qu'on nous permette de montrer une fois pour toutes à quelle critique très simple nous avons soumis les faits que nous étudions. Ici nous avons établi pièces en mains : !<" Le nombre des forces en présence, trente- cinq à quarante mille hommes contre six mille cinq cents. 2° Le temps qui s'écoula entre l'instant où la générale battit dans Fontenay, alors que les Vendéens entraient dans le village de Pissote, à une lieue de cette ville, et celui où elle fut envahie au Nord, à l'Est et à l'Ouest, moins de deux heures. Est-ilbesoin d'ajouter que les représentants ayant déclaré le 26 mai, que la victoire leur avait échappé par suite de la lâcheté de la gendarmerie qui avait fui , mis en demeure de punir les coupables, écrivaient le i*'juin au Comité de salut public qu'ils ne pouvaient le faire n'ayant pu les découvrir. Ces trois points établis, il est curieux de relire le rapport officiel inséré au Moniteur, n» 151.
nuit. A la hâte il range cette petite armée en bataille appuyée aux redoutes qui , le 16, lui avaient déjà prêté un si bon appui. Mais les assaillants sont au nombre de plus de trente-cinq mille animés d'un élan extraordinaire. L'armée républicaine n'est pas plutôt jointe qu'elle est en même temps enfoncée au centre et débordée sur ses deux ailes. Comme une mer furieuse, desflotsde paysans poussent tout ce qui se trouve devant eux et roulent pèle mêle avec les vaincus dans les rues de la ville. Avec le chef-lieu de la Vendée, un butin considérable resta au pouvoir de l'insurrection : la plus grande partie de l'armée républicaine, cinq mille fusils, quarante-cinq pièces de canons dont Marie-Jeanne, des magasins remplis de grains, quantité d'autres approvisionnements de guerre , enfin les papiers et les caisses des diverses administrations.
Mais ce qui est plus remarquable encore que
les résultats obtenus par cette facile victoire, c'est la conduite des vainqueurs après l'acte sanglant du combat. Là, comme à Thouars, dans une ville prise de vive force, pas un attentat contre les personnes ne fut commis. Le soir, après avoir vidé une partie des caves , ils parcouraient les rues en riant et criant aux habitants à demi-rassurés : « En v'Ià faux d'aux brigands ! » Le lendemain ils se précipitaient en foule dans les églises et l'enthousiasme avec lequel ils rendaient
grâces au ciel de leur succès ne se peut dépeindre. Après cela ils s'empressèrent de brûler la guillotine au bas des degrés de la place , alimentant le feu avec des assignats et des papiers d'administration. Puis ils allèrent se divertir à voir tondre plus de trois mille prisonniers que Ton renvoyait après cette opération, en exigeant d'eux le serment de ne plus prendre les armes contre la Vendée (1). Enfin, au branle des cloches qui ne ces-
(1) On le8 renvoyait munis de passeports, portant la mention de cet engagement, et signés indistinctement parles divers chefs. Plus tard, lorsque l'insurrection va être organisée politiquement, ces passeports furent imprimés. Voici la reproduction intégrale deTunde ces derniers:
PASSEPOKT.
Nous coniniandaots des armées catholiques et royales avons accordé le présent passeport à Jean
Masstou
de Saintes P"' de St- Vivian. . prisonnier de guerre renvoie, après avoir eu les cheveux coupés,
audit lieu deSaimes
le. . . quel . . . à . . . promis et juré surion
sèrent de sonner sans interruption pendant trois jours que la ville fut occupée, ils reprirent successivement par petites troupes le chemin de leurs chaumières.
Depuis les premiers jours du mois, Sapinaud de la Verie s'était établi à Chantonnay, pour être plus à portée de donner à l'armée du haut pays les secours nécessaires et surveiller de plus près la division ennemie de Sainte-Hermine. Il annonçait ainsi à la Roche-sur-Yon la prise de Fontenay, à laquelle, du reste, il n'assistait pas en personne :
ce Nous ne pouvons, Monsieur, vous faire pas- » ser les détails de la prise de Fontenay, nous » n'en n'avons point eu de nouvelles depuis hier
honoear et serment de ne jamais reprendre et porter les armes contre sa Majesté très chrétienne Louis dix-sept, qu'il • • . • recounoit pour
unique et légitime souverain, ni contre la religion catholique apostolique et romaine sous peine d^êlrs fusillé. Donné h Chatillon sur Sèvre en consetl provisoire ... ce 20** jour du mois de juin 1793, Tan 1er. du n-gne de Louis XVIL
De/orge. Caille ton. F. Flandrois.
Par le Conseil , Moranne «re.
» au matin. Nous y avons envoyé un de nos offi- » ciers pour nous en instruire. Ne connaissant » point la marche de l'armée angevine , nous ne » pouvons encore décider de quel côté nous por- » terons notre année. Si nous dirigeons nos for- » ces sur les Sables nous vous en instruirons de » suite. M. de Verteuil est à Fontenay arrivé sur » sur la fin du combat.
» Je suis avec respect. Monsieur, votre très- » humble et très-obéissant serviteur,
» Sapinaud de la Verîe.
» Chantonnay, ce 29 mai 1793 (1).
<( Monsieur,
« Marie Jeanne ne dirigera pas pour le moment » sa marche de votre côté, (2) elle prend la
(1) « A M. de Ghouppes, commandant à la Rocbe-sur-Yon. » {Pap. Goupilleau.)
(2) C'était un homme de Tarmée du centre qui le premier avait mis la main sur cette pièce si chère aux Angevins. Voici un document qui en fait foi. C'est une note de pluviôse an n, envoyée par un membre du comité révolutionnaire de Fontenay au président de la commission militaire. Nous la rapportons moins pour prouver ce fait assez peu important , mais dont on n*a jamais attribué Thonneur à qui de droit, que pour donner un modèle des dossiers de procédure de ces tribunaux. Nous conservons Torthographe fantaisiste de Toriginal.
« NoUe exacte.
» Louise Boisseau veuve Biot » très criminelle.
» Elle na vécu qae du pillage que linfâme commité de Hou- 9 champs faisoit voiler par elle et son fils.
» route de Saumur, Nous aurions bien désiré » qu'une partie des forces se fût jointe à nous » pour se porter sur les Sables. M. d'Hauterive » qui est ici a paru goûter ce projet et nous a » promis d'en conférer avec ses collègues d'Anjou. » La prise de Fontenay est immense, mais nous en » tirons peu d'avantages , quoique y ayant gran- » dément participé, cela s'est toujours ainsi pra- » tiqué avec nos collègues du pays haut. L'en- » nemi a perdu huit cents hommes , trois mille » deux cent cinquante prisonniers ; nous dix-sept x> morts et soixante-cinq blessés. Les nouvelles s> des frontières confirment la prise de Rayonne D et de Gondé et non celle des autres villes de la » Flandre. Notre quartier refoule de prisonniers » et prisonnières de Fontenay qui sont bien joyeux » de leur heureuse délivrance. Tous se plaignent
» Son fils est le premier commandant des rebelles et le plus » courageu brigand. Ce$t lui qaiklaffairê du2S may kFontenoy » alepremtV mis la main sur le canon la Marie-Jeanne pourquoi
> ses chefis lui ont donné une récompense de 300 livres.
» n reçut laccoladedQ tous ses chef et en arrivant deux jours » après à Mouchamps linfame prestre fit carilogner en réjouis- » sance de Varrivé du brigand Biot.
» Cette veuve Biot est si criminelle que son fils et elle surtout 9 excitoient les autres brigands à chasser de leurs maisons les 9 femmes patriotes pour eïLe-mêmes les habiter, en disant que.
> ces patriotes n*auroierU plus rien, etc., etc.
> Femme dangeureuse, mère de brigand etbrigande elle -mê me
Le Président de la Gom«» mû'%
Baussay p^*.
( Pap, Goupilleau.)
» des mauvais traitements qu'ils éprouvaient dans » leur prison.
» Je suis , avec un sincère attachement , Mon- » sieur, votre serviteur et ami.
» Sapinaud de la Verie.
» A Chantonnay, le 29 mai 1793, l'an P' du rè- » gne de Louis XVII.
» Nous vous donnons une preuve de notre pau- » vreté en vous envoyant deux petits sacs de pou- » dre(l).
On voit par cette lettre que les chefs vendéens réunis en conseil de guerre à Fontenay, avaient résolu de marcher contre Saumur à leur prochain rassemblement. Ils prirent , dans cette réunion , d'autres mesures importantes. Ils décidèrent l'organisation d'un conseil supérieur d'administration et arrêtèrent en principe la nomination d'un général en chef pour tout le pays insurgé. Le conseil supérieur fut constitué quelques jours après à Chatillon-sur-Sèvre. Composé en majeure partie d'hommes de loi et d'ecclésiastiques, il fut présidé par un prêtre, l'abbé Guyol de Folle ville, que l'on avait trouvé à Thouars sous l'habit de garde national, qui se prétendit et qu'on acclama
(1) « A H. Bulkeley, commandant de l'armée Catholique do la » Roche. »
{Pap, Goupilleau.) Cette lettre est signée seulement par H. de Sapinaud et non écrite de sa main conmie les autres.
aussitôt, sans y regarder de près, évêque d'Agra in partibus et vicaire apostolique dans les provinces de l'Ouest. Deux presses, des caractères et le reste du matériel d'une imprimerie furent expédiés de Fontenay à Chatillon pour le service de ce conseil. Neuf cent mille francs en assignats sauvés de l'auto-da-fé du 26 et contresignés au revers au nom de Louis XVII, formèrent les premiers fonds de sa caisse. La nomination d'un général en chef n'eut lieu que plus tard.
Enfin , avant de se séparer, les chefs vendéens publièrent un manifeste (1), dans lequel mêlant et
(1) Ce manifeste , très important surtout comme date, était conçu en ces termes :
« Au Nom de Sa Majesté Très-Chrétienne, Louis XVII, roi de « France et de Navarre, de la part de tous les cliefs des ar- « mées Catholiques et Royalistes.
ADRESSE AIJX FRANÇAIS.
» Le Ciel se déclare pour la plus sainte et la plus juste cause. Le signe sacré de la croix de Jésus-Christ et Tétendard royal remportent de toutes parts sur les drapeaux sanglants de Tanarchie. Maîtres des cœurs et des opinions, plus encore que des villes et des hameaux qui nous donnent les doux noms de pères et de libérateurs , c'est maintenant que nous croyons devoir proclamer hautement nos projets et le but de nos communs efforts. Nous connaissons le vœu de la France : il est le nôtre. C'est de recouvrer et de conserver à jamais notre sainte religion catholique, apostolique et romaine; c'est d'avoir un roi qui nous serve do père au dedans et de protecteur au dehors; et c'est nous qu'on appelle dos brigands sanguinaires, nous qui, fidèles à nos principes de religion et d'humanité, avons toujours aimé à rendre le bien pour le mal, à épargner le sang de ceux qui versaient à grands flots celui de nos frères, de nos parents et de nos amis I Que la conduite de ceux qui se disent patriotes soit mise en parallèle avec la nôtre : ils égorgeaient
confondant à dessein la question politique et la question religieuse , ils proclamaient Tinsurrec-
nos prisonniers au nom de la loi et nous avons sauvé les leurs au nom de la Religion et de l'humanité I A Bressuire, ils ont coupé par lambeaux des hommes qu'ils avaient pris sans armes pour la plupart, tandis que nous traitions comme des frères ceux d'entr'eux que nous avions pris tous les armes à la main; tandis qu'eux-mêmes pillaient ou incendiaient nos maisons, nous faisions respecter de tout notre pouvoir leurs personnes et leurs biens; et si, malgré tous nos efforts, quelques dég&ts ont été commis dans les villes que nous avons reconquises, pour notre bon roi, sa Hsjesté-Très-Ghrétienne Louis XYII, nous en avons gémi et pleuré amèrement : nous avons puni avec la plus éclatante sévérité les désordres que nous n'avions pu prévenir. C'est un engagement formel que nous avons contracté en prenant les armes et que nous remplirons au péril de notre vie ; aussi la France va être désabusée sur les mensonges aussi impudents que perfides et absurdes de nos ennemis. Que dis-je? elle l'est depuis longtemps, notre conduite à Thouars est connue : cette ville prise d'assaut comme presque toutes celles où nous sommes entrés jusqu'à ce jour, puisque deux mille soldats de l'armée catholique avaient pénétré par la brèche, lorsque l'ennemi capitula, est un exemple frappant de notre douceur et de notre modération. Patriotes, nos enne* mis, que nous opposerez-vous encore ? Vous nous accusez de bouleverser notre patrie par la rébellion et c'est vous qui, sapant à la fois tous les principes de l'ordre religieux et pohtique, avez les premiers proclamé que Tinsurrection est le plus saint des devoirs; et d'après ce principe, qui nous justifierait à vos yeux, si la plus juste cause avait besoin d'être justifiée, vous avez introduite la place de la religion l'athéisme, à la place des lois l'anarchie, à la place d'un roi qui fût notre père des hommes qui sont nos tyrans. Vous nous reprochez le fanatisme de la religion, vous que le fanatisme d'une prétendue liberté a conduits au dernier des forfaits; vous que ce môme fanatisme porte chaque jour à faire couler des flots de sang dans notre commune patrie. Ah 1 le temps est enfin arrivé où les prestiges d'un faux patriotisme vont disparaître : le bandeau de l'erreur est à moitié déchiré. Onos concitoyens, » jugez-nous et jugez nos persécuteurs I Qu'ont-ils fait ? Qu'ont » fait vos représentants eux-mêmes pour votre bonheur et pour » le bien général de la France ? Qu'arracher de vos cœurs les
tion comme ouvertement royaliste. C'était dénaturer singulièrement la première phase de la
principes sacrés de votre foi ; que s'amasser d'immenses trésors au prix de vos larmes et de votre sang; que porter la désolation dans le sein de vos familles, entraînant de force, au milieu àes camps et des combats, vos frères, vos enfants et vous-mêmes, qu'ils n'ont pas craint d'exposer à mille morts pour assouvir leur rage contre le trône et l'autel ; et pour s'assurer l'impunité de leurs forfaits, ils ont enlevé à la charrue de paisibles cultivateurs, dont les bras assuraient à la patrie sa subsistance et sa vie. Ouvrez donc enfin les yeux, Ô Français, rendez-vous à nous, rendez-vous à vous-mêmes I Eh I ne seriez vous donc plus ce peuple doux, généreux et sensible ? Ce peuple fidèle à sa religion, idolâtre de ses rois, le peuple de Glovis, de Gharlemagne, de saint Louis, de Louis XII, d'Henri IV, de Louis XYI enfin, dont le fils, ce jeune et tendre rejeton de la famille auguste des Bourbons, prêt à observer les dernières volontés d'un père qui mourut en pardonnant à ses bourreaux, vous tend ses bras, vous ouvre son cœur, et brûle du désir d'être heureux de votre bonheur I Seriez-vous insensibles à ce langage ? Seriez-vous sourds à la voix de la religion, qui depuis trop longtemps la proie des loups ravissants redemande aujourd'hui ses véritables et légitimes pasteurs ? Non, sans doute, vous êtes nos amis, nos frères; nous ne sommes qu'un i)euple, disons mieux, qu'une même famille. Nos misères, nos jouissances nous sont communes; réunissons donc ensemble nos efforts sous l'égide du Tout-Puissant, sous la protection d'un père conmiun. Epargnons, épargnons le sang des hommes et surtout des Français 1 n n'est plus aujourd'hui de place dans l'Etat pour ces êtres froids et égoïstes qui, languissant dans une honteuse oisiveté, affectant une coupable indifférence pour l'intérêt général, se tiennent à l'écart, prêts à s'engraisser des débris de la fortune publique et des fortunes privées. Deux étendards flottent sur le sol des Français, celui de l'honneur et celui de Tanarchie. Le moment est venu de se ranger sous l'un de ces drai)eaux ; qui balance est un traître également redoutable aux deux partis. Marchons donc tous d'un commun accord; chassons ces représentants infidèles qui, abusant de votre confiance, n*ont employé jusqu'ici qu'à des disputes stériles, à des rixes indécentes, et le dirai-je ? à des luttes deshonqrantes pour le nom français, un temps qu'ils devaient tout entier à notre bonheur ; chassons ces représentants paijures
lutte, mais en indiquer nettement la conséquence désonnais inévitable. Du moment que, par suite de tant de causes dont nous avons résumé le dé-
qui envoyés pour le maintien de la monarchie, qu'ils avaient solennellement jurée, l'ont anéantie, et renversé le monarque innocent sur les marches sanglantes d'un trône où ils régnent en despotes ; chassons enfin ces mandataires perfides et audacieux qui, s'élevant au-dessus de tous les pouvoirs connus sur la terre, ont détruit la religion que vous vouliez conserver, créé des lois que vous n'avez jamais sanctionnées, disons mieux, que vous eussiez souvent rejetées avec horreur, si votre vœu eut été libre, ont fait du plus riche et du plus florissant des royaumes un cadavre de république , objet de pitié pour ceux qui l'habitent et d'horreur pour les peuples étrangers. Que ces arbres dépouillés de leur verdure, tristes images du trône dépouillé de sa splendeur, que ces vains emblèmes de de la licence tombent dans la poussière et que le drapeau blanc, signe de bonheur et d'allégresse pour les français, flotte sur les remparts de nos cités et sur les clochers de nos fidèles campagnes.
9 C'est alors que fermant le temple de Janus, nous y déposerons nos armes ; c'est alors que terminant une guerre dont les défaites ou les triomphes ne sont que de vraies calamités pour notre mère-patrie, nous proclamerons avec la paix de la France le repos de l'Univers. C'est alors que confondant dans l'amour du bien public tous nos dissentiments personnels et jusqu'à nos moindres si^ets de mécontentement réciproque, de de quelque parti, de quelque opinion que nous nous soyons montrés, pourvu que nos cœurs et nos mains n'aient point trempé dans le crime, nous nous reconcilierons, nous nous unirons tous au sein de la paix, pour opérer le bien général et donner à la France, avec son roi et son culte catholique, le bonheur qu'elle attendit en vain de ses représentants infidèles. Tels sont, nous osons le répéter et le proclamer haute" ment, tels sont nos vœux, tels sont les vœux de tous les français ; qu'ils osent les manifester et la France est sauvée. » Fait au quartier-général à Fontenay4e-Comte, ce 27 mai 1793, l'an 1" du règne de Louis XVU.
« Bernard de Harigny, des Essarts, de la Rochejaquelein, Lescure, Duhoux d'Hauterive, Donnissan, Gathelineau, Stofflet, de Dommaigné et autres. »
veloppement, le soulèvement des campagnes de rOuest en était venu à constituer une véritable guerre civile, il fallait bien élever drapeau contre drapeau. Dès la fin de 1791, à Tappel coupable des princes, la noblesse de ces contrées avait quitté volontairement le sol de la patrie (1); au cours de 1792, le clergé n'avait pu éviter l'exil ou les fers (2) ; de pauvre laboureurs relevèrent Tétendard royal, que l'implacable logique des événements leur présentait : jamais plus vaillantes mains ne l'ont porté.
Au reste, à partir de ce moment, les états-majors de rinsurrection se remplissent d'ouvriers de la deuxième heure, ralliés autour d'elle par
(1) La liste officielle des électeurs du Poitou comprend trois cent trente personnes (280 hommes. 150 femmes) appartenant à la partie qui fut ensuite le département de la Vendée. Vérification faite du parti qu'embrassèrent ces 280 gentilshommes, il en résulte que :
182 émigrèrent ;
34 prirent part à rinsurrection ;
26 servirent la République ou lui restèrent soumis ;
38 échappent à nos recherches.
Sans attacher à ces chiffres, qui ne regardent qu'un département et ne comprennent pas les non-électeurs, plus d'importance que de raison, mais seulement la valeur d'un calcul de proportion, ils nous semblent néanmoins prouver l'assertion cidessus.
(2) Sur sept cents prêtres composant le clergé du département de la Vendée , cinq cent cinquante refusèrent le serment. Nous n'avons pas fait pour eux le môme travail que pour les électeurs de la noblesse ; une étude sur ce sujet est d'ailleurs annoncée au public. Mais de plusieurs documents nous pouvons induire, sans crainte d'être contredit, que sur le nombre des insermentés il n*y en avait pas un cinquième resté dans le pays.
sards, 13" et 14'' chasseurs, hussards de la légion des Alpes, 16^ dragons; enfin trois légions organisées on infanterie, cavalerie et artillerie, légion Germanique, légion du Nord, légion de Rosenthal. L'armée levée par la commune de Paris aux ordres deSanterre: quatorze bataillons, qui prirent par ordre de numéros le nom de bataillons de Paris, soit douze mille bandits, dignes en tout de leur chef, et qu'on appela les héros à 500 livres, du prix qu'ils recevaient pour leur engagement. On eut bien de la peine à les lever, et la Convention fut obligée d'avancer quelques millions (i) pour payer un dévouement que le père Duchêne qualifiait de « h patriotique.» Il faut joindre à cela ce qui reste des forces réunies antérieurement et battues pendant le mois de mai, réparties sur toute la circonférence du pays insurgé depuis les Sables j usqu a Angers, à peu près trente-quatre mille hommes. On arrive ainsi au chiffre de soixante-dix mille combattants, effectif réel de l'armée des côtes de la Rochelle pendant le mois de juin. Non compris bien entendu ces pauvres diables armés de piques, placés en deuxième ligne, conformément à l'arrêté du comité de salut public du 8 mai ; car partout où les représentants ne les renvoyèrent pas chez eux, plutôt que de leur laisser dévorer des approvision-
(1) Voir les décrets des 13, 17, 23, 26, 29 mai, 1«', 3, 10 et 20 juin 1793. Nous en passons peutr-ètro, sans compter les sommes payées de ce chef à la commune par certains ministères.
nements déjà si rares, ils finirent par déserter en masse. Mais il ne faut pas oublier en outre environ dix mille hommes de bonnes troupes de l'armée des côtes de Brest qui, opérant sous Nantes aux ordres de Canclaux, tirent des talents de leur général, de leur discipline et de leur courage, une force qui multiplie leur nombre.
Tel est le réseau de fer dans lequel la Vendée va se débattre. Mais cette masse n'est pas complètement organisée, et surtout elle porte dans son sein des dissolvants plus forts que le fer : délégués des administrations de départements, qui s'occupent de tout et brouillent tout ; agents de la commune de Paris ou du pouvoir exécutif, qui sous le nom de commissaires nationaux, d'adjoints de tel ou tel ministre sont les hauts dignitaires d'une certaine police et devant qui tout tremble ; enfin commission centrale des représentants installée à Saumur , convention au petit pied dont chaque membre prétend tout voir, tout savoir et tout pouvoir. « Nous voulons bien t écrivait à un ministre la Société des amis de la liberté des Sables, « que vous nous envoyiez des patriotes ardents, » nous vous le demandons même , mais nous » ne voulons pas qu'ils abreuvent d'amer- » tume les meilleurs patriotes et mettent dans To nos armées l'affreux désordre qui produit toil- » jours les défaites. La probité doit-être le princi- » pal caractère de leur mission ; et sans ce carac-
» tère auguste, nous ne reconnaîtrons jamais en » eux que des agents criminels de scélératesse et » de dissension (1). » — « Qu'est-ce que des ad- » joints au ministre de la guerre ? » demande un adjudant général, dont la franchise devint plus tard proverbiale, « Sont-ce des ministres ? Sont-ce des » généraux ? êtres amphibies, qui ont deux bou- » ches, deux poches, et n'ont pas deuxépées. » (2) — ce Je croyais trouver de la fraternité et de » rhonnéteté dans la commission, » écrit un représentant qui n'est pas suspect de modérantisme à un de ses collègues à Paris, « et si on en ex- » cepte Tallien, le reste ne respire que morgue et » despotisme. Le ton le plus brusque, le plus in- » supportable et le moins républicain. Un projet » décidé de tout désorganiser, en contrariant les D généraux en chef pour servir l'anipiosité parti- » culière des agents du pouvoir exécutif, le mara- » tisme le plus décidé sous le masque du patrio- » tisme, des injures atroces et des provocations » au lieu de discussions calmes » (3). — « Il est certain » disait quelque temps ^près un avocat de Nantes connu pour son attachement à la révolution, « il est certain que les Nantais ont conçu.
(i) Guerre des Vendéens et des Chouans contre la République française, par un Officier supérieur,
(% Lettre de l'adjudant-général Talot au représentant Choudieu, juin 1793. [Coll. F, Grille.)
(3) Lettre de Ph.-Gh.-Âi. Goupilleau à Haignen, U juiUet 17»3. [Pap. Goupilleau.)
» ont nourri moins de craintes des brigands que » des projets sinistres de la cour de Saumur, des » généraux, de leurs é tats-maj ors, de ces nombreux » commissaires, des farouches agents du comité » du gouvernement, des héros de 500 livres et de » plusieurs réprésentants délégués dans les dé- » partements de l'Ouest (1). »
Après avoir travaillé avec les représentants à Niort à débrouiller le chaos et à calmer les agitations qui ont été, dans cette ville, le contre-coup de la prise de Fontenay, Biron part le 2 juin pour Saumur. Il va présenter ses hommages à la commission centrale, aux commissaires, aux délégués et dresser un plan de campagne avec tous ces gens. Après avoir fait repousser un projet qui consiste à évacuer Angers, Niort et Nantes, sous prétexte que Tesprit public y est complètement gâté, et que ces villes n'ont point de fortifications, et à n'avoir qu'une seule année qui agirait en masse, il parvient à faire adopter le plan suivant. Attaque environnante formée par quatre colonnes de quinze à dix-huit mille hommes qui partiront de Niort, deThouars, de Doué et des Ponts-de-Cé ; en se rapprochant progressivement dans leur marche elles resserreront les brigands, tandis que la dîvi-
(1) Plaidoyer prononcé le 2S frimaire, dam le procès du comité révolutionnaire de Nantes, par le citoyen Villenave, ci-^vant adjoint de V accusateur public près le tribunal criminel du département de la Loire-Inférieure. — A Paris, chez les marchands de nouveautés, an ïllde la République.
sion de Boulard coopérera au mouvement, en gardant les côtes et recevant sur la pointe de ses bayonnettes les rebelles refoulés. Ainsi parlait-il, mais on n'eut pas le temps de mettre ce plan à exécution.
Toutes les troupes que nous venons d'énumérer n'étaient pas encore réunies (1). Il n'y avait qu'une dixaine de mille hommes à Niort, six mille à Thouars, seize mille à Saumur et à Doué et quelques mille aux Ponts-de-Cé, quand déjà l'armée vendéenne, forte de vingt-cinq à trente mille combattants accourait sur la route de Cholet à Saumur.
Le général Leygonier, occupant Doué avec huit mille hommes, les avait établis en avant de la ville, dans une ligne de bonnes positions, à Saint- Georges, Concourson, les Verchés. Ses postes avancés à Tremont, en arrière de Vihiers, escar-
(1) L'armée de Paris était la plus en retar^. SMl faut croire les paroles échappées à Barère, dans la séance i^ 2 juin, lorsque rémeute forçait la Convention à décréter Tarrestation des Girondins, il y avait de bonnes raisons pour cela : « En ce moment, di- » sait-il, sous nos yeux on distribue aux bataillons qui vous en- » tourent des assignats de 5 livres. Ils sont bien coupables ceux- » là qui ont retenu les bataillons qui devaient partir pour la » Vendée, sous le prétexte qu'ils n'avaient point d'armes, tandis » que l'on en trouve tant pour nous Ôter notre liberté. » {Moniteur, n? 1S6. — Journal des Débats et des décrets n* 259.)
C'était bien une véritable garde jacobine que cette armée de Paris. Etat-major, mode d'enrôlement, solde, uniforme, etc., la différenciaient soigneusement de la ligne , des volontaires et des gardes nationales.
mouchent les 5 et 6 juin, et se replient en bon ordre. Le 7, Tarmée est attaquée pendant que son général est à Saumur à la commission centrale, elle est battue, mise en déroute et poursuivie jusque sous le feu de cette ville. Le général Menou, qui commandait par intérim, se hâte d'appeler à lui la division de Thouars aux ordres du général Salomon.
« Il est très- vrai, mon cher Bulkeley, que Mes- » sieurs de la Rochejacquelein et autres de Tar- » mée combinée d'Anjou et de Poitou ont chassé » les bleus de Doué, après les avoir forcés à Con- » courson et Tremont. Nous ignorons où depuis » ils se sont portés, je ne sais si c'est sur Thouars » ou Saumur. La nouvelle, arrivée officiellement à » Mortagne, nous dit qu'ils n'ont voulu nommer » la ville où ils se portent. Pour nous, nous veil- » Ions lo plus exactement possible à la garde des » postes que nous occupons et nous contentons do » fourrager sur Sainte-Hermine et environs. Hier » j 'étais à Sainte-Hermine ; une heure après ma » sortie quelques cavaliers bleus y arrivèrent, » quatre de nos traineurs leur lâchèrent un coup » de fusil et en démontèrent un, et vinrent nous » rejoindre. Quant aux nouvelles étrangères nous » n'en avons pas plus de confirmation que vous; » les dernières que nous avons eues venaient » de la Guyonniére et de chez M. de Ghouppes. On » nous a assfuré que Nantes avait peu de troupes
» ennemies et que la division augmentait chaque » jour entre les habitants.
» J'ai rhonneur d'être, mon cher camarade, vot re » très-humble et très-obéissant serviteur ,
Sapinaud de la Verie.
» Chantonnay, ce 11 juin 1793.
» Royrand est parti ce matin pour Montaigu (1).
L'armée vendéenne s'était portée le 8 à Montreuil ; là elle se divisa en deux, pour empêcher la jonction des forces répubUcaines. Le gros de l'armée marchera sur Saumur, tandis que Lescure et des Essarts qui commande les gens de Bonchamps, retenu par une blessure, marcheront sur Thouars.
Salomon arrivait en toute hâte, sa colonne est attaquée au moment où elle allait atteindre Montreuil; il n'a que le temps de se jeter sur le bord de la route ; la nuit tombait lorsque le combat s'engagea. Formés en carrés, la 35® division de gendarmerie, la légion de Rosenlhal, un bataillon du Calvados, deux de la formation d'Orléans, et quelques autres se défendent avec la même vigueur qu'ils sont attaqués. Pendant plusieurs hêtres on se fusille presque à bout portant, sans céder de part ni d'autre. Enfin le général républicain, voyant ses soldats décimés sans espoir de vaincre, bat
(1) « A monsieur de Bulkeley, commandant à la Roche-sur- Yon. »
{Papier Goupillffau.)
en retraite sur Thouars et Parthenay, emmenant un grand nombre de blessés. Une masse de cadavres des deux partis jonche le théâtre de cette lutte terrible. Mais un important résultat est acquis pour Lescure qui le lendemain, dans l'après-midi, prendra la plus grosse part à Fattaque de Saumur.
Cette ville placée dans l'angle formé par la Loire et le Thouet, près de leur confluent, était dans la position la plus favorable pour être défendue avec succès. Du côté de la Vendée, elle était couverte par le Thouet, dont il fallait enlever le passage au pont Fouchard, opération dangereuse et qu'un camp appuyé sur des redoutes construites à une demi-lieue en avant sur la butte de Bournan semblait rendre impraticable. De l'autre côté du Thouet et sur ses bords, un chemin suivant une coulée de prairies, et venant dubourgdeVarrains, était commandé par les hauteurs en amphithéâtre qui, sur leur versant opposé, dominent le cours de la Loire, et sont couronnées par le vieux château et de nombreux moulins. Une redoute avait été construite à la sortie du faubourg de Nantilly, pour défendre le chemin de Varrains, et l'on ne doutait pas que des troupes disséminées dans les clos de vignes entourés de murs qui couvrent les pentes des Imuteurs, soutenues par le feu du château et par celui de quelques pièces en batterie sur les buttes, ne rendissent ce côté presque aussi difficile à forcer que l'autre.
L'armée vendéenne divisée en trois colonnes arriva par les deux rives du Thouet. Deux d'entre elles assaillirent à droite les liauteursdu château et la redoute de Nantilly, tandis qu'à gauche Lescure, après avoir tourné le camp de Bournan, attaquait le pont Fouchard. Sur les trois points la lutte fut vive, meurtrière, mais de peu de durée, sans doute à cause de l'impétuosité de l'attaque et des mauvaises dispositions de l'armée républicaine, dont une partie renfermée dans le camp de Bournan ne prit à vrai dire nulle part à l'action. Les hauteurs, moins le château, furent emportées sans trop de peine par Gathelineau etStofûet. LaRochejaqueleîn enleva d'assaut la redoute du chemin de Varrains. Lescure, quoique blessé, après avoir pris et perdu le pont Fouchard, ramena ses hommes à la charge et finit par en rester maître. Ce fut sur ce point que le combat fut le plus acharné. Vainement le général Goustard, qui commandait à Bournan, voulut s'y porter avec ses troupes ; composées en noûjeure partie des bataillons de Santerre, elles ne voulurent pas obéir, et l'un d'eux le $• de Paris refusa non seulement de marcher aux ordres du général, mais les soldats lui tinrent la bayonnette sur la poitrine pendant plus d'un quart d'heure, en le menaçant de le mettre à l'embouchure d'un canon. Après trois heures de combat Saumur est pris. La Commission centrale s'enfuit à tire d'aile sur la route de Tours ; une partie de Tar-
mée la suit en désordre; le reste est cerné dans le château, ou canonné de loin dans le camp deBournan qui fut évacué sur Angers pendant la nuit. Le lendemain, la garnison du château capitula et sortit avec quelques-uns des honneurs de la guerre.
Cette série de défaites coûtait à la République quatre à cinq mille tués ou blessés, au moins autant de prisonniers, soixante-dix pièces de canon, des milliers de fusils et des magasins abondamment approvisionnés en blés, poudre, salpêtre, eaux-de-vie, effets de campement, d'équipement, eic, eic.
Deux jours après la prise de Saumur, les chefs qui s'y trouvaient mirent à exécution la nomination résolue à Fontenay d'un commandant supérieur. Toutes les voix se portèrent sur Gathelineau , il fut nommé « général en chef des armées catholi- » qnes et royales. » Remarquable enseignement dans l'histoire de cette lutte, qui mettait aux prises une année prétendue aristocratique, commandée par Jacques Gathelineau l'ancien colporteur, avec
deux années démocratiques, commandées par les ci-devant duc de Biron et marquis de Canclaux.
L'armée du centre s'empressa de reconnaître cette nomination. Mortagne et Beaupréau devinrent les deux places d'armes du pays insurgé, où l'on envoya toutes les dépouilles conquises à SàumUr. Mortagne surtout acquit une grande impor-
— loi —
tance parce qu'on y plaça le dépôt de rartillerie* Des moulins à papier qui étaient dans les environs furent employés à la confection des poudres, et la fabrication très-lente jusqu'alors, puisqu'on y broyait, les matières à la main, y prit désormais de grandes proportions. A force d'industrie , on finit par y organiser à peu près presque tous les services nécessaires à celui d'une armée. On y forma aussi quelques compagnies régulières avec des déserteurs et des prisonniers qui déclarèrent vouloir combattre la République. La plupart sortaient des Suisses et se souvenaient du 10 août. En dehors de ces préoccupations de détail, les chefs réunis àSaumur étaient convenus d'attaquer Angers, pour de là se porter sur Nantes. Pendant ce temps, dans un conseil de guerre, tenu à Angers, les généraux républicains déclaraient ne pouvoir défendre cette ville contre des forces supérieures avec « quatre à cinq mille hommes environ, parmi » lesquels il s'en trouvait une partie qui , comme » les bataillons de nouvelle levée de Paris , ne » voulaient pas se battre et contribuaient par leur » conduite et leurs propos à désorganiser tous les » autres bataillons et excitaient à la désertion (1). »
(1) Adresse des administrateurs du département de Maine^t- Loire à leurs concitoyens de tous les départements, — Du Lion d' Angers j i^ juin 1793.
Une proclamation du Conseil général de la commune d*ÂDgers du 30 novembre 1793 reyient sur ces circonstances dans le môme sens et en termes encore plus vifs.
En conséquence, Angers fut abandonné le 13 parles troupes et les autorités constituées. A cette évacuation se rapporte le billet suivant adressé par Sapinaud de la Verie à Bulkeley , deux lignes qui peignent Thomme et les circonstances :
« Mon cher Bulkeley, on nous assure Angers » évacué, les prisonniers libres. Vive le cheva- » lier de laGrandière.
» Sapinaud de la Verie (1). »
C'était une erreur, car le même jour il écrivait :
« Je crains bien, mon cher Bulkeley, que mon
» peu de mots ne soient malheureusement pas
» vrais. M"' de Boishuguet me marque d'hier
» qu'Angers était effectivement évacué , mais que
» l'on avait emmené les prisonniers soit à Châ-
» teau-Gontier soit à Nantes. L'armée d'Anjou
» était dans Saumur samedi dernier. Nous avons
» un de nos officiers en route pour se rendre au-
» près d'elle. Hier j'expédiai un courrier à M. de
» Bonchamps pour le même objet. Il m'est îm-
» possible de vous faire passer la relation de l'af-
» faire de Saumur n'en pouvant découvrir aucune.
» Je vous ai marqué en substance ce qui en était.
» Votre bon ami.
» Sapinaud de la Verie.
» Chantonnay, ce 17 juin 1793.
(1) (Pop. Goupilleau.) M. de la Grandière était un gentilhomme d'Anjou » leur parent et ami commun, détenu nous ne savons sous quel prétexte.
— lOG —
» Je ne manquerai pas de vous prévenir lors- » que nous nous porterons chez vous. Ce ne sera » pas aussi vite que je ^e comptais hier (1). »
En effet, Cathelineau avait fait prévenir Royrand de surveiller avec Lescure l'armée de Niort et s'était mis en marche sur Angers.
Que faisait donc cette armée de Niort î Biron, sentant qu'il jouait sa tête contre un succès , s'épuisait en vains efforts pour organiser un corps d'armée qui ne fut pas inévitablement destiné à une défaite. Les soldats des bataillons de la formation d'Orléans, qui se battaient depuis un an aux frontières, sans solde, souvent sans souliers et sans chemises, arrivaient couverts des plus glorieuses guenilles et prêts à se battre tout aussi bien. Mais la comparaison de leur état avec celui des bataillons de Paris , pourvus de tout > bien habillés et cousus d'assignats , les indisposait singulièrement. Les représentants , réunis à Niort , écrivaient, le 4 juin, à leurs collègues de la commission centrale à Saumur , qu'ils avaient à lutter contre les prétentions des troupes venant du nord et des Ârdennes. « La Êtcilité, disaient -ils, « avec laquelle nos collègues réunis à Tours ont » cédé à leurs demandes d'argent, et les promes- » ses qu'ils leur ont faites que nous leur fourni-
(i) « A monsieur Bulkeley, commandant de l'armée catholique » à la Roche-suivYon. »
(Pap. Goupilleau,)
» rions ici tous les objets dont ils ont besoin, nous » mettent dans le plus grand embarras. Nous » avons eu bien de la peine à calmer la fermen- » tation (1). » Le 18, mêmes plaintes des mêmes aux mêmes, et il y en avait bien d'autres. Les vivres étaient d'une rareté extrême. La crise des subsistances, qui allait aboutir peu après à la loi du maximum, était dans toute sa force (2). Le ministre de la guerre ne répondait à aucune lettre, n'envoyait pas d'effets d'équipement, d'armement ni de campement. Ce qui avait été envoyé au commencement de mai avait été accaparé parla '^ Commission centrale et était tombé au pouvoir de Tennemi avec Saumur. Nuls moyens de transport; pas de quoi porter les rations de pain pour quatre jours d'une colonne active. En outre des administrations de départements, effrayées de se voir sans garde-nationale et sans troupes, au milieu de crises de toute sorte, arrêtaient et retenaient des corps entiers. Quelques Conventionnels réunis à Niort travaillaient en vain de toutes leurs forces. Leurs réquisitions, par exemple, de toutes les voitures et charrettes des départements voisins, échouaient devant leur
(1) Pop. Goupilleau,
(2) On peut voir en particulier dans les registres des délibérations de la commune de Niort à quel point s'y faisait sentir cette crise, dont il faut étudier l'importance et le développement dans rhistoire générale de la Révolution.
emploi forcé au transport des grains ; leur corres-^ pondance avec leurs collègues en mission dans ces départements et les autorités de plusieurs districts démontre clairement leur bonne volonté mais leur impuissance forcée (1).
Pour toutes ces raisons, Biron ne pouvait encore se porter on avant. Le mois de juin se passa à inspecter les principaux points de son conmiandement, à faire passer des renforts à Luçon et aux Sables qui escarmouchaient tous les jours avec l'ennemi, (ce dernier poste notamment en réclamait à force, la reprise de Machecoul par Charette, le 11, lui donnant les plus graves inquiétudes) enfin à exécuter quelques expéditions heureuses sur Coulonges et le Busseau, entrée du Bocage du côté de Niort.
L'armée battue à Saumur se réorganisait à Tours, rien ne s'opposait donc à la marche de Cathelîneau. Après avoir occupé Angers, les 23 et 24 juin, il dépêcha vers Charette et Royrand, pour qu'ils l'aidassent par des diversions, et continua sa marche sur Nantes, devant laquelle il arriva le 28, avec quinze à seize mille honmies, presque tous
(1) Ce tableau, que nous sommes loin de forcer, est extrait littéralement de la correspondance des représentants, entre autres des lettres de Pii. Gh. Ai. Goupilleau à Haignen en date des 3, 11, 13, 15 et 20 juin, 13 et 18 juillet. Les séances delà Convention des 25 et 26 juillet 1793 peuvent aider à se faire une idée de ce qu'était le ministre de la guerre d'alors.
Angevins, et une très-nombreuse artillerie. Sapinaud écrivait quelques jours avant :
« Nous venons de recevoir la visite de M. de » Marigny qui a paru surpris que nous ne sus- » sions pas Theureuse nouvelle que vous nous » apprenez. Nous n'avons encore rien vu de Tar- » mée sortie de Niort, nous ne savons ce qu'elle » est devenue, quoiqu'on la présume avoir » pris la route de Paris par Saint-Jean-d'Angely. » Quant à vos prisonniers, je me suis informé au » commandant des Essarts, de la quantité de pri- » sonniers qu'ils avaient chez eux, il m*a répondu » qu'ils en avaient beaucoup, je vois qu'il est dif- » ficile de les placer là.
» J'ai l'honneur d'être, avec un sincère atta- » chôment, mon cher Bulkeley, votre serviteur
» et ami,
» Sapinaud de la Verie.
» Chantoïinay, ce 24 juin.
» Je prévois que l'intention de nos messieurs » d'Anjou est d'attaquer Niort et Nantes cette se- » maine (1).
Gharette et Hoyifand répondirent à l'appel qui leur était adressé • Le premier, chassant devant lui radjudant-gênéral Beysser, se porta sur Nantes
(1) « A monsieur Rulkdey, commandant à la Roche-su r-Yon. » (Pap. GoupHleav.)
— liO —
avec la meilleure partie de ses forces, le deuxième essaya de s'emparer de la ville de Luçon .
L'affaire de Nantes est bien connue. Cette riche et populeuse cité, assise sur la rive droite de la Loire et les îles qui divisent son cours en plusieurs bras, était, alors comme aujourd'hui, une ville ouverte. Mais dans la prévision de l'attaque les ponts qui conduisent sur la rive gauche avaient été coupés, les faubourgs barricadés; on y avait établi des retranchements et des batteries, préparé en un mot tout ce que la défense la plus énergique peut utiliser pour combattre pied à pied.
Le 29 au matin, l'attaque commença sur les deux rives de la Loire.
Sur la rive gauche, Charette ne put enlever le faubourg du pont Rousseau, dont la prise ne lui eût pas du reste assuré le passage du fleuve ; il borna donc sa diversion à une canonnade très-vive dirigée contrôla ville. On ne s'explique point qu'il n'ait pas prévu combien elle serait insuffisante.
Sur la rive droite, ce fut différent. Les Vendéens arrivèrent par les trois routes de Vannes, de Rennes et d'Angers, qui sortent de la ville de ce côté. Ils ouvrirent le feu sur ces trois points, le gros de leurs forces et leur attaque principale se portant, toutefois, sur la route de Rennes, placée au milieu des deux autres. Pendant toute la matinée ils firent des progrès rapides, mais arrivés aux faubourgs le combat devint furieux par suite de
l'impétuosité de Tattaque et de la ténacité de la défense. Sur presque tous les points, c'est à coups de bayonnettes et de crosses de fusil qu'on s'attaque et qu'on se défend ; chaque enclos, chaque jardin, chaque maison, est le théâtre d'une lutte acharnée dans laquelle on se bat corps à corps. Baco, le maire de Nantes, blessé, mais se faisant porter sanglant sur un tombereau, élève le courage de tous les habitants à la hauteur du sien ; ils rivalisent avec les troupes, que Ganclaux anime et dirige au plus fort de la mêlée. Pendant dix heures dure cette lutte horrible, les paysans gagnent toujours du terrain, mais contre des obstacles si répétés, des forces supérieures en nombre, ils n'avancent plus que lentement; ils vont pourtant arriver sur la place de Viarmes, d'où ils prendront à revers les routes de Vannes et d'Angers et pourront pénétrer dans l'intérieur de la ville. Cathelineau voit qu'il faut briser par un effort suprême les dernières résistances d'un ennemi haletant, il enlève ses hommes et se précipite à leur tête sur le 109^ dernier rempart vivant qui lui reste à renverser. Ce brave régiment pressé, refoulé, est obligé de reculer et les vendéens se précipitent sur la place; mais un cri se fait entendre, Cathelineau est tombé- frappé par une balle ; ses soldats l'entourent, l'emportent en poussant des cris de désespoir, et découragés refusent do continuer leurs efforts. En vain les autres chefs
veulent les ramener au combat, la balle qui a frappé Catholineau a décidé du sort de la journée, et un dernier retour offensif des Républicains délivre bientôt la ville de Nantes. Le lendemain les asealllants se retiraient sans être poursuivis.
Nous ne savons quelles furent les pertes réciproques dans cette journée. Canclaux, véridique dan» ses rapports, dit à ce sujet, dans celui qu'il adressa au ministre de la guerre : « Un feu de » mousqueterie et de canon presqu'à découvert, » qui a duré quinze heures, n'a pu que nous cau- » ser beaucoup de pertes, celle de l'ennemi doit » être très considérable (1). »
Cette victoire de Nantes fut pour la République un événement d'une importance incalculable. Il est impossible de prévoir comment les Vendéens auraient pu être soumis s'ils avaient pris Nantes, la Bretagne se soulevant infailliblement à leur contact, et alors que la France entière était si agitée par le dénouement de la lutte entre la Gironde et la Montagne.
Quelques détails sur l'attaque de Luçon, bien qu'elle fût très loin d*avoir une importance de ce genre, mais qui par cela même est peu connue. Elle était dirigée par Sapinaud auquel Royrand s'en rapportait entièrement.
(i) Guerre des Vendéens et des Chouans contre la République l^nçcMi^, p^r un off^er supérieur.
Luçon est dans une vaste plaine unie et découverte. Le 28 juin, quatre à cinq mille paysans réunis la veille à Bournezeàu, débouchèrent dans cette plaine, après une marche longue et pénible. Ils attaquèrent vers cinq heures du soir Tarmée Républicaine, aux ordres du général Sandos, qui prévenue les attendait rangée en bataille, la droite au bois de Sainte-Gemme et la gauche en avant de la ville. Après une courte canonnade, Sandos effrayé envoie à ses colonnes Tordre de battre en retraite, et à la tête d'un bataillon placé à Textrème gauche sur la route des Sables, il rentre dans Luçon et s'enfuit. Mais le centre et la droite n'exécutent pas cet ordre. Un officier intelligent et énergique, Leçômte, commandant du bataillon le Vengeur (1), les réunit et à leur tête prend résolument l'offensive contre le centre de l'ennemi. Celui-ci résiste quelque temps; mais il finit par ployer sous les efforts répétés de plusieurs charges fournies par la gendarmerie, au moment où le poste républicain du Port-la- Claye, arrivant sur le théâtre du combat, tournait leur aile droite ; alors les paysans lâchent pied et tous les efforts ne peuvent arrêter la déroute. Resté le dernier sur le champ de bataille, Sapinaud, avec une poignée d'hommes, protégea cette fuite jusqu'au pont de Mainclaye, et ne fut sauvé que
(i) Volontaires de la Charente et des Deux-Sèyres.
par les ombres de la nuit. Il avait perdu deux à trois cents hommes, une pièce de quatre et son caisson abandonnés dans les blés, et quelques charrettes chargées de munitions ; les pertes des vainqueurs, que le rapport de Sandos déclare être de trois hommes et quelques blessés, ne laissèrent pas que d'être assez fortes aussi. (1)
Si Ton n'éprouvait pas un véritable remords à rire au récit d'une lutte dans laquelle il ne coulait que du sang français, nous citerions le rapport de Sandos sur ce combat ; c'est un monument d'ineptie et de lâcheté, le plus grotesque qui se puisse imaginer. Mais peut-on s'empêcher de faire un triste rapprochement : la Convention accorda, sans la moindre observation, les honneurs de l'insertion au bulletin à ce triste rapport (2), et lorsqu'un peu plus tard Baco, l'intrépide maire de Nantes, parut à sa barre, à peine remis de ses blessures, il fut conspué, honni, par les tribunes et la Montagne (3).
(1) Le chiffre en fut soigneusement caché. Hais dans tout combat il faut admettre une proportion entre le nombre des tués et des blessés; et on peut s'assurer, en compulsant les registres do la commune et de l'état-civil de Luçon, que le nombre de ces derniers, qui succombèrent aux suites de leurs blessures, fut considérable, sans parler de l'évacuation de l'hôpital militaire sur la Rochelle, à cause de son encombrement.
(2) Séance de la Convention, du 3 juillet.
(3) Séance de la Convention, du 2 août. Il fut même envoyé à l'Abbaye, pour « avoir fait outrage à la Représentation nationale. » Attaqué successivement par cinq orateurs de la Montagne, le der-
Pendant ces événements Tavant-garde de l'armée de Niort s'était# enfin mise en mouvement (24 juin). Ce fougueux Westermann qui la commandait s'avance au pas de charge, à la tête de cinq mille hommes. Dans une attaque de nuit, il s'empare de Parthenay, où il a reçu^ l'ordre de * s'établir et la promesse de recevoir des renforts. Mais, emporté' par son ardeur, il court en avant sans les attendre. Le l*' juillet, il culbute quelques rassemblements à Amaillou, livre le pays aux flammes et au pillage, prend Bressuire le 2, Châtillon le 3, après deux autres combats assez vifs. Mais à la lueur des incendies les paysans accourent exaspérés , il est attaqué avec fureur le 5 dans Châtillon et battu à plate couture; sa petite armée est écrasée tout entière. (1)
A la nouvelle de ce désastre, Biron, qui ne cessait d'être dénoncé à la tribune de la Convention, donne sa démission; elle n'est pas acceptée. Mais quelques jours après une autre bombe éclate sur sa tête :
nier l'accusa d'avoir trahi au siège de Nantes. « Tu en as menti, » J.. f..... » s'écria Baco, en menaçant du geste le calomniateur.
(1) On peut se faire une idée de cette boucherie par le rapport du Lieutenant-Colonel d'un bataillon de la formation d'Orléans. Cet officier, nommé Friederichs, blessé lui-même, écrivait: « Le » quatorzième bataillon était composé de 469 hommes, officiers » compris ; après la désastreuse affaire de Châtillon, il a été ré- » duit à 17 hommes, officiers compris. Sur ces dix-sept, treize ont » été blessés ; quatre seulement ne le sont pas. »
(Guerre des Vendéens et des Chouans contre la République Française^ par un officier supérieur.)
— ne —
an nommé Rossignol, la veille septembriseur, ce jour-là lieutenant-colonel de la 35® division de gendarmerie, et qui demain sera général, Rossignol a été arrêté, parce qu'il prêchait dans les cabarets rindiscipline et le pillage à ses soldats; on lui met sur le dos Tordre de cette incarcération, levée bientôt par un décret de la Convention ellemême (l). C'en était fait du malheureux Biron ; deux jours après il était rappelé par un autre décret (2), le tribunal révolutionnaire se chargea du reste.
On comprend, sans qu'il soit utile d'y insister, les divisions et les tiraillements produits dans l'armée des côtes de la Rochelle par ces incidents (3). Mais il faut remarquer les mêmes effets, amenés par d'autres causes dans le camp Vendéen.
(1) Séance de la Convention du 9 juillet
(2) Séance de la Convention du 11 juillet.
(3) Garnier etMazade, représentants en mission à Saintes, écrivaient le 23 juin, au Comité de salut public : « Quand les Com- » missaires entendent la calomnie, sous prétexte de patriotisme, » dénigrer au hasard et généraux et commissaires, certes ils le » disent avec courage, c'est vouloir perdre la liberté de son » pays. »
Goupilleau de Montaigu, écrivait le 13 juillet, « je vois avec une 9 douleur infinie qu'il existe un système de dénonciation et de » persécution contre les généraux qui se comportent 1© mieux; » cela vient de ce que tout le monde veut commander, qu'il n'est » pas de sous-lieutenant qui ne voulut être général, qttc tes gé- » néraux en sous-ordre ne cherchent qu'à supplanter le ^nérat » en chef dans l'espoir de kii succéder; û n'y a pas jusqu'à' Ronf sin qui y aspire, Ronsin qui pe prend pas même la peine de » voiler son animosité et dont l'entourage révolte iei tout le » monde. Il n'est pas de moyen plus propre à tout désorganiser » et à perdre la République. » (Pap. Goupilleau.)
A rOuest du pays insurgé, Charette achevait de réunir dans sa main le commandement de tous les corps disséminés des Sables à Nantes, et s'en occupait exclusivement; au centre Royrand et Sapinaud, son conseil et son premier lieutenant, ne cherchaient qu'à abdiquer en faveur d'une action commune leur action particulière, et à devenir le trait d'union du marais Vendéen et du bocage Angevin. Sur ce dernier point, les petites intrigues qui s'agitaient dans le sein du conseil supérieur, Taction de plusieurs chefs subalternes qui cherchaient à faire de ce conseil le point d'appui de leurs jalousies ou de leurs ambitions, jetaient un désordre extrême dans toutes les délibérations. On en jugera par la lettre suivante adressée à Sapinaud par un ofQcier de son armée qu'il avait envoyé à Châtillon dans les premiers jours de juillet. M. de Cumont, ainsi s'appelait cet officier, après avoir donné dans une lettre trèscourte quelques explications insignifiantes sur sa mission, ajoutait au revers:
« Ayant écrit sous les yeux de vingt-cinq person- » nés je n'ai pu vous dire mes remarques que voici : » n m'a paru régner un très-grand désordre dans les » délibérations de noscoUègues, dont aucuns nesont » d'accord et c'est une vraie pétaudière ; on me » renvoyait de Cai]phe à Pilate, et je vous avoue » que ma mission m'a fort ennuyé. Il se faisait rap-
» saudi sur rapsaudi; on me parlait toujours de » plan qui variait à chaque instant ; on me té^ » moignait de la surprise de la lettre de M. d'Ël- » bée, qu'on regardait amphibologique; enfin j'ai » eu le bonheur d'intéresser M. Donnissan, » homme réfléchi et très-honnête, qui m'a dit que » l'on faisait un rassemblement ici, à Châtillon, » vendredi prochain, pour aller sur Parthenay, » pour couper sur cette route trois ponts, afin » de mettre ce pays à couvert. Cette opération » faite, il regarde impossible à Biron d'oser mar- » cher sur ces parages, sans être sûr de la défaite » totale de ses troupes. Si le rassemblement est » considérable, la grande armée se portera sur » Niort par la traverse. Il lui faudra cinq jours » pour arriver à ce point. C'est toujours M. Don- » nissan qui parle. Il voudrait, s'il vous est possi- » ble d'avoir des forces jointes à celles de » M. Charette et autres, que nous nous porterions » sur Fontenay, pour inquiéter nos ennemis. J'ai » fait mes observations, qui sont que je ne croyais » pas prudent d'aller à Fontenay, ayant nos enne- » mis sur Luçon et autres points adjacents ; l'avis )> serait de les forcer, mais vous savez que nos » forces ne nous permettent guère cette entreprise, » et notre mouvement, pour être combiné avec » celui de M. Donnissan, ne doit avoir lieu qu'au » cas qu'on attaque Niort, et cela me paraît souf- » frîr de grandes difficultés de tous côtés. Vous
» jugerez. Messieurs, ce que vous avez à faire de » mieux pour l'avantage de notre cause. M. Don- » nissan m'a promis et repromis qu'il vous ferait » part, par écrit, du parti qui serait pris aussitôt » qu'il sera arrêté. M. de Marigny ne se fait guère » plus de partisans parmi ses collègues qu'il ne » s'en est fait chez nous. MM. des Prez, de » Denan et Bejarry sont ici. J'ai refusé de dîner » dans la maison où ils sont, pour vous faire part » de ce qui m'a été dit. M. l'Evêque se mêle » du spirituel et du temporel, ce qui déplaît à » plusieurs de ces messieurs , particulièrement à 1» M. Dônnissan, qui m'a dit, en me communiquant » un interrogatoire qu'a fait subir Monseigneur à » un prisonnier : Ah 1 que chacun serait bien » dans sa place I Je vous rejoindrai le plus tôt pos- » sible, mais il me faut un couple de bonnes » nuits, et à peine ai-je trouvé un lit chez moi ; » tout y a été mis sans dessus-dessous par la peur » seulement. J'ai été fort aise d'apprendre, par le » retour du courrier qui avait été vous faire part » de la victoire de Châtillon, qu'il n'y avait rien » de neuf à Ghantonnay : je vous embrasse, mon » cher tonton; tâchez de lire mon griffonage à » M. de Royrand. Je vais manger un morceau, » puis dormir et me rendre chez moi.
» Cumont.
» A une heure après midi, ce 9 juillet 1793. » (1)
(1) ?a/p. GoupHUau.
Pour ce qui est des opérations militaires, ces incertitudes ne durèrent pas ; car désormais à peine la Vendée a-trelle repoussé uneattaque, qu'une autre lui succède.
Les forces réorganisées à Tours, sont revenues à Angers. Dix-neuf mille hommes, avec une nombreuse artillerie, sous le commandement du lieutenant-général la Barolière, vont attaquer par Brissac, malgré un plan différent bien combiné à Angers, le 9, entre Biron et Ganclaux. La Commission centrale suit Tarmée, elle venge les défaites précédentes. — Arrêté du 8 juillet : établissement d'un Comité de surveillance, pour rechercher et foire arrêter les suspects. — Arrêté du 10 juillet : établissement d'une commission militaire, qui jugera sans désemparer, statuera sans appd, et dont les arrêts seront publiés et exécutés dans le même jour. — Arrêté du 17 juillet: renvoi devant le tribunal révolutionnaire de Paris, des membres du conseil municipal provisoire établi à Saumur par les brigands, etc. etc. — Et dans les intervalles, elle compose pour se délasser un petit journal (1).
(1) Le Courrier de Varmée des Côtes de la Rochelle, publié par les citoyens Richard, Choudieu, Bourhotte, Turreau et TalUen, Représentants du Peuple, formant la Commission centrale étorblie par la Convention nationale, près cette armée. — A Angers, de l'imprimerie nationale, chez Mame, imprimeur de la Commis^ sion centrale.
Ce doit être une rareté bibliographique de premier ordre que la collection complète decette feuille, où on trouve môles à tous les
Pendant ce temps la Vendée moissonnait, Gathelineau allait rendre le dernier soupir, et Tannée républicaine s'avançait.
L'été de 1793 fut très-chaud. Les travaux de la récolte, commencés de bonne heure, occupaient tous les paysans; par suite les rassemblements s'effectuaient difficilement (1). Quelques milliers
arrôts de proscription dtés cinlessos de fades madrigaux en rhonneor de la < sainte Montagne : » Les plus importants catalogues de documents sur la Rérolution, tels que ceux de Deschiens, de la Bédoyère, etc. n'en font point mention.
(1) Lettres de Goupilleau de Montaign à Maignen, des 14, 18, 39 juàlet. Ce ne sont plus les billets si simples du commencement de Tinsurrection (▼. p. 76, 78) qui appellent aux armes, ce sont des imprimés dans.le genre du suivant :
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