ERNEST CAPENDU
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MONTREAL, LA LECTURE, 42 Place Jacques-Cartier 160e
Pa 2203 Céec LL sf
DU
Le 30 jsnvier 1745, au moment où dix heures et demie du soir sonnaient à la chapelle de Saint-Nicvlesdes-Champs, un fiacre, débouchant de la rue Grenéta, traversa la rue St-Martin et vint s’arrêter le long des murs du cloître de l’abbaye.
Le cocher quitta son siège, et, ramenant sous son bras gauche les plis de sa houpelande, il ouvrit la portière: trois hommes descendirent.
Le dernier qui mit pied à terre paya le cocher sans Prononcer une parole.
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L’automédon salua. en homme satisfait du pourboire reçu; puis il reprit .sa place sur son siège, et, fouettant ses chevaux efflanqués, il les força à prendre le trot. La voiture suivit la rue Aumaire et disparut ans la direction de la rue Transnonain,
Les trois hommes étaient demeurés immobites et muets à la même place, Paraissant attendre que le facre s&æ fût éloigné.
La température était très basse cette nuit-là: le ther.
Cette partie de Paris. était absolument déserte, et, quand le bruit du roulement de Ja voiture eut cessé avec léloignement, un silence profond régna.
Les trois hommes firent à la fois un même mouvement, se rapprochart comme pour se consulter.
Ces trois Personnages, qui étaient À peu près de même taille élevée, étaient tous trois vêtus de noir, et chacun s’enveloppait dans les plis d’un long manteau de
Couleur sombre qui cachait le bas du visage, tandis que
lombre dun chapeau dissimulait le haut.
Ils se regardèrent un Moment tous trois, semblant se consulter des yeux : Puis celui qui était au centre fit un geste: les deux autres s’inchinèrent légèrement.
Tous trois se mirent alors en marche. Ils longèrent le mur du cloître, remontant la Tue St-Martin dans la direction de la barrière. Arrivés à l'angle de la rue du
Vert-Bois, ils tournèrent à droite et s’arrêtèrent devant
la porte d’une petite maison à deux étages
L’un des trois nocturnes PTomeneurs dégagea sa main droite de son manteau et il introduisit une clef dans la serrure, tandis que les deux autres interrogeaient la Tue à droite et à gauche.
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Certains que personne ne pouvait les voir, ils se retournèrent, et, la porte étant ouverte, ils entrèrent tous trois.
La porte fut refermée ; ils se trouvèrent alors dans une obscurité complète; mais sans, doute ils cohnaissaient parfaitement la localité, car ils se dirigèrent vers une porte située à l’extrémité du vestibule dans lequel ils venaient d’entrer.
La porte ouverte, ils pénétrèrent dans une autre pièce encore plus obscure peut-être que le vestibule,
“Fault-il allumer la lanterne ? dit une voix sur un ton très bas,
—Non, répondit une autre voix; je me charge de vous guider, sans même heurter un meuble, jusqu’au perron donnant sur le jardin.
—Mésieurs, dit une troisième voix sur le même ton, je crois que, par plus de prudence, nous devrions mettre nos masques avant de descendre dans le jardin et convenir, entre nous, de la façon de nous interpeller.
—Soit, reprit la voix qui avait parlé la seconde et qui avait un certain ton de commandement, Convenons que je m’appellerai monsieur A.
—Et moi monsieur B, dit la seconde voix.
—Alors moi, monsieur C.
—Très bien. Maintenant, mon cher monsieur B, veuillez prendra la main de M. C., qui va prendre la mienne, et je vous conduirai de façon à ne faire aueun bruit. ”
L’ordre exécuté, les trois hommes s’avancèrent lentement. Ils traversèrent plusieurs pièces sans qu'aucun accident ne survint.
“ Voici le porte du jardin, ” dit M. À., en s’arrêtant.
Il louvrit doucement : la clarté du ciel étoilé fit apparaître blanches les marches d’un Perron descendant dans nn jardin qui avait Pour limites je cloître Saint- Martin. : =
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Les trois hommes franchirent les marches. Tous trois avaient un masque de velours noir sur le visage.
M. À, qui marchait le Premier, s'arrêta devant une petite cabane ayant une ouverture sans porte. Il entra dans l’intérieur; puis il ressortit presque aussitôt, tenant à la main deux pioches et une pelle. ù
‘Le jardin, qui était assez grand, paraissait fort mal soigné: le lierre et les mauvaises herbes avaient tout envahi, et quelques arbres aux branches dénudées se dressaient çà et là.
M. A prit une allée: ses deux compagnons le suivirent.
Ils atteignirent un rond-point, au centre duquel se dressait un abricotier de plein vent.
“C’est là! dit M. À en désignant le pied de larbre.
—Vous en êtes certain? demanda M.
—Parfaitement certain.
—“Alors fouillons.
—Le travail sera dur, car la terre est gelée! fit observer M. C!
Commençons toujours ! ”
Les trois hommes commencèrent à creuser au pied même de l’srbre; les coups de pioche se euccédaient rapidement, et la pelle rejetait la terre.
Il ÿ avait dix minutes au moins que durait ce travail, rendu pénible par l’état de dureté du sol, lorsque M. C s'arrêta soudain :
“Je sens une excavation, dit-il; le bout de ma pioche a rencontré le vide.
—Âlors, dit vivement M. A, prenons les précautions les plus grandes; n’avançons que ligne à ligne et gardons-nous de rien briser | ”
Les trois hommes avaient quitté leurs manteaux: retroussant les mancher de leurs habits, ils vidèrent avec la main le trou qu’ils venaient de faire dans le sol.
Bientôt {ls dégagèrent une couche de chaux formant
une sorte de dessus €e voûte. C'était dans cette couche que la pioche avait pénétré.
Prenant les plus grandes précautions et travaillant avec un ensemble merveilleux, les trois hommes enlevèrent ce dessus de voûte, morceau par morceau.
Cette opération mit à découvert une fosse creusée en entonnoir. Les trois hommes se penchèrent sur lou. verture de la fosse.
“On ne voit pas, dit M. B.
—On distingue, dit M. C., mais on ne distingue pas assez nettement.
—11 faut allumer la lanterne, dit M. A, car nous devons avoir des renseignements précis: c’est abeolument uecessaire. ”
Monsieur C alla vers l'endroit où il avait déposé son manteau. Il prit une lanterne et, se plaçant au-dessus de la fosse, il l’alluma. Alors il abaissa lentement son bras et la lumière éclaira l'intérieur de la fosse,
La profondeur pouvait être de cinq pieds. - Cette fosse con:enait un squelette portant une corde au cou. : Les dents et les cheveux écaient parfaitement conservés, et un anneau d’or entourait encore une phalange. Plusieurs ossemente gisaient au fond de la fosse, mais à la position du crâne, à celle de la colonne vertébrale et des ossements d’une jambe et &’en bras, il était facile de reconnaître que, soutenu par les amas de terre et de chaux, le corps avait conservé, en grande partie, la pose dans laquelle il avait dû être enseveli.
—Vous voyez que c’était bien M, messieurs, dit M. O.
—Qui, répondit M. C qui examinait attentivement le squelette. Mais ce qui m'étonne, c’est la conservation parfaite... :
—Rien n’est plus facile à expliquer, cependant, dit M. B. Quand on s enterré le cadavre, on Va recouvert de chaux vive, œels est évident; mais dans la précipitation de l’enterrement on a oublié de jeter de l’eau sur
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