‹ Le Chevalier du Poulailler [microforme]Chapitre 12 sur 44 · LE SOUPER · texte numérisé non relu

LE SOUPER

Un silence avait suivi les paroles du vicomte de Tavanne. Tout.à coup, Brissac, Richelieu et Lixen partirent d’un joyeux éclat de rire.

“ Ah! dit Richelieu, pour être plus certain que ton ami vienne, Tavanne, tu devrais aller le chercher.

—J'irais si je savais où le trouver, répondit tranquillement Tavanne.

—Tu n’es pas de sa bande, n'est-ce pas? demanda le prince de Lixen en manifestant une crainte comique.

. Messieurs, reprit Créqui, je propose une chose!

—Laquelle ? demanda-t-on.

Si Tavanne va chercher Poulailler, j'irai chercher, moi, quelqu'un qui sera enchanté de se retrouver avec lui.

—Qui cela ?

—Tournehem !

—Ile fermier général! dit Mlle Salé.

—Jæ père adoptif de Mlle Antoinette Poisson | dit Brissac.

—Le qualificatif oh de trop! fit observer Bernis. ==Wotre demoiselle Antoinette Poisson n'est-elle pas présentement Mme Te Normand d’Etioles ? demanda Mlle Dumesnil.

Ant, dit, Richelieu ; elle à épousé, y. deux rois

mienne nds ins | odd

Le N ormand, le sous-fermier, le neveu de Tournehem d’Etioles. J'ai assisté aux noces.

—Bah! fit Créqui, vous vous êtes fourvoyé dans ce monde de finances ?

—On s’oublie quelquefois, mon cher.

—Mais on s retrouve toujours, ajouta abbé de Bernis.

—Mais qu'est-ce que votre Tournehem, Je père plus Où moins adoptif de Ja jolie Mme d’Etioles, a affaire aver Poulailler ?

Comment! Brissae, Vous ne savez pas cela dit Cré qui avec un sentiment d’étonnement prononcé.

—Mais nor. ë

— Vous savez du moins qu’il existe dans ce monde élégant et séduisant de POpéra, dont Camargo et Salé sont les deux reines, une charmante et récente recrue qui a nom Mlle Allard ?

-—Parbleu! dit Brissac. Certes, je le sais...

—Bref, continua Créqui. Quoique la nature ait beaucoup fait pour la petite Allard, Tournehem a trouvé qu’elle n’avait Pas fait encore assez.

—Et la preuve ajouta Mlle Gaussin en riant, c’est que la nature, dans ses dons, ayant oublié les diamants, le fermier général a réparé l’oubli.

—Cest-à-dire a voulr réparer...

—{Comment ?

—On avait remarqué à l'Opéra, poursuivit Créqui, qu’à chaque sortie du théâtre la jolie petite Allard était suivie par un cavalier fort élégant, qui s’enveloppait le bas du visage dans les plis de son manteau. ue fois qu’elle arrivait au théâtre, elle trouvait le cavalier Sur s0n passage. Cette adoration muette dura plusieurs jours. Comment ce mutisme cessa-t-i] ? je ne sanrais Le dire. Tout ce que je puis affirmer, c’est qu’il cessa, et

és —

lu preuve, c’est qu’un certain soir, après la représentation, Allard et le cavalier étaient assis devant !

foyer de la chambre de la jolie danseuse, paraissant d.

viser avec une certaine animation.

—Passons! dit Lixen.

—l'out à coup on sonne. La camériste accourt ef- ‘ farée, et elle entrebâille la porte en glissant ces mots : “ Le fermier général!” Mlle Allard, quoique jeune encore, étant douée de beaucoup d’expérience, pria rapidement le beau cavalier de passer dans un cabinet voisin. La porte se refermait sur lui au moment où Tournehem faisait son entrée, un volumineux paquet sous le bras. Vous devinez ce que renfermait ce paqgnet ?

—Les diamants! dit” Sophie.

—Précisément. Allurd fut éblouie... mais éblouie au point qu’elle oublia le cavalier caché dans le cabinet noir. Les diamants étalés devant elle, brillant de tous leurs feux, elle joignait les mains avec admiration : “Oh!” fit-elle en regardant le galant bieufaiteur. Mais clle demeura stupéfaite. Tournehem était debout, immobile, les yeux démesurément ouverts et dans la position d'un homme glacé d’effroi. En cet instant, la petite Allard sentit quelque chose effleurer sa tempe gauche; elle se retourna... Un cri expira sur ses lèvres...

—Oh! firent les dames en frémissant.

—Derrière elle, reprit Créqui, était un homme te nant un pistolet armé de cnaque main. Cet homme était l’élégant cavalier qu’elle avait fait cacher dans le cabinet noir.

—Quelle horreur! s’écria Sophie.

—{C’est affreux! dit Salé.

—Et qu’advint-il? demanda Brissac.

: —Le cavalier s’inclina poliment en maintenant le canon du pistolet à ia hauteur de la poitrine 1 fermier général. “ Monsieur, dit-il, comme. il n’y a per-

somne ici pour me présenter à vous, et que mademoiselle ignore mon nom véritable, je vais me présenter moi-même: Le chevalier du ‘Poulailler! à

—Le malheureux Tournehem a dû devenir vert! dit Richelieu.

Je ne sais de quelle couleur il est devenu, mais il avait terriblement peur. Poulailler était plein d’ai-

“Cher monsieur, continua-t-il, vous avez fait un Choix charmant en achetant ces bijoux, et la plus ‘ grande preuve d’admiration que je puisse vous donner, c’est de vous prier de me les offrir. Mais pour que le cadeau ait plus de prix, je tiens à ce qu’il vienne de vos Mains propres. Veuillez donc remettre ,vous-même, ces bijoux dans leurs écris, puis les envelopper avec soin afin que je puise les emporter facilement, ”

Et tout en s'exprimant ainsi, Poulailler maintenait lun de ses pistolets sur la Poitrine du fermier général, tandis que le eanon de l’autre effleurait la tempe de la petite Allard. Vous pensez si le fermier général obéit sans mot dired

Quand il eut achevé, Poulailler le pria, toujours avec une exquise politesse, de placer le paquet dans la poche de son habit puis il salu :

“M. le fermier général, dit-il, je ne soutirirai pas que vous m’accompagniez. Mademoiselle aura la gracieuseté de me recondnire en m'éclairant jusqu’à Ja porte de sa maison. ”

Le pistolet faisant toujours son office, le «erwuier généra} n’osa tenter un “nouvement, et la petite Allard, tenant un flambeau d’une main tremblante, accompa-

Et amaint nant, messieurs, que pensez-vous du chevalier. du. Pouiailler ?

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