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LISTE DES SOUHAITS

Au Prince de Conti :

Le meilleur cuisinier de France et de ou Aucun de nous à souper.

Navarre,

Au Dre de Richelieu +

Une ambassade à Vienne, ou Se fera moine un an durant.

Au Duc de Fitz-Trmes :

Etre trompé six fois.

ou Fidèle six mois.

Au Vicomte de Tavanne :

Disposer de nous absolument durant viugt-quatre heures

ou disposition vingt-quatre heures

Au Comte de Conflans :

Etre à notre durant.

L'amour de Mme de Prie,

ou Le haine de Mine de Boufflers.

Au Marquis de Créqui:

Trois coupés d'épée donnés, ou Reçus.

Au Comte de Coigni:

Bonheur au jeu, ou Malheur en amour. s

Au Duc de Lauzun :

Janséniste point ne sera, ou Des serpents avalera.

Au Comte de Rieux :

Aura d’Avesne, Gèvres et Sabran, ou Fêtera les Flagellants.

Au Chevalier de la Morlière :

Six mois de prison, ou Un grand héritage.

Au Comte de Charolais:

Enlever dans un délai de huit jours, sa maîtresse au premier homme de noblesse ou de finance qu’il rencontrera ce matin, après midi sonné,

où

Porter quatre jours un costume jaune.

Au Baron de Montjoie:

Dans le délai d’un mois, être l'amant de la première femme, fille ou veuve qu’il rencontrera en sortant du cabarct, cette femme, fille ou veuve fût-elle vicille, laide, décrépite et mendiante,

ou

Porter quatre jours durant une perruque de peau de

sanglier.

“ Fait À la douzaine, entre nous, ce premier janvier mil sept cent vingt-cinq. ”

Suivaient les signatures des douze gentilshommes.

+ —Mais c’est cela! s’écria la Morlière, je me rappelle parfaitement— J’ai eu un procès-verbal semblable r# a disparu quand ju: été mis à St-Lazare.

—1l est inutile, poursuivi le comte d’A, qre je vous raconte la fin de ce souper. On attendit le jour pour quitter la table, et il fut convenu qu’on ne se séparerait qu'après midi sonné, à cause des deux souhaits faits au baron et au comte.

—C’est encore vrai.

—Le baron devait descendre le dernier; cinq gentils- . hommes devaient traverser la rue et se ranger en face du cabaret, trois se placer à la droite de la porte et trois à la gauche.

Le baron de Montj .e devait descendre ensuite, sortir quand il lui plairait, prendre à droite ou à gauche à sa volonté, et marcher lentement, suivi de 8es compagnons qui tiendraient les deux côtés de la rue jusqu’au féminin.

A cette heure matinale, les rues n’étaient pas très animées. Le baron atteignit la rue des Fossés-Saint- Germain sans avoir rencontré âme qui vive; il la descendit jusqu’à la place du Louvre.

Là, Montjoie parut hésiter, et il demeura un mo-

moment où il rencontrerait la première personne du sexe inent immobile cn face du palais. I] commençait à éprouver une certaine anxiété et il sentait son coeur se serrer sans trop savoir pourquoi.

I regarda à droite et à gauche... 11 n’y avait personne.

Enfin il tourna à gauche : et il longea l’ancien cloître de Saint-Germain l’Auxerrois. Au moment où il passait devant le portail de l’église, la porte s’ouvrit doucement et une ombre apparut.

Cette ombre était celle d’une femme enveloppée dans sa mante, mais si bien enveloppée qu’on ne pouvait voir son visage.

Le baron tressaillit: l'aventure était entamée, il fallait la poursuivre.

La femme, en voyant en face d’elle ces douze hommes arrêtés pour la contempler, fit un geste de frayeur.

—Geste qui dérangea sa mante, dit vivement la Morlière, et qui nous laissa apercevoir le plus adoraule visage que l’on puisse rêver. Il n’y eut qu'un cri! Et comme son effroi redoublait, le baron s’approcha d’elle et il la rassura. Ce fut ainsi qu'ils entamèrent connaissance. Vous voyez que j'ai la mémoire fidèle?

— Un valet, stylé d’avance, reprit le comte d’A, devait suivre la femme et rapporter tous les renseignements nécessaires. La femme, rassurée par les paroles bienveillantes de Montjoie, cuntinua sa route en se dirigeant vers le quai de l’Ecole, car elle habitait quai de la Ferraille.

On la laissa s'éloigner. A onze heures et demie le valet vint rendre compte de sa mission à l'hôtel Charolais où s'étaient rendus les gentilshommes.

La femme qui avait rencontré le baron de Montjoie se nommait Ursule Renaud, et son mari était armurier. C'était pour obtenir la guérison de sa fille, enfant à

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peine âgée de huit mois et qui était en nourrice à Vincennes, qu’elle faisait une neuvaine à St-Germain l’Auxerrois. Elle avait un fils qui travaillait avec son

re.

Ursule Renaud, âgée de trente ans, passait à juste titre pour la plus belle femme du quartier, et on l’avait surnommée : la jolie armurière du quai de la Ferraille.

—De mieux en mieux! dit la Morlière. Il me semble que j'entends encore le rapport du valet, qui se nommait Saint-Claude, et qui était au service du comte de Charolais. C’était un drôle intelligent comme j'en désirerais fort trouver un aujourd’hui pour l’attacher à moi.

—Midi allait sonner, reprit le comte d’A, et on décide qu’on allait sortir, afin que Charslais pût rencontrer celui auquel il devait prendre sa maîtresse dans le délai de huit jours. ”

LA JOLIE ARMURIERE

: “Ah! dit la Morlière en riant, quant à l'affaire de Charolais, je puis bien vous la raconter si vous voulez, car je la vois encore et je me la rappelle jusque dans ses moindres Aétails. Et puis, si j'oubliais quelque petit incident, la Brissault est là pour me donner la réplique. . —Oh! dit la Brissault, en minaudant, j'étais si jeune alors...

—Et moi donc !tu comptais tes dix-huit printemps, ma belle, et moi mes vingt-deux étés! Ah! ventre ma- . hon! que j'étais aimable et qu etu étais belle! Beau temps que celui de la Régence! Beau temps de ces soupers joyeux dont monsieur le comte vient de réveiller les souvenirs !

| —Revenons à celui du 30 janvier 1725, dit St-Leu. —Done, reprit la Morlière, nous allions quitter Phô. tel Charolais, et nous nous apprêtions à descend:e les degrés du perron, quand un coup de cloche retentit violemment. Nous nous retirâmes.

—Messieurs, dit le comte de Charolais, voici peutêtre une visite qui nous évitera la peine d’une prome- nade, ” Midi sonnait au moment où la grande porte s’onvrait, laissant passage à un équipage.

“Vive Dieu! cria Charolais. Rentrez dans le salon,

messieurs, que nous ayons au moins la surprise de l’événement. |

—Quel est le malchanceux que nous envoie le hasard ? nous disions-nous en regagnant le salon.

Nous y étions à peine installés que la porte s’ouvrit et qu’un valet annonça :

“M. de Sainte-Foix ! ”

En entendant le nom du financier, nous fimes des efforis surhumains Pour nous empêcher de ire. Il entra, salua, et s’avançant vers M. de Charolais, avec l'air le plus aimable, il jui remit le montant d’un bon de caisse que le comt elui avait envoyé la veille.

Charolais le remercia et le pria de s’asseoir, avec un ton de cordialité, qui dut fort étonner le financier.

“Eh bier, M. de Sainte-Foix, dit Charolais en souriant, êtes-vous toujours le bienfaiteur de nos nymphes de Opéra ?

—Hélas! monseigneur! j'ai fait ce que j'ai pu pour être agréable à ces demoiselles.

—Et vous avez réussi!

—Je ne sais si... dit Sainte-Foix avec humilité.

—Et, reprit Charolais, quelle est la parfumée déesse qui, en ce moment, vous attèle à son char ?

—Aucune,

—Bah! fîimes-nous tous avec étonnement, car la réponse de Sainte-Foix enlevait tout le comique de la situation.

—Ah! dit Charolais vous avez le coeur libre! Tant mieux ! la vaisse sera plus lourde!

—Le coeur libre, n’est pas le mot! dit Sainte-Foix, qui n’était pas fâché de se poser devant nous en homme inflammable.

—Si vous n’avez pas le coeur libre, c’est qu’il est prit!

—Je lPavoue.

—Et l'Opéra n’y est pour rien ?

— Pour rien?

—Qu'’est-ce que c’est donc, alors ?

—Une aventure étonnante, ”

Et Sainte-Foix se renversa sur son fauteuil avec des allures de grand seigneur.

“ Contez-nous cela ! lui cria-t-on.

—Eh bien, messieurs, te] que vous me voyez, je suis amoureux, mais éperdûment amoureux de la personne la plus jolie, la plus charmante, la plus spirituelle...

—La femme de Personne, répondit le financier, mais la fille d'Antoine Brissault, le peintre de plafonds !

—Et elle vous aime ?

—Je le crois.

—Mais elle vous résiste ?

—Avec opiniâtreté ! ”

“Charolais savait ce qu’il voulait savoir: il congédia Sainte-Foix. Puis voulant accomplir le souhait, il entra en Campagne. Ah! vertuchoux! il ne perdit pes son temps, hi Sainte-Foix non plus au reste!

“Ventre-saint-gris ! continua la Morlière en se tournant vers la Brissault, tu as été joliment adroite, ma belle Quel début! Quelle entrée dans la vie! Tu ts moquée à la fois et du comte de Charolais et du finencier Sainte-Foix.

“Oui, messieurs! Cette superbe Brissault que vous voyez, et au char de laquelle je me suis attaché comme bien d’autres, a fait ses premiers pas dans le monde en trompant un gentilhomme Pour un financier et un financier pour un gentilhomme! A telle preuve que le huitième jour venu, elle offrit à souper au comte dans l'hôtel que venait de lui donner Sainte-Foix.

À ta santé, Brissault ! ”

Les verres se choquèrent, et la Brissault fit raison du toast porté.

“ Les choses se sont absolument passées comme vous le dites, reprit le comte d’A, après un silence. Reste

maintenant à terminer l’aventure du baron de Moni-

joie.

—Akf dit la Morlière, autant que je me souvienne, c’est moins gai.

—Beaucoup moins, aussi n’entrerai-je pas dans de nombreux détails. Ursule Renaud était la femme d’un homme qu’elle adorait et qui avait pour elle une passion sincère. Ils faisaient un excellent ménage. Ils avaient - deux enfants: un fils de douze ans et une fille âgée de quelques mois seulement.

Cette petite fille était en nourrice à Vincennes, et chaque dimanche Ursule et son mari ailaieni la voir et l’embrasser. C’était pour eux grande fête.

Leur fils les accompagnait : il adorait £a pi . soeur: Ce fils se nommait Gilbert.

Le travail de Renaud suffissit largement aux besoins de la maison. Gilbert aidait son père, dont il s’était fait l’ouvrier. |

Ce fut à cette honnête famille, et pour y jeter le trouble et la honte, que s’adressa le baron de Montjoie afin d’accomplir un souhait fait par. un gentilhomme ivre dans une orgie.

Le baron avait un mois pour réussir; mais ii ne peidit pas de temps. Il alla chez l’armurier et il acheta des armes. Cela le mit en relation avec Ursule, car c'était elle souvent qui vendait.

Le baron employa tous les moyens pour séduire la jeune femme, mais il fut sepoussé.

L'atelier dans lequel travaillaient Renaud et son fils étant éloigné du quei de la Ferraille: Renaud n’avait vu qu’une seule fois le baron de Montjoie et il ne s’était aperçu de rien.

Ursule avait tout gardé pour elle seule. Elle n’avait fait confidence à personne des tentatives amoureuses du baron, et moins encore à son mari qu’à iout autre, car elle connaissait le caractère du maître armurier.

Renaud était bon, loyal, généreux, très brave, mais d’une nature énergique, ferme et implacable. Il avait trois grands amours, trois grandes passions, trois grands cultes : son honneur, sa femme, ses enfants. I] eût tout sacrifié pour ce qu’il aimait; son bonheur, sa fortune, sa vie.

S’il eût pu supposer qu’un gentilhomme, de quelque maison qu’il fût, eût osé faire la cour à Ursule, il l’eût contraint à se battre et il l’eût tué.

Ursule avait eu, treize ans avant, un exemple de a vivacité et de lénergie de Renaud. (C'était trois semaines après leur mariage. Ursule revenait de ja messe, où elle était allée seule.

Un sous-officier des --ldats aux gardes l’aborda sur le quai et voulut lui conter flcurette. Renaud était sur la porte de sa boutique.

Il aperçut le sous-officier : il comprit ses manoeuvres ct ses intentions. Il rentra dans sa boutique, il décrocha une épée; puis, laissant passer Ursule, il prit le sergent par le bras.

“Entre là!” dit-il en le poussant dans l’allée sombre d’une maison.

Il referma la porte: il faisait noir dans cette allée, qu’éclairait un oeil de boeuf.

“ Dégaîne! ” dit-il.

Le sergent était brave: ils se battirent à tâtons.

Quand Renaud eut tué le sergent, rentra chez lui, il se lava les mains, nettoya son épée et il offrit le bras à Ursule pour aller faire un tour de promenade.

Ursule ne savait rien. Le lendemain elle apprit tout. Elle se jeta, sanglotante au cou de son nuari.

“C’est comme cela dit simplement Renaud. Je t’aime. Tu es ma femme, mon bien, ma vie: celui qui oserait toucher à mon trésor, je le tuerais: bourgeois ou gentilhomme aurait le même sort. ”

Et Ursule savait que Renaud disait ce qu’il pensait.

Aussi lui avait-elle caché avec le plus grand soin la tentative du baron de Montjoie. à

Dix jours se passèrent ainsi. Ursule, depuis deux jours, n’avait pas revu le baron : elle espérait qu’il avait renoncé à ses desseins et qu’il ne reviendrait plus.

Le dimanche approchait: c'était le 12 du mois de janvier, et le jour où l’on devait aller à Vincennes voir la petite Nicette. Tout était préparé pour la promcnade.

Le dimanche matin, Renaud reçut une lettre du comte de Charolais apportée par un courrier. Le comte donnait à Renaud, son armurier, l’ordre de se rendre, sans perdre une minute, au château de Fosseuse, où il résidait en ce moment.

Le comte devait chasser le lendemain, et les armes n'étaient pas en état.

Il n‘ÿ avait pas à hésiter; Renaud partit avec le courrier. LS

Ce jour-là, Ursule et Gilbert allèrent seuls à Vincennes. . C’était le premier dimanche, depuis la naissance de Nicette, que Renaud n’allait pas embrasser sa fille.

Ursule était triste; mais Renaud devait revenir le lendemain ou le surlendemain au plus tard: il n’y avait donc réellement pas motif d’être attristée.

Au moment du départ, le courrier du comte avait insisté pour que Gilbert partît aussi, afin d’aider son père; mais Renaud avait refusé, bien que Gilbert eût rougi de plaisir à la pensée d’aller au château un jour de grande chasse.

Ursule et son fils revinrent le soir. Le lendemain, Renaud ne revint pes. re

Le surlendemain, c’était le 14, Renaud ne révint "pas encore,

L'inquiétude commença à torturer le coeur d’Ursule, car elle savait combien son mari était exact...

“Son travail uura été plus long! disait Gilbert pour calmer les inquiétudes de sa mère.

—Mais il m'aurait écrit, il m’aurait fait prévenir ! ” répondait Ursule,

Deux jours s’écoulèrent encore; on n'avait pas de nouvelles. Il n’y avait personne à l'hôtel Charolais, à Paris. On ne savait rien. Ursule pleurait...

Quand Gilbert vit pleurer sa mère, il la conjura de le laisser partir pour aller au château savoir ce qui était arrivé.

Ursule hésita; Gilbert avait douze ans eu plus. Mais Gilbert était fort, brave, hardi, inteligent. Et puis, quel danger pouvait-il courir ?

Elle consentit..….

Le château de Fosseuse est à quinze lieues de Paris. Gilbert partit à cheval. . .”

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