FALARI'KAU
Ses ancêtres avaient plus d’une fois décroché le fusil que le vieux soldat venu de France conservait suspendu à son chevet, pour faire le coup de feu contre l'Anglais et les Sauvages.
En 1812, jeune héros de seize ans, Joseph Falardeau combattait dans les rangs des voltigeurs du Colonel de Salaberry.
I] était à Châteauguay.
Ce fut à l’époque de son mariage avec Isabelle Savard qu'il quitta
sa paroisse natale pour s'établir au
Cap-Santé.
Le grand-père de sa femme, comme tous les Canadiens de son
époque, avait longtemps exercé le rude métier des armes.
Pendant une expédition au Dé- ; troit, il eut à souffrir de telles pri- | E. vations, que lui et ses compagnons | furent réduits à manger les attaches de leurs souliers et le cuir de leurs raquettes.
Antoine-Sébastien manifesta, dès
| sa plus tendre enfance, une singulière vivacité d'intelligence et une
très grande impressionabilité.
À huit ans, on l’envoya à l’écolo où il fit toujours le désespoir de ses maîtres à “cause de son humeur 1 railleuse et de son instinct à toujours
crayonner et barbouiller.
Il véussissait fort bien à apprendre ses leçons, à écrire et à chiffrer, mais encore mieux à enjoliver ses cahiers d’une multitude de dessins et de figurines fantastiques merveilleusement tracés, et qu’il coloriait ensuite avec du fiel et du jus de betterave.
Il eut pour première institutrice Madame Delâge, mère d’un de nos prêtres les plus distingués par sa science et ses vertus, aujourd’hui curé de l’Islet.
Son père ne le retint pas longtemps sur les bancs de l’école.
À peine eût-il fait sa première communion, à douze ans, qu’il
l’employa à la culture de la terre, pour laquelle notre jeune homme montra toujours une aversion invincible.
L'idée de passer ses jours courbé sur un sillon lui faisait tourner le cerveau, lui donnait le vertige.
Aussi, dès qu’il pouvait se dérober aux regards paternels, caché derrière un buisson, ou étendu, comme un lézard au soleli, sur quelque levée de fossé, il saisissait ses crayons et dessinait tout ce qui lui passait sous les yeux, hommes, bêtes, troupeaux, maisons, qu’il encadrait d’arbres, et de gerbes de montagnes. | Ces goûts artistiques convenaient
fort peu à M. Falardeau, pèro, qui trouvait que tous ces beaux portraits n’ensemençaient pas son
champ et ne faisaient pas pousser son grain.
Aussi lui valurent-ils, plus d’une fois, de rudes avertissements manuels.
Antoine se relevait tout penaud, et après avoir jeté un regard de désespoir sur ies débris de ses dessins tombés sous le courroux üu vieux laboureur, il reprenait son travail.
Mais bientôt l’irrésistible passion l’entrainait de nouveau, et il se surprenait lui-même traçant sur le sable force paysages avec un éclat
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de bois, voire même avec le manche de sa fourche.
Dieu lui pardonne! il eût fini par dessiner sur le soc mème de la charrue, sous les yeux, et les coups de fouet de son père.
C’eût été bien mal à lui.
Mais si vous eussiez voulu l'en réprimander, il vous aurait répondu comme répondent souvent bien d’autres enfants, grands et petits :
—#€ C’est plus fort que moi.”
Toujours est-il qu’un matin notre peintre de quatorze ans, ne pouvant plus résister au démon des arts qui le torturait intérieurement, se laissa entrainer à une grave désobéissance.
Jetant de côté la pioche et la charrue, il se résolut à rien moins qu’à s'évader de la maison paternelle.
C'était un dimanche.
Ses parents venaient de partir pour la messe.
Il ne restait au logis qu’une jeune sœur de neuf ans et un petit frère tout enfant.
11 déclare son projet d’évasion et sans se laisser attendrir par les prières de sa sœur ct les larmes de son petit frère, il prend un morceau de pain, une seule chemise et part.
Voilà notre petit déserteur trottinant à travers champs, par monts et par vaux.
C'était en été; il faisait bien chaud ; les sueurs inondaïent son visage.
Quand arriva l’heure de midi, et
- que le soleil eut atteint toute sa hauteur, pressé par la chaleur ct encore plus par les remords de sa conscience, it fut bien près de retourner.
. Enfin, après avoir marché longtemps, il arriva sur les bords d’une rivière, à la tête d’un pont, bâti dans les terres: c'était la rivière Jacques-Cartier. |
Las de fatigue, il s’assit quelque temps pour boire sa sueur, et se.
désaltérer.
Après avoir grignoté son mor-
ceau de pain et récité son chapelet, il se remit en route.
Il fit pendant cette journéë plus de dix lieues, et urriva, le soir, tard, chez un oncle maternel, qui demeurait dans une concession de Saint Ambroise, appelée l’Ormière.
” Il fut deux jours malade des suites de cette esclandre.
Lorsque son père eut appris quelle direction il avait prise, il dit à sa femme, qui pleurait et le suppliait d’aller le ehercher:
—“ Laisse donc faire, femme, quand il aura mangé de la vache enragée, il reviendra bien.”
__ Le respectable habitant se trom pait: son fils ne revint pas,
Il se rendit à Québec où des difficultés de plus d’un genre l’at-
tenddnt.
Seul, sans moyen de subsistance, il fut obligé de se mettre au service de différentes personnes qui toutes, remarquèrent en Jui beaucoup d’intelligence et d’ardeur pour le tra-
vail.
Il demeura successivement chez le Docteur Sewell, où il apprit l'anglais, chez le Juge Panet, chez Madame Bouchette, en qualité de jeune homme de confiance.
Pendant ses heures de loisir, il continuait toujours à dessiner et à peindre,
Le Juge Panet se plaisait souvent à admirer avec quelle habileté il imitait des bouquets de fleurs d’après de beaux vases de porcelaine de Chine qu’il prenait pou: modèles.
Il demeura ensuite en qualité de commis chez M. J. B. Vézina, puis chez M. Bouchard, et enfin chez M. F. Parent.
Durant l’espace d’une année, qu’il séjourna chez M. Vézina, sans négliger ses devoirs, ni sa peinture, il fréquenta les écoles du soir avec une ardeur incroyable.
Notre excellent artiste, M. Théophile Hamel, qui, plus d’une fois, avait eu l’occasion d'admirer les
croquis du jeune Falardeau, l’encourageait alors de ses conseils et lui prêtait des dessins.
Les deux années suivantes, un peintre d’enscigne, M. Todd, l'initia aux secrets de son art.
Bientôt il eut éclipsé tous ses L4 A e A .
émules et le maître lui-même, qui, tout ficr de son élève, et tout extasié devant ses ébauches, se complaisait à les montrer à tous ses amis.
Pendant l’hiver de 1845, il reçut les leçons d’un peintre de portraits en miniature, M. Fassio, natif de de Bonifacio, dans l’île de Corse, appartenant à une riche famille com-
merçante, mais que des malheurs avaient ruinée depuis, et exilée de sa patrie.
Une circonstance vint alors enflammer plus que jamais l’enthousiasme de notre peintre.
M. Hamel qui étudiait depuis quelque temps la peinture en Europe et y perfectionnait son beau talent, était sur le point de s’en
revenir an pays, lorsqu'une souscription nationale vint lui permettre de compléter des études commencées avec tant de succès.
— Quand me sera-t-il donc donné, à moi aussi, de mériter un tel honneur!” se disait le jeune
Falardeau, en se frappant le front, et se courbant avec une nouvelle ardeur sur son chevalet.
Il avait d’abord nourri le projet d'entrer à l'atelier de M. Hamel à son retour ; mais la vue des riches dépouilles du vieux monde que celui-ci déploya devant ses yeux à sou arrivée, et le récit qu’il lui fit des merveilles qu’i avait vues, des
beantés artistiques, des chefs-d’œuvres des grands maîtres qu'il avait admirés, allnma un volcan dans
SON Cerveau.
Il ne dormit plus.
Son cœur était parti pour l’Europe ; il ne songeait plus qu’à l’aller rejoindre.
Il vendit toute la collection de ses tableaux pour la somme de £32, quelques fourrures qu’il possédait, et jusqu’à une partie de son linge de corps pour se procurer quelque argent.
Plusieurs amis que sa reconnaissance se plait aujourd’hui à nommer, s’intéressaient à son talent, entre autres M. Archibald Campbell, * etsatante, Madame Drolet,
* Ces lignes étaient écrites lorsque les feuilles publiques sont venues nous annoncer 8a mort. L'éloge de ce digne protecteur des jeunes talents doit trouver place dans la biographie d’un de ceux qu'il a su pressentir et encourager. ‘ Jl vient de mourir au Bic, dit le Canadien du 18 Juillet dernier, un homme que tout Québec a connu et apprécié pour ses belles qualités personnelles et sa générosité de cœur surtout. M, Archibald
qui, quoique peu fortunée, lui mit dans la main cinq piastres en l’embrassant et lui disant adieu.
Enfin, perdant lété de 1846, muni d’une lettre de recommanda-
Campbell, notaire royal, et comme homme professionnel, un des plus employés et des plus appréciés de Québec pour son activité, ga compétence et son intégrité, vient de clore son utile et laborieuse carrière à l’âge de 72 ans.
M. Campbell avait du goût pour les beaux arts et savait les protéger dans les autres.
Plus d’un de nos jeunes compatriotes lui doivent leur avenir, et nulle nécessité ne s’est jamuis fait connaître à lui sans en recevoir un soulagement. Il devinait pour ainsi dire les talents prédestinés, se tenait comme à l’affût des occasions de leur être utile ou de les lancer dans la carrière; et nous pourrions citer, à ce sujet, plusieurs traits qui font le plus grand honneur à sa mémoire.
Nous en avons recueilli de la bouche même d'étrangers à notre pays qui publiaient hau.
tement ses nobles qualités.”
tion pour l’Honorable R. E. Caron, alors Président du Conseil Tégislatif, il partit pour Montréal, avec £104 dans sa poche.
Il fut présenté au gouverneur Lord Cathcart qui le reçut avec bienveillance, et lui remit une lettre de recommandation qui lui servit plus tard de passeport jusqu’à Florence.
Jusque-là tout avait été à merveille, comme sur des roulettes, dirait le langage populaire.
Maïs à peine eut-il franchi ie seuil de la patrie, que son étoile sembla l’abandonner.
D'abord pour premier contretemps, il fut obligé d'attendre, à New-York, pendant trois longues semaines, un vaisseau en destina-
tion pour Marseille.
Le capitaine était un américain, borgne, espèce de tigre debout sur les pattes de derrière.
Le premier spectacle qui frappa les yeux de notre jeune voyageur en mettant le pied sur le vaisseau, fut de voir un petit mousse, portugais de naissance, haché de coups par son brutal maitre.
Cette scène se renouvela plusieurs fois par jour, avec assaisonnement de blasphèmes à discrétion, pendant
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toute la traversée. La bouche de ce monstre, toujours entre deux rhums, était un volcan d’imprécations et d’obscénités.
Notre ami avait une immense pitié pour l’infortuné enfant, mais | une peur encore plus grande pour l'A lui-même, car, à chaque instant, il croyait que l'orage allait fondre sur sa tête.
Malade, et n’osant bouger, il passa presque toute la traversée, étendu sur son lit, pleurant, priant, et lisant son livre de piété.
Encore n’avait-il pas la consolation de vaquer en paix à ses pieux exercices ; le capitaine ne cessait
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de tourner en ridicule ce qu’il appelait ses momeries.
Il y avait loin de là aux beaux rèves de gloire qu’il avait entrevus dans l’avenir!
À la hauteur des îles Açores, une tempête horrible, qui dura trois semaines, assaïllit le vaisseau.
Il fallut jeter une partie de la cargaison à la mer. :
Pendant trois jours, le navire
demeura sur le côté sans pouvoir se relever.
La cuisine, avec le nègre cuisinier, fut emportée par une vague.
Chaque heure semblait devoir être la dernière.
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. Adicu tableaux, peinture, parents, amis !
Enfin, on franchit les Colonnes d’Hercule, et bientôt la ville phocéenne surgit du sein de la Méditerranée.
Le navire mouille à deux pas du
Château d’If,
Falardeau avait tellement souffert de la disette et du mal de mer, qu’il fut deux jours à Marseille sans pouvoir marcher autrement qu’appuyé sur le bras d’un marin du vaisseau.
Après onze jours d'attente d’une traite de deux mille dix huit francs
qu’il avait tirée sur Paris, il prit le bateau-à vapeur pour Gênes et Livourne. |
Un français de Marseille, M.
Théophile N .., riche marchand de blé, conçut, pendant le trajet, une si haute estime de son talent, qu’il lui offrit généreusement une forte somme d’argent, que celui-ci ne voulut pas accepter.
Pendant son séjour à (rênes, son nouvel ami voulut faire les frais de toutes .ses dépenses, et lui faire admirer les beautés de la ville de marbre.
Cet éclair de prospérité ne luit pas longtemps.
Une suite de contre-temps l’attendait encore avant son arrivée à Florence, où il comptait se fixer.
Le chemin de fer de Livourne l’ayant déposé à Ponte d’Era, il crut économiser en prenant un vellurino.
Il en fut quitte pour pester contre lui, se faire écorcher et voler les clefs de sa malle à Empoli.
Aux portes de Florence, où il arriva, le soir, par une pluie battante, ü lui fallut défoncer sa valise pour la soumettre à la visite des douaniers.
Enfin on le déposa devant l’hôtel Delle Chiave d’ Oro (amère dérision) l'hôtel des Clefs d'Or.
C'était une espèce de bouge, où il ne put dormir.
Tous ses rêves poétiques s’étaient évanouis en fumée; ïil passa la nuit à soupirer.
Le lendemain matin, étant allé entendre la messe à la cathédrale, au fameux Duomo, la vue de la foule qui parlait dans l’église et des chiens qui circulaient dans la nef, lui rappela combien il était loin de son cher Canada, et, malgré lui, une larme glissa le long de sa joue.
M. Hamel lui avait donné, à son départ, une lettre de recommanda-
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ale, , la
ait
tion pour un de ses amis de Florence.
Il alla frapper à sa porte ; on lui dit qu’il était mort depuis deux mois.
Après bien des démarches, il obtint d’entrer à l'Académie des Beaux-Arts, par l’entremise de Sir George Hamilton, ministre plénipotentiaire et envoyé extraordinaire de l’Angleterre près la cour de Toscane.
Son secrétaire, M. Archibald Scarlett, aujourd’hui ambassadeur au Brésil, fut pour notre artiste un excellent protecteur.
Ce fut lui qui, plus tard, le présenta au Grand Duc.
Il eut pour premier maitre de dessin, le professeur Calendi dont il sut bientôt gagner l'estime et l'affection.
Il trouva aussi un bon père dans la personne du professeur Gazzarini, qui, aux premières vacances d'été, lui donna un certificat d’habileté, et lui ouvrit les portes de la Galerie des Uffizzi.
Antoïine-Sébastien se livra au travail avec une ardeur extrême, et fit de rapides progtéès dans son art.
L'étude des grands modèles, la
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tre de |, dont me et
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contemplation enthousiaste des chefs-d’œuvre donna bientôt à son pirceau cette richesse de couleur, cette harmonie des lignes, cette délicatesse des contours, cette variété du talent qui firent plus tard sa fortune.
Un autre motif le poussait à l'étude.
Elle lui faisait oublier la nostalgie qui le dévorait, et les privations auxquelles il lui fallait se soumettre pour prolonger ses moyens de subsistance.
Il avait pris une chambre à raison de dix francs per mois, et vivaitau pain et au lait, dont une bouteille lui durait parfois plusieurs jours,
Pendant plus d’une année et demi, il ne goûta presque jamais de viande.
À derares intervalles seulement, il se donnait le luxe d’un saucisson.
En un mot, telle fut son économie, qu’il ne vit la fin de ses 2018 francs qu'après plus de trois ans.
La révolution de 48 troubla pendant quelques mois le cours de ses travaux.
Ayant refusé d'entrer dan: la garde civique des Beaux-Arts, il fut chassé de l’Académie.
Il eut en outre à souffrir, à cette époque, plusieurs autres tribulations.
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Un jour qu’il passait tranquillement dans une rue, une bande de révolutionnaires se jeta sur lui, ct l'accabla de coups aux cris de:
Abasso Tedesco !
À bas l’Autrichien !
Un chapeau de paille qu’il portait, par mégarde, avec un ruban noir, fut le prétexte de cette brutalité.
Le jaune et le noir sont les couleurs autrichiennes.
Après la bataille de Novare, il fut réintégré dans sa place à l’Académie.
Dans l'intervalle, ses deux excellents amis, les professeurs Gazzarini
et Calendi lui avaient donné des leçons gratis.
Pendant plusieurs années, notre
pauvre exilé ne vécut que de privations.
A part quelques rares éclairs apparus de loin en loin, scs jours s'écoulaient sans soleil.
Le beau ciel d'Italie avait peu de sourires pour lui.
C'était toujours la terre étrangère.
Sur les bords enchanteurs de l'Arno, au milieu des splendeurs du jardin Boboli, des magnifiques promenades du Cascine, l'isolement
des
tre pri-
airs JuUrsS
peu
ran-
de eurs jues
et l'ennui le poursuivaient toujours.
Les pius beaux couchers de 80leil, même en Italie, ont peu de L charmes, quand on a l’estomac | vide.
Il devint rêveur et taciturne.
Dans le cours de l’année 1848, la visite d’un jeune Canadien, qui logea avec lui pendant quatre mois, lui dérida un peu le front.
M. A. M.... fils d’une des plus honorables familles de notre pays, et qui combat aujourd’hui bravement dans l’armée du Général Beauregard, était alors un peu jeune pour son âge.
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Il lui menait par fois de furieux sabbats. Mais c’était un cœur d’or, d’une intelligence hors ligne, et d’une verve intarissable.
En peu de jours, il lui eut remonté le moral.
Ii je présenta aussi à M. Charles Lefèvre, peintre paysagiste de Paris, qui devint son maitre, et
qu'il compte nee ne parmi
ses amis.
L'année suivante, pendant qu’il travaillait dans la Galerie des Uffizzi, il sentit tout à coup une main lui frapper sur l'épaule. Il se retourne et ge jette au cou de
rieux d’or, e, et
eut
arles > de e, et armi
qu’il des une ju de
M. Guilliime Lamothe, de Montréal.
Nous sommes heureux de constater ici que le premier encouragement qu’il ait eu, lui est venu d’un Canadien.
M. G. Lamothe lui commanda son portrait, ainsi que celui de sa femme, Mile Marguerite de Savoie,
jeune florentine, d’origine française, fille d’un ancien militaire de l’AIlsace, qu’il venait d’épouser.
La fortune se faisait tirer l’oreille avant que de se montrer.
Quelques mois auparavant, ayant réuni 868 derniers francs, il se ren-
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dit aux bains de Lucques, dans l'espoir d’obtenir quelques commandes.
Les Italiens n’ont pas désappris à voler.
Ils l’allégèrent de tous ses pinceaux, et de ses peintures.
Ce fut tout le succès de son voyage.
À Livourne, il vide sa bourse pour louer une chambre et exposer ses tableaux.
En attendant les amateurs, il peint gratis le portrait d’un capitaine anglais à condition qu’il l’expose dans le bureau des armateurs, à Livourne.
C'était peu lucratif. Aussi faisait-il piteuse vie:
Huit sous par jour.
Une matinée, comme les commandes ne l’accablaïent pas, il lui prit fantaisie, non pas précisément | pour s’ouvrir l'appétit, d'aller prendre les bains de mer en compagnie d’ün jeune français de sa connaissance.
Une vieille Livournine, qui les voyait se baigner du rivage jette tout-à-coup un cri d’épouvante.
Falardeau venait de disparaitre sous les vagues.
Aux cris d’angoisses de la vieille paysanne et du jeune français qui
se trouvait dans l’impossibilité de porter secours à son compagnon, un batelier arrive à force de rames.
Il se îette à la nage, plonge et parvient à repêcher notre malheureux peintre qui était sans connaissance.
Quelques minutes de plus, et le Chevalier Falardeau n’eût jamais copié le Saint-Jérôme du Corrége, ni accroché à sa boütonnière la croix de St. Louis, de Parme.
Il avait été plus de dix minutes au fond de la mer.
Quand il se réveilla de son évanouissement, il se trouva suspendu la tête en bas dans le bateau de son sauveur.
C'était assez pour le tuer, mais il a la vie dure, comme il l’a bien prouvé plus tard.
Il en revint.
Après sept mois de séjour à Livourne, il retourna à Florence avec $140 dans sa poche.
Un Américain lui acheta, vers le mème temps (1850), pour $150 de tableaux, et d’études d’après les grands maitres.
Le Pactole ne coulaït pas encore
dans sa bourse ; maïs enfin il com-
mençait à vivre.
Sa réputation d'artiste se répandait chaque jour ; les admirateurs
89 groupaient autour de son chevalet et un bon nombre de personnes lui commandérent des portraits et des tableaux.
Ce fut alors qu'il fit son tour d'Italie.
Il parcourut toute la Lombardie, visita tour à tour Milan, Bologne, Parme, Vénise, Rome, Naples, séjournant plusieurs mois dans
chaque ville, admirant, étudiant,
copiant les chefs-d’œuvre de chaque
école, habituant son pinceau à cette variété de style, enrichissant sa palette de ces teintes idéales qui ravissent leurs secrets aux grands maitres.
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Ur
De hautes protections commen- | caient aussi à lui vexir. | 1
À son départ pour Bologne, Madame Manucci-Benincasa, née Marquise Ruccelai * lui fournit À des lettres de recommandation pour son parent, le Comte de Bianchi, qui à son tour le recommanda au Baron Soldati, Président des ministres d'Etat, à Parme.
am im
C’est ici que se. place l'épisode du concours pour la copie du St.
Jérôme du Corrége, pendant son séjour à Parme.
Nous sommes en décembre 1851.
* Une des plus anciennes et des plus célèbres familles de Florence.
Avant d’aller plus loin, nos lectôurs aimeront à connaître quelques détails sur ce chef-d'œuvre d’un des plus grands maîtres de l’Italie et du monde entier.
Le sujet du tableau est la Madone avec l'enfant Jésus, Ste Madeleine et St. Jérôme.
Rien de plus singulier, dit Viardot, * que la destinée de cette célèbre toile qui fut peinte en 1524.
‘ Une dame de Parme, nommée Bergonzi, qui l’avait commandée au Corrége, la lui paya 47 sequins (environ $110) et la nourriture
pendant six mois qu'il y travailla ;
* Musée de lItalie.
2Ces an lie
elle lui donna de plus, à titre de gratification, deux voitures de bois, quelques mesures de froment et un cochon gras.
‘ Après bien des vicissitudes, le St. Jérôme fut donné à l’Académie par le Duc don Filippo.
En 1798, à l’époque de ce que Paul Louis Courrier nommait nos illustres pillages, le duc de Parme offrit un million de francs pour conserver le tableau payé 47 sequins par la veuve Bergonzi; mais, bien que la caisse militaire fut vide, les commissaires français Monge et Berthelot tinrent bon, et le tableau du Corrége vint à Paris, où il resta jusqu’en 1815.”
On le voit aujourd’hui au musée de Parme (Academia delle Belle Arti) dans un salon à part, sanctuaire réservé à cette incomparable création.
Lorsqu'on lève la tenture de soie qui, par respect, couvre l’œuvre immortelle du maître, on est transporté d’admiration.
La beauté des formes, la grâce, l'élégance égalent la grandeur de la conception et la magie du coloris.
Les mains de l'Enfant Jésus se jouant avec la chevelure d’or de Marie, sont quelque chose de divin.
Annibal Carrache disait qu’il
Le
préférait le St. Jérôme, même à la Ste. Cécile de Raphaël.
Voilà le chef-d'œuvre que Falardeau avait la témérité de vouloir reproduire.
Plusieurs autres artistes éminents tenaient aussi le pinceau devant la célèbre toile.
Les curieux et les amateurs suivaient avec intérêt cette joute du talent.
Bientôt les têtes se pressèrent derrière l’épaule de lAmericano, comme disent les Italiens.
À mesure que l’œuvre sortait de la toile, l’admiration croissait et attroupait la foule.
Sn
Ce fut à la fin une véritable procession.
Un frisson d'enthousiasme parcourut la villes; et ii fallut ouvrir
les portes du musée, les dimanches,
pour satisfaire la curiosité publique.*
Avant mème la fin du concours et la décision du jury qui allait bientôt lui décerner le premier prix, l’Académie des Beaux-Arts
* Un incident faillit alors changer l’admiration en défiance contre notre artiste.
L’Angleterre offrait 2,000,000 de françs pour le St. Jérome.
Le bruit circula, pendant quelque temps, que cette copie était destinée à remplacer l'original.
Heureusement que cette alarme n'eut pas de suite.
Padmit, à l’unanimité, au nombre de ses membres honoraires.
De ce jour commença une ère nouvelle pour notre héros.
M. Antoine Bertani, excellent connaisséur en matière d'art, ayant vu son tableau, lui écrivit la icttre suivante :
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