‹ Le chevalier Falardeau [microforme]Chapitre 6 sur 11 · DRE D CR · texte numérisé non relu

DRE D CR

ENS à 4 PE Pre

70 LE CHAVALIER

Quel plaisir, après un bon diner, de contempler, sous les charmilles, des hauteurs du jardin Boboli, le soleil se couchant dans une atmosphère de saphyr, derrière les marronniers fleuris du Cascine, jetant une traînée de lumière éblouissante sur le cours sinueux de l’Arno, dorant la corniche de marbre du Campanile, les courbes si harmonieuses du Dôme de Brunelleschi, la façade de Santa Maria Novella, que Michel-Ange appelait sa fiancée !

Quel éclat nouveau, quels reflets de lumière rose, qu’il n'avait pas encore remarqués, sur les saillies

liner, illes, li, le tmosmaretant sante Arno, re du rmoeschi, vella, t Sa

eflets t pas aillies

des montagnes, sur les coupoles, couronnées de neige, des Apennins.

Mais pendant que notre peintre lauréat, dans le ravissement et l’extase, jouissait si délicieusement du far niente, il n’apercevait pas derrière lui une divinité jalouse qui allongeait sourdement le bras vers son piédestal et s’apprêtait à l’en précipiter.

En un clin d’œil, cette belle vision s’'évanouit. Un crêpe funèbre s’étendit entre lui et toutes choses.

La Fièvre au teint jaune, au

regard éteint, tremblante sur son

échine, s’assit à son chevet.

En quelques jours, elle l’eut conduit aux portes du tombeau.

Comme auraient dit les défunts classiques, le vieux Caron étendait déjà les bras vour le faire entrer dans sa barque fatale.

Pendant plusieurs jours, il fut entre la vie et la mort.

Sa maladie était compliquée d’une fièvre rhumatismale et d’une pleurésie.

Après lui avoir donné une saignée sur chaque bras, on lui appliqua des sinapismes aux jambes, et une légion de sangsues sur la poitrine. |

l’eut funts

idait ntrer

1 fut

Le trente-deuxième jour, il y eut consultation entre les médecins, qui tous déclarèrent la maladie sans remède.

C’est peut-être ce qui le sauva.

Laïssé pendant quelque temps pour mort, un drap sur la figure, on n’attendait plus que les ensevelisseurs.

Ami lecteur, si vous avez encore pu presser la main de votre brillant compatriote, remerciez-en le

bon Federigo Piccini, le fidèle

domestique, qui, jour et nuit auprès de son lit, est parvenu à force de dévouement à l’arracher des bras de la mort.

r4 LE CHEVALIER

La convalescence fut très longue.

D'après l'avis des médecins, on le transporta sur vn 5, à Livourne, pour guérir une tc11x opiniâtre, qui menagçait de devenir fatale.

Au lieu de diminuer, le mal y fit des progrès alarmants, et il lui fallut revenir à Florence, où il languit encore pendant plusieurs

mois.

En 1853, près d’une année après les événements qui viennent d’être racontés, un jour qu’il s’était traîné péniblement à la Galcrie des Ufizzi, pour terminer une copie

de la Madone de Sasso Ferrato, * il vit venir vers lui notre éminent artiste, M. Bourassa.

Ceux qui ont vécu sur la terre d’exil comprendront seuls le bonheur qu’il y a de presser sur son cœur un compatriote, loin du sol de la patrie.

La visite de M. Bourassa lui reudit la santé.

Bien des vents contraires ont assailli la nacelle de notre héros

* Cette Madone lui a porté bonheur ; ce fut aussi le premier tableau qu’il voulut copier à son arrivée à Florence. Une copie de cette Madone a été achetée par M. Louis Falardeau, parent du Chevalier,

cr

pp nee «7 CE CO um ee Pr

# ê { à ; "M LE

ge

RE ee

Re

NS UE re

+ ere orienter met à T5 ë

depuis le jour où il déploya ses voiles sur la grande nappe du Saint-Laurent. Une brise favorable va-t-elle maintenant le conduire au port, ou verra-t-il encore longtemps blanchir l’écume des vagues sur le rivage, sans pouvoir y aborder ?

Les régions artistiques sont fécondes en naufrages.

Après un voyage de santé à l’île d'Elbe, Falardeau, quoiqu’encore faible, s'était mis à l’ouvrage avec ardeur, car, (soit dit en passant) peu d'hommes ménent une vie aussi active et aussi laborieuse.

I entrait done chez lui après une rude journée de labeur.

—“ Signor Cavaliere, lui dit en entrant sa vieille servante, j’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer. Vous savez, votre favori, votre beau chat que vous avez élevé, que vous aimez tant, il va mourir.

Tous les artistes ont leur fantaisie ; le nôtre aimait les chats.

En entrant, il aperçut son bel animal, les yeux vitreux, l’écume aux lèvres. Comme ïil n'avait aucune défiance, il voulut le prendre sur ses genoux ; mais à peine l’eut-il laissé libre que l’animal

dans un accès de frénésie, s’élança pour lui sauter au visage et le

mordit au doigt.

1 — Allez chercher le chirurgien Be. vétérinaire, ” dit-il à sa servante, (| À | en s’enveloppant la main de son

mouchoir.

1 — Votre chat est enragé,” lui | : dit le chirurgien en entrant.

LE Et comme il lui voyait le bras

en écharpe :

— Vous aurait-il mordu,” continua-t-il avec anxiété ?....4 Dio

Page 1