RENCONTRE SUR LA POUSTA
La pousta est unie comme un lac en repos. Au milieu, une riche voiture de maître s'avance, emportée par un galop tel que si l'éclair y était attelé. Quatre chevaux la tirent, et la route est égale comme le parquet d'un salon. Mais, en dépit du bon chemin et des bons chevaux, voici tout d*un coup que la voiture s'arrête : a-ton coupé les quatre traits, ou la roue s'estelle enfoncée dans quelque bourbier? — Ce n'est ni l'un ni l'autre, ma foi ; mais là est apparu le fils des poustas, là est apparu le roi des poustas, le bandit ; il a poussé un grand cri et pris un pistolet au pommeau de sa selle. Voilà pourquoi la voiture s'est arrêtée et demeure immobile.
Le bandit entend un faible gémissement; il pense que peut-être c'est un chant
d*oiseau, et regarde autour de lui et dans ia voiture, cherchant des yeux l'oiseau dont il a entendu la voix : c'est un beau petit oiseau, une délicate jeune femme, mais que la vie semble avoir abandonnée '. (( Pitié! » dit-elle, et là s'arrête sa prière, étouffée par la terreur.
Le brigand la contemple avec ravissement, et sa bouche s'ouvre pour ces paroles courtoises : « Ne tremblez point, gracieuse dame, je ne vous empêcherai pas de continuer votre route ; mais, avant que de vous éloigner, humblement je vous supplie de m*accorder un regard ! »
Et la dame, avec une hardiesse timide, regarda en face le brigand, qui s'avança plus près et derechef parla : « Daignez encore m'accorder une faveur, une seule :
permettez-moi de serrer votre jolie main...
le permettez-vous, le permettez-vous en effet? Oh! merci, merci!... Mais si je vous adressais encore une prière, rien qu'une seule... après, partez... donnez-moi un baiser, gracieuse dame!... Votre joue rougit... est-ce colère ou honte? Oh! quoi que ce soit, seulement ne soyez point irritée, ne nous séparons pas en colère, je renonce plutôt à mon désir. Le baiser, aussi bien s'il est pris de force, est comme un raisin mûri trop tôt. Gracieuse dame , que Dieu
I. Littéralement : peut-être aussi n'est-elle point vivante, mais seulemont peinte.
vous bénisse! Pardonnez au pauvre brigand, qui... qui... » Ici la voix lui manqua, mais son cheval sentit Téperon, il fit un saut, puis partit au galop et ne s'arrêta point que le soir ne fût venu.
BUNGOZSDI BANDI t
Hé! Bungœzsdi Bandi , brigand sans Dieu ! pourquoi as-tu dérobé mon bon cheval.^ — Tu te pavanes maintenant sur mon cher et beau cheval ; que le bourreau noue la hart à ton cou maudit !
Hé! André, brigand sans Dieu! pourquoi as-tu séduit ma chère fillette ? — Ta caresses maintenant quelque part mon bel amour. — Que ta méchante âme serve à chauffer Tenfer profond !
Mais à quoi bon ces malédictions?...
Prie le ciel, André, que je ne t'attrape point ; car si je t'attrape, — que le tonnerre t'écrase! — tu peux te recommander au Dieu des Magyars.