‹ Le chevalier Jean: conte magyjar, suivi de quelques pieces lyriquesChapitre 11 sur 21 · RENCONTRE SUR LA POUSTA · texte numérisé non relu

RENCONTRE SUR LA POUSTA

La pousta est unie comme un lac en repos. Au milieu, une riche voiture de maître s'avance, emportée par un galop tel que si l'éclair y était attelé. Quatre chevaux la tirent, et la route est égale comme le parquet d'un salon. Mais, en dépit du bon chemin et des bons chevaux, voici tout d*un coup que la voiture s'arrête : a-ton coupé les quatre traits, ou la roue s'estelle enfoncée dans quelque bourbier? — Ce n'est ni l'un ni l'autre, ma foi ; mais là est apparu le fils des poustas, là est apparu le roi des poustas, le bandit ; il a poussé un grand cri et pris un pistolet au pommeau de sa selle. Voilà pourquoi la voiture s'est arrêtée et demeure immobile.

Le bandit entend un faible gémissement; il pense que peut-être c'est un chant

d*oiseau, et regarde autour de lui et dans ia voiture, cherchant des yeux l'oiseau dont il a entendu la voix : c'est un beau petit oiseau, une délicate jeune femme, mais que la vie semble avoir abandonnée '. (( Pitié! » dit-elle, et là s'arrête sa prière, étouffée par la terreur.

Le brigand la contemple avec ravissement, et sa bouche s'ouvre pour ces paroles courtoises : « Ne tremblez point, gracieuse dame, je ne vous empêcherai pas de continuer votre route ; mais, avant que de vous éloigner, humblement je vous supplie de m*accorder un regard ! »

Et la dame, avec une hardiesse timide, regarda en face le brigand, qui s'avança plus près et derechef parla : « Daignez encore m'accorder une faveur, une seule :

permettez-moi de serrer votre jolie main...

le permettez-vous, le permettez-vous en effet? Oh! merci, merci!... Mais si je vous adressais encore une prière, rien qu'une seule... après, partez... donnez-moi un baiser, gracieuse dame!... Votre joue rougit... est-ce colère ou honte? Oh! quoi que ce soit, seulement ne soyez point irritée, ne nous séparons pas en colère, je renonce plutôt à mon désir. Le baiser, aussi bien s'il est pris de force, est comme un raisin mûri trop tôt. Gracieuse dame , que Dieu

I. Littéralement : peut-être aussi n'est-elle point vivante, mais seulemont peinte.

vous bénisse! Pardonnez au pauvre brigand, qui... qui... » Ici la voix lui manqua, mais son cheval sentit Téperon, il fit un saut, puis partit au galop et ne s'arrêta point que le soir ne fût venu.

BUNGOZSDI BANDI t

Hé! Bungœzsdi Bandi , brigand sans Dieu ! pourquoi as-tu dérobé mon bon cheval.^ — Tu te pavanes maintenant sur mon cher et beau cheval ; que le bourreau noue la hart à ton cou maudit !

Hé! André, brigand sans Dieu! pourquoi as-tu séduit ma chère fillette ? — Ta caresses maintenant quelque part mon bel amour. — Que ta méchante âme serve à chauffer Tenfer profond !

Mais à quoi bon ces malédictions?...

Prie le ciel, André, que je ne t'attrape point ; car si je t'attrape, — que le tonnerre t'écrase! — tu peux te recommander au Dieu des Magyars.

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